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Le moment est venu de reculer l'heure

Les explications de Bruno Lelièvre

Des voix s'élèvent année après année pour amener les gouvernements à abandonner les changements d'heure de l'automne et du printemps. Mais sans succès, pour l'instant. Ainsi, encore une fois, dans la nuit de samedi à dimanche, à 2 h, la grande majorité des Canadiens reculeront leurs montres de 60 minutes.

Un texte de Bernard Barbeau

Le débat ne date pas d'hier. Et même parmi ceux qui préconisent l'abolition du changement d'heure, on ne s'entend pas : certains voudraient simplement conserver l'heure normale à longueur d'année tandis que d'autres opteraient plutôt pour l'heure avancée permanente.

Par exemple, en 2013, une pétition réclamant l'abolition du passage à l'heure d'été avait été déposée à l'Assemblée nationale, mais le gouvernement péquiste n'y avait pas donné suite.

L’an dernier, les députés provinciaux albertains ont fini par rejeter le projet de loi 203 de Thomas Dang, qui proposait de conserver l’heure d’été toute l’année. Un comité parlementaire en était venu à la conclusion que les conséquences seraient trop importantes pour l’Alberta si elle abandonnait le changement d’heure et que le reste du Canada (outre quelques exceptions) le conservait.

Or, le débat est toujours d’actualité dans la province voisine, à l’ouest. L’Union des municipalités de la Colombie-Britannique (UBCM) a adopté en septembre dernier une résolution affirmant que le passage à l’heure avancée est inutile de façon générale, et même dommageable pour la santé. La chambre de commerce de la province partage cette position.

Le gouvernement de Victoria n’est cependant pas encore décidé et poursuit ses consultations à ce sujet.

Sa décision pourrait être influencée par ce qui se fait ailleurs dans le monde. Après tout, la majorité des pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Sud n’ont jamais changé l’heure ou ont cessé de le faire. En fait, c'est plus de 60 % des pays et près de 80 % de la population mondiale qui ignorent l'heure d'été – entre autres dans la zone équatoriale, où elle n'offrirait aucun avantage. Et l’Europe pourrait bien suivre leur exemple.

La Commission européenne a consulté cet été les résidents de ses 28 États membres et 84 % des 4,6 millions de répondants se sont dits en faveur de l’abandon du changement d’heure.

C'est l'heure d'été qui devrait être tout le temps la règle.

Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne
Jean-Claude JunckerJean-Claude Juncker à Salzburg, en Autriche, fin septembre, lors de la réunion des dirigeants de l'Union européenne. Photo : Reuters / Lisi Niesner

Mais, quoi que décide le Parlement européen, les États membres demeureront libres de rester soit à l'heure d'été, soit à l'heure d'hiver, puisqu'ils ont autorité en la matière.

Si, au Canada et aux États-Unis, nous avançons nos montres d'une heure le deuxième dimanche de mars et les reculons le premier dimanche de novembre, les Européens le font plutôt le dernier dimanche de mars et le dernier dimanche d'octobre.

Quelques exceptions au Canada

Au pays, il y a déjà la Saskatchewan qui n'a jamais adopté le passage à l'heure d'été. La quasi-totalité de la province demeure à l'heure normale du Centre toute l'année.

La municipalité de Lloydminster, qui se trouve à cheval sur la frontière avec l'Alberta, fait exception et suit l'heure des Rocheuses et passe à l'heure avancée pendant l'été. Les collectivités de Creighton et de Denare Beach, près de la frontière du Manitoba, passent elles aussi à l'heure avancée.

En Colombie-Britannique, quelques secteurs du nord-est (Fort Nelson), de l'est (Chetwynd, Dawson Creek et Fort St. John) et du sud-est (Creston) ignorent également l'heure avancée.

C'est aussi le cas à Atikokan, New Osnaburgh et Pickle Lake, dans le Nord-Ouest ontarien, à Blanc-Sablon, sur la Basse-Côte-Nord québécoise, et sur l'île de Southampton, au Nunavut.

Des bénéfices négligeables

Lever du soleil.Le soleil se lève sur la rivière des Prairies, à Laval. Photo : Radio-Canada / Veronique Mayrand

Bien que l'idée derrière le changement d'heure soit d'économiser de l'énergie en profitant davantage de la lumière du jour, les études laissent croire que le résultat escompté n'est pas nécessairement au rendez-vous.

Le Conseil national de recherches du Canada a réalisé en 2008 une analyse de la littérature scientifique à ce sujet, mais il n'a pas pu arriver à une réponse catégorique.

La conclusion d'un institut américain, rendue la même année, était plus tranchée :

La demande en énergie réduite pour l'éclairage est contrebalancée par une demande plus importante pour le chauffage et la climatisation.

Le National Bureau of Economic Research américain

L'heure d'été représente un enjeu de santé publique, répète depuis des années le Dr Roger Godbout, professeur de psychiatrie à l'Université de Montréal et chercheur à l'Institut universitaire en santé mentale, au Centre de recherche de l'Hôpital du Sacré-Cœur et au Laboratoire de recherche sur le sommeil.

Si plusieurs voient dans le changement d'heure automnal l'occasion de gagner une heure de sommeil, certains n'arrivent pas à en profiter parce que leur horloge interne les sort du lit au moment habituel. « Ça peut prendre de sept à dix jours pour s'habituer », explique le Dr Godbout. Les personnes âgées et les très jeunes enfants sont plus susceptibles de ressentir les effets négatifs du changement d'heure.

Et les conséquences de ce dérèglement sont nombreuses, les accidents de toutes sortes comme les épisodes dépressifs et les infarctus, entre autres, étant plus nombreux qu'à l'habitude dans les jours suivant le changement. Le lien de cause à effet demeure cependant difficile à établir.

Les propriétaires d'immeubles qui doivent fournir un avertisseur de fumée à leurs locataires, mais il revient à ces derniers de changer la pile, au besoin.Les propriétaires d'immeubles qui doivent fournir un avertisseur de fumée à leurs locataires, mais il revient à ces derniers de changer la pile, au besoin. Photo : iStock

Les services de protection contre les incendies profitent des changements d'heure pour rappeler aux ménages de vérifier le bon fonctionnement de leurs détecteurs de fumée et, au besoin, de remplacer les piles.

Un peu d'histoire

On dit parfois que Benjamin Franklin, un des Pères fondateurs des États-Unis, est le premier à avoir suggéré d'avancer les horloges pour économiser de l'énergie, mais cela vient d'une boutade qu'il avait faite dans une lettre ouverte publiée dans le Journal de Paris, en 1784. Il y avait proposé à la blague que les autorités forcent les Parisiens à se lever plus tôt pour économiser les bougies.

C'est en fait l'entomologiste George Hudson, un Néo-Zélandais d'origine britannique, qui a le premier suggéré le concept. Il souhaitait profiter de plus d'ensoleillement pour étudier les insectes.

Le Britannique William Willett (arrière-arrière-grand-père du chanteur de Coldplay Chris Martin) a porté l'idée à bout de bras, notamment dans un pamphlet publié en 1907, mais en vain.

En 1908, les résidents de Port Arthur – qui allait devenir Thunder Bay –, en Ontario, ont avancé leurs montres d'une heure. Plusieurs autres villes canadiennes ont fait de même dans les années suivantes. Mais ce n'est qu'en 1963 que la pratique a été uniformisée au Canada.

Le premier pays à aller de l'avant fut l'Allemagne, en 1916. Le Royaume-Uni avait très rapidement suivi.

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