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  • Envoyé spécial
  • Le désarroi de la gauche brésilienne

    Le reportage de Jean-Michel Leprince
    Jean-Michel Leprince

    À quelques jours du deuxième tour du scrutin, le candidat de la gauche à la présidentielle brésilienne, Fernando Haddad, connaît une légère remontée dans les sondages. Personne n'oserait toutefois parier sur sa victoire. Le candidat doit porter le fardeau du bilan du Parti des travailleurs. Un bilan qui changera à jamais le panorama politique au Brésil. Et ce, quoi qu'il arrive le 28 octobre.

    L'ex-président des États-Unis Barack Obama a dit un jour que son homologue brésilien Ignacio Lula da Silva était le « politicien le plus populaire de la terre ». À la fin de son second mandat, en 2010, son taux de popularité avait atteint 87 %, un chiffre jamais atteint dans l’histoire du Brésil, selon l’institut de sondage IBOPE.

    On disait que Lula avait sorti de la pauvreté 20 millions de Brésiliens entre 2003 et 2009, grâce en partie à son programme Bolsa Familia, qui assurait un revenu minimum mensuel à des millions de mères de familles défavorisées si leurs enfants allaient à l’école. Ce programme avait été créé par son prédécesseur Fernando Henrique Cardoso, mais Lula l’avait amélioré et en avait tiré le crédit.

    Aujourd’hui, Lula purge une peine de 12 ans de prison pour corruption dans une cellule du poste de police fédérale à Curitiba, d’où enquêtent les procureurs et les agents fédéraux de l’opération Lava Jato (Lavage express) sous la direction du juge Sergio Moro. Cette enquête a conduit à la condamnation de dizaines de politiciens, d’intermédiaires et d’hommes d’affaires dans le cadre du scandale de détournement de milliards de dollars de fonds publics de la société d’État Petrobras.

    Fernando Haddad paie la note

    « Nous avons commis des erreurs » admet maintenant Fernando Haddad, qui a été un ministre de l’Éducation respecté sous Lula et aussi maire de Sao Paulo.

    L’ironie, c’est que ce sont les gouvernements du Parti des travailleurs qui ont créé Lava Jato. Ce sont aussi eux qui ont légalisé la procédure de « delação premiada », le plaidoyer négocié qui a permis d’obtenir des aveux compromettants en échange de réductions de peine. Un procédé contesté, mais qui s'est avéré efficace.

    La corruption est quelque chose d'intolérable et si vous demandez quel gouvernement a le plus équipé l'État pour lutter contre la corruption, c'était le nôtre. Notre gouvernement n’a rien glissé sous le tapis et évidemment, ce que nous avons vu n’est pas beau à voir. Mais cela a été combattu avec une législation que nous avons approuvée.

    Fernando Haddad, candidat du PT à la présidence

    « Mais ce n’était pas suffisant », juge toutefois Pedro Abramovay, directeur général d'Open Society pour l’Amérique latine et ancien secrétaire à la Justice dans le gouvernement Lula. Le PT s’est en effet concentré sur la lutte contre les inégalités et la pauvreté, mais il n’a rien fait pour consolider la démocratie, ce qu'il avait promis et qu’il était parfaitement en mesure de réaliser.

    « Il a fait des efforts énormes pour créer des mécanismes anticorruption, mais vraiment changer la manière de faire de la politique au Brésil, il n’a rien fait pour ça; et on a vu les conséquences, avec la taille et l’ampleur des scandales », soutient M. Abramovay.

    Ajoutez à cela la violence et l’insécurité qui atteignent des sommets au Brésil, la situation économique aggravée par l’incompétence de la présidence du PT sous la présidente Dilma Rousseff et vous avez les ingrédients de la colère des Brésiliens. Et tant pis pour les pauvres. « L’anti "pétisme" ne vient pas seulement de la frustration légitime de la population contre la corruption, il vient aussi de la frustration d’une partie de la population qui s’opposait aux politiques sociales [du PT]. Donc, c’est pour ça qu’on assiste à une réaction vers la droite », poursuit Pedro Abramovay.

    La corruption a tellement discrédité tous les partis politiques plus ou moins modérés que la porte s’est grande ouverte pour un candidat totalement improbable : Jair Bolsonaro. Le candidat d'extrême droit récolte, sans effort, le fruit des immenses frustrations des Brésiliens. Alors qu'il n'est pas encore au pouvoir, Jair Bolsonaro a déjà changé pour longtemps la politique au Brésil. On ne pourra plus gouverner de la même façon que sous la Nova Republica, en place depuis 30 ans.

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