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Andrés Fontecilla, le « jeune vieux » député de Québec solidaire qui a fui la dictature chilienne

Andrés Fontecilla.
Député de Laurier-Dorion, Andrés Fontecilla est le porte-parole de Québec solidaire pour les dossiers d'immigration, d'interculturalisme et de logement. Photo: Radio-Canada / Romain Schué
Radio-Canada

Après trois tentatives avortées, Andrés Fontecilla a fini par décrocher le poste de député de Laurier-Dorion, à Montréal. Fort de sa longue expérience au sein de Québec solidaire (QS), le natif du Chili qui a quitté son pays, avec ses parents, au plus fort de la dictature, tranche avec ces nouveaux visages et élus du parti de gauche. Un « rêve » désormais atteint.

Un texte de Romain Schué, correspondant parlementaire à Québec

« Est-ce que je suis l’expérimenté nouveau? Je ne renie pas ce calembour », sourit Andrés Fontecilla. « Ça pourrait aussi être le jeune vieux ou le vieux jeune », poursuit-il, à la rigolade.

À 51 ans, Andrés Fontecilla a connu de nombreuses « étiquettes », comme il le rappelle. En arrivant dans la vie politique, « on m’a défini comme un radical de gauche, un marxiste, un léniniste, un révolutionnaire ». « Je ne renie pas mes racines de gauche, mais je ne veux pas travailler avec ces termes », se plaît-il cependant à préciser.

Pour le définir, Manon Massé, qui a connu la création de Québec solidaire en 2006 à ses côtés, n’a qu’une phrase : « C’est un battant impliqué et grand déterminé ».

Les députés de QS.Andrés Fontecilla et les autres députés de Québec solidaire, élus le 1er octobre, posent dans le Salon rouge de l'Assemblée nationale. Photo : The Canadian Press / Jacques Boissinot

La famille Fontecilla a fui la dictature d’Augusto Pinochet

L’histoire d’Andrés Fontecilla remonte bien avant 2004, et sa première candidature était placée sous les couleurs de l’Union des forces progressistes (UFP), ancêtre de QS, dont le porte-parole n’était autre qu’Amir Khadir. Ce dernier, voyant l'implication d'Andrés Fontecilla dans le milieu communautaire, l’avait enrôlé dans son parti, avant de fonder QS.

« Il avait tous les atouts pour représenter la diversité. Il était localement très implanté et il avait toutes les connaissances locales, historiques, culturelles », se souvient l’ancien député de Mercier, qui a quitté le monde politique pour retourner pratiquer la médecine.

Françoise David démissionne de son poste de députée de Québec solidaire dans la circonscription de Gouin, quittant la vie politique pour des raisons de santé. Avec elle, Andrés Fontecilla, Manon Massé et Amir Khadir.Andrés Fontecilla était aux côtés de Françoise David, avec Manon Massé et Amir Khadir, lorsque la cofondatrice du parti a annoncé son départ en janvier 2017. Photo : Radio-Canada / Charles Contant

Il faut prendre la route vers Santiago, la capitale chilienne, pour comprendre le parcours du futur député de Laurier-Dorion, une circonscription détenue pendant plus d’une décennie par le libéral Gerry Sklavounos.

Alors que la dictature du général Pinochet sévit dans cette terre sud-américaine, son père, politisé et adversaire de ce régime autoritaire, quitte son pays natal en 1979. Direction Montréal.

Deux ans plus tard, le fils Andrés, âgé alors de 14 ans, arrive lui aussi dans le quartier de Côte-des-Neiges, suivi progressivement de toute la famille Fontecilla.

« Je ne parlais qu’espagnol, se rappelle-t-il. J’ai appris le français en un an et demi, c’était une épreuve, une aventure. »

Le Québec, sa « véritable maison »

« Adolescent assez effacé », Andrés Fontecilla fait ses armes dans les classes supérieures, intégrant différentes associations étudiantes. Le début de son militantisme.

« Je suis le plus à gauche de la famille », lâche celui qui a obtenu un diplôme d’anthropologie à l’Université de Montréal.

Un retour au Chili le taraude. « J’étais dans le doute », confie-t-il. Mais après « de très longues vacances » de neuf mois, l’appel d’un amour de jeunesse le convainc de revenir au Canada.

C’est à mon retour du Chili que je me suis dit que ce pays n’était pas pour moi. Ma véritable maison, ma famille, c’était rendu le Québec.

Andrés Fontecilla, député de Laurier-Dorion
Andrés Fontecilla, Gabriel Nadeau-Dubois et Manon Massé les bras en l'air.Andrés Fontecilla, avec Gabriel Nadeau-Dubois et Manon Massé lors d'un événement à Montréal en octobre 2017. Photo : The Canadian Press / Graham Hughes

Installé dès 1998 dans le quartier Villeray, le futur porte-parole de QS (2013 à 2017) découvre un nouveau monde en intégrant une table de concertation locale. « Je venais des luttes étudiantes, mais ce n’est pas nécessairement la même chose que les luttes populaires. Il fallait donner des outils pour améliorer les conditions de vie. C’était passionnant », révèle-t-il.

« Gauchiste un peu réfractaire aux institutions » et « méfiant de la politique partisane », Andrés Fontecilla se laisse finalement convaincre par Amir Khadir autour d’un dîner, notamment grâce « au projet d’assemblées constituantes », qui permet de « mettre tout le pouvoir dans les mains du peuple ». Son souverainisme personnel est né.

Une « longue marche » vers l’Assemblée nationale

Que ce soit comme candidat (2004, 2012, 2014) ou organisateur (2007, 2008), cet admirateur de Nelson Mandela et de René Lévesque subit les défaites électorales, mais garde sans cesse une lueur d’espoir. Le nombre de votes en faveur de QS, souligne-t-il, augmentait sans interruption, au point qu'il s’imaginait, dès 2014, à l’Assemblée nationale.

Andrés Fontecilla et Françoise David.Andrés Fontecilla et Françoise David, au cours de la soirée électorale du 7 avril 2014 Photo : The Canadian Press / Sean Kilpatrick

« Je me suis dit que si je persévère, la victoire est à portée de main. Pour la première fois, je me suis vu comme un député », narre-t-il.

J’ai croisé deux députés de la CAQ qui m’ont dit avoir pris la décision de se présenter deux semaines et deux jours avant la campagne. Moi, c’est un aboutissement personnel, le fruit d’un travail de 14 ans. J’ai trimé très dur.

Andrés Fontecilla, député de Laurier-Dorion

« Cette longue marche » conclue, un nouveau défi attend le responsable des dossiers d’immigration pour son parti. « À long terme, je rêve de voir Québec solidaire avoir un gouvernement majoritaire », reprend-il, mentionnant vouloir rapidement convaincre la CAQ d’une « transition écologique et économique ».

Quelques jours plus tôt, Manon Massé, dans le Salon rouge de l’Assemblée nationale, l’avait enlacé. « Je lui ai dit : Tu t’imagines-tu, t’es rendu au Parlement du Québec. Il y avait une fierté immense dans ses yeux, raconte-t-elle. J’ai compris qu’il a réalisé un rêve, il a mené à bien son projet. »

Installé temporairement, comme un symbole, dans l’ancien bureau d’Amir Khadir, Andrés Fontecilla sourit : « Il reste du chemin à parcourir. Ce n’est que le début du commencement. »

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