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Une patiente découvre un problème de santé en consultant le Carnet santé Québec

Une tablette électronique affichant une représentation du corps humain

Depuis mai, la Régie de l'assurance maladie du Québec a reçu sept plaintes concernant le nouveau Carnet santé Québec.

Photo : iStock / metamorworks

Radio-Canada

Plus de 242 000 Québécois se sont connectés à leur dossier médical en ligne depuis son lancement, il y a près de six mois. Une patiente y a découvert un résultat positif à un test – sur la présence de sang occulte dans ses selles –, qui s'était perdu dans les méandres du système de santé.

Un texte de Marie-Eve Cousineau, de l'émission Le 15-18

Cette patiente a consulté le Dr Léo Jean Perrin, résident en médecine familiale à l'Hôpital de la Cité-de-la-Santé, à Laval. « Elle m’est arrivée en me mentionnant le fait qu’il y a deux ans, elle avait eu une recherche de sang dans les selles qui avait été positive, puis qu’elle l’avait appris en regardant son Carnet santé, dit-il. Ça avait été demandé par son ancien médecin de famille, qui nous avait mis en copie conforme. Par contre, la copie conforme ne nous avait jamais été envoyée. »

Cet ancien médecin de famille, qui aurait dû faire un suivi, a pris sa retraite.

La patiente subira une colonoscopie. « C’est vraiment passé entre deux chaises, puis sans le Carnet santé, on ne s’en serait pas rendu compte, dit le Dr Perrin. Il faut comprendre qu’un sang occulte positif dans les selles pourrait indiquer la présence d’un cancer du côlon. »

Il juge préoccupante la situation vécue par sa patiente et déplore qu’autant de résultats de laboratoire se perdent.

Depuis le lancement du Carnet santé Québec, en mai dernier, la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) a reçu sept plaintes : quatre portaient sur le processus d’authentification, deux concernaient le fait que les informations relatives aux enfants ou aux personnes représentées n’étaient pas disponibles (il faut avoir 14 ans et plus et ne pas être sous tutelle pour s’inscrire), et une portait sur l’absence d’aide pour rectifier une information erronée affichée dans le Carnet.

Le Carnet santé Québec en quelques chiffres :

  • 242 674 Québécois inscrits;
  • 57 % des utilisateurs sont des femmes;
  • 71 % ont plus de 50 ans;
  • 1 830 609 consultations du site.

Un accueil favorable, mais...

La Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) et la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) saluent l’initiative du carnet virtuel. Mais elles craignent que des patients prennent connaissance de leurs résultats avant que leur médecin ne les ait contactés. Les rapports médicaux sont affichés dans le dossier en ligne 30 jours après que le médecin prescripteur les a reçus.

« C’est important pour nous de pouvoir communiquer avec le patient avant [que le résultat ne se retrouve en ligne], afin de bien mettre en contexte ce que veut dire un résultat anormal dans son cas précis », dit le Dr Louis Godin, président de la FMOQ.

Le médecin craint que des patients s’inquiètent inutilement. « Au niveau de certains examens radiologiques, on va souvent découvrir certaines anomalies et qui n’ont strictement aucune signification clinique pour la condition du patient », poursuit-il.

Sur le terrain, le Dr Michel Vachon, président de l’Association des médecins omnipraticiens de Montréal, constate que de plus en plus de patients le questionnent au sujet des résultats affichés dans leur dossier médical en ligne.

« C’est beaucoup une source de stress, dit-il. C’est entendu qu’ils n’ont pas suivi de cours pour interpréter les résultats de laboratoire ou encore comment comprendre le langage des radiologistes. »

Guylaine Rathel s’est inscrite au Carnet santé en mai. Elle apprécie l’expérience. Mais elle reconnaît que le langage utilisé dans les rapports médicaux peut être difficile à déchiffrer pour des non-initiés. L’interprétation de son test Pap (prélèvement de cellules du col de l'utérus) en est un exemple : « Changement bénin, réactionnel associé à de l’inflammation, atrophie […] Suivi selon la clinique ».

« Moi, j’interprète ça comme étant bénin, dit Guylaine Rathel. Mais on voit quand même des petits mots tannants, comme inflammation et atrophie. »

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