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Commissions Viens : difficile pour les femmes autochtones de témoigner

Roxanne Mianscum-Lizotte, diplômée en techniques policières, a senti que son témoignage à la Commission Viens avait changé la perception que les gens avaient d'elle.

Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

Radio-Canada

Les récits de plusieurs présumées victimes d'inconduite policière ont été sous la loupe de la Commission d'enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec (CERP) cette semaine. Un bon nombre d'entre elles ont préféré que leur témoignage écrit soit lu par un agent de la Commission, plutôt que de raconter leur histoire en personne.

Un texte de Thomas Deshaies

Depuis le début des travaux de la CERP, très peu de femmes autochtones qui allèguent avoir subi des abus de la part de policiers ont accepté de témoigner à visage découvert, plus particulièrement celles de Val-d'Or.

C'est le cas de la jeune diplômée en techniques policières Roxanne Mianscum-Lizotte, dont le témoignage écrit a été lu par un membre de la Commission, mais qui a accepté de nous accorder une entrevue, une fois la poussière retombée.

Elle avait raconté son histoire publiquement en 2015, ce qui lui avait valu des gestes désapprobateurs de certains citoyens. Je rentrais au Tim Hortons puis je voyais du monde qui chuchotait, qui me regardait, me dévisageait, se rappelle-t-elle, visiblement encore ébranlée par les événements.

Ç'a été très dur. Maintes fois, je me suis demandé si c'était la bonne décision à prendre [de porter plainte].

Roxanne Mianscum-Lizotte

Roxanne Mianscum-Lizotte a ensuite effectué un stage au poste de police de la communauté anichinabée de Lac-Simon, où certains collègues auraient agi de manière inappropriée envers elle. Une des valeurs policières, une des premières, c'est de se supporter. J'ai senti le malaise au poste. Je l'ai plus senti venant des non-Autochtones. Puis ça, ça m'a fâchée, puis ça me fâche encore aujourd'hui, parce que c'est chez nous, s'exclame-t-elle.

Rien de surprenant, selon le Centre d'amitié autochtone de Val-d'Or

La directrice du Centre d'amitié autochtone de Val-d'Or (CAAVD), Édith Cloutier, estime qu'il ne faut pas s'étonner que les femmes soient si réticentes à témoigner à la CERP, et plus particulièrement celles de Val-d'Or, qui ont été les premières à briser le silence, en 2015.

Une femme autochtone accorde une entrevue à un journaliste hors-champ.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Édith Cloutier, directrice du Centre d'amitié autochtone de Val-d'Or

Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

Imagine qu'on demande à ces femmes de se présenter devant une instance qui est la création d'un système avec lequel elles sont en rupture, souligne-t-elle. Elles se demandent si ce système, qui ne les a pas écoutées, qui n'entend pas, va vraiment leur donner une valeur en tant que femmes autochtones.

Il y a une désillusion face à la justice.

Édith Cloutier

L'agente de relations humaines pour le CAAVD Françoise Ruperthouse, qui faisait jusqu'à tout récemment partie de l'équipe de la CERP, abonde dans le même sens. Elles sont fatiguées, rendues dans un état où elles n'ont plus beaucoup d'espoir qu'il va y avoir du changement, explique-t-elle. Elles en ont tellement parlé que maintenant, elles sont fatiguées de tout cela.

Édith Cloutier constate que les femmes qui ont accepté de témoigner par l'entremise d'un agent de la Commission sont souvent celles qui avaient réussi à cheminer vers du positif. Ce noyau d'une quinzaine de femmes de Val-d'Or, ce sont les mêmes qui sont laissées pour compte dans tout ce processus, souligne-t-elle. Elles ne se sentent pas l'énergie, mais il y a aussi cette désillusion face à une justice qui n'est pas au rendez-vous.

Une autre déception avec les enquêtes du SPVM

Les critiques concernant les enquêtes menées par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) sur des dénonciations d'inconduite policière faites par des femmes autochtones se sont accumulées à la CERP. Un processus qui en a déçu ou découragé plus d'une, a-t-on pu constater lors des audiences de la Commission.

Marie-Louise Hervieux fait partie des femmes dont une plainte contre des policiers a mené à une enquête par le SPVM.

Comme plusieurs autres femmes autochtones qui ont témoigné cette semaine à la commission Viens, elle estime que le processus d'enquête n'était pas approprié dans les circonstances.

Elle déplore notamment qu'on lui ait interdit d'être accompagnée lors de sa déclaration aux enquêteurs, et de n'avoir eu aucun suivi entre sa déclaration et l'ultime décision du Directeur des poursuites criminelles et pénales.

J'avais peur. Imagine, tu t'es fait battre par la police, dans un poste de police, il y avait juste deux policiers, ils m'ont battue avec des coups de matraque. Puis moi, je me disais quand je suis allée faire les plaintes : "Hey… je m'en vais dans la gueule du loup.", s'exclame Mme Hervieux.

La police qui enquête sur la police sur des Autochtones, et des femmes en plus…

Marie-Louise Hervieux

Se battre pour les prochaines générations

Marie-Louise Hervieux et Roxanne Mianscum-Lizotte ont voulu agir, dans l'espoir que les choses changent pour les prochaines générations.

Je n'ai pas le choix, j'ai un petit-fils, un autre bébé dans le ventre de ma fille qui s'en vient. Je ne veux pas que ces enfants soient maltraités, qu'il n'y ait pas de justice. Au moins, s'il pouvait y avoir un système de justice pour les Autochtones, avance Mme Hervieux.

Une femme autochtone répond aux questions d'un journaliste hors-champ.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Marie-Louise Hervieux a choisi de témoigner en espérant améliorer les choses pour ses enfants et petits-enfants.

Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

Même son de cloche du côté de Mme Mianscum-Lizotte. Il faut que ça se fasse de plus en plus. Je pense que c'est notre génération qui va se lever, qui va faire bouger les choses, explique-t-elle.

Elle croit que l'avenir des peuples autochtones passe par l'éducation. Si tu es éduqué, tu vas pouvoir aller plus loin, aider ta communauté, gagner en estime de soi, en confiance en soi. C'est cela qu'il faut chez les peuples autochtones, conclut-elle.

Le SPVM n'a pas voulu nous accorder d'entrevue, par respect pour les travaux de la Commission et les enquêtes qui sont toujours en cours.

Abitibi–Témiscamingue

Autochtones