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Être écrivain et autiste : petit guide à l'usage des neurotypiques

Portrait de l'auteure Valérie Jessica Laporte
Valérie Jessica Laporte Photo: Hélène Claveau
Radio-Canada

Il y a un peu plus de 10 ans, l'artiste multidisciplinaire Valérie Jessica Laporte a choisi de vivre au Saguenay pour « le rythme de vie et la patience des gens ». Car, cette mère de trois ados est aussi autiste, et cela influence tous les aspects de sa vie.

Valérie Jessica Laporte explique qu'elle a besoin d’une quantité faramineuse de temps seule. Elle exerce donc son métier de designer graphique de la maison, ce qui lui permet de se reposer des stimuli et des interactions sociales tout en gagnant sa vie.

Les humains, c’est comme le chocolat, je les aime, beaucoup même, mais trop à la fois ou trop souvent, ça ne fonctionne simplement pas.

Valérie Jessica Laporte

Parallèlement à son travail en graphisme, Valérie Jessica Laporte pratique la photographie depuis quelques années et écrit. Elle tient un blogue, Au royaume d'une Asperger (Nouvelle fenêtre), dans lequel elle raconte son quotidien.

Des dés à jouer noirs et bleus alignés de façon régulière sur un fond blanc à petites croix noires. Un exemple d'alignement de dés photographié par Valérie Jessica Laporte Photo : Suite dans les idées/Valérie Laporte

L'an passé, elle a soumis au Prix de la nouvelle Radio-Canada un texte très original qui nous plonge dans l'univers d’une enfant autiste. Sa nouvelle Méconnaissable a su impressionner le jury du prix et lui a valu une place de finaliste.

La différence comme moteur de création

Selon l'auteure, le fait d'être une personne autiste influence tous les aspects de sa vie et de sa personnalité. Aujourd'hui, elle l'assume pleinement et en fait un moteur de création.

Valérie Jessica Laporte de dos bras écartés face à une étendue d'eau, vêtue d'un manteau et de mitaines blanches, avec une tuque et un foulard bleus.Valérie Jessica Laporte Photo : Alain Corneau

J’ai tenté longtemps d’être une pâle copie de ce que vous êtes. Je croyais qu’il était préférable que je sois plus proche de la normalité. Les gens qui m’entourent m’ont encouragée à libérer celle que je muselais et ils m’ont convaincue que, non seulement ils allaient m’aimer quand même, mais que j’allais me sentir mieux.

Valérie Jessica Laporte

Depuis, sa créativité est en ébullition! Elle photographie comme elle voit et comme elle sent, les détails avant tout.

Même chose pour l'écriture; elle écrit comme elle pense. Son traitement de l’information si particulier et ses perceptions d’apparence étrange pour les personnes neurotypiques rendent ses œuvres uniques.

Des rituels indispensables

On cite souvent de façon plaisante les rituels des écrivains et leurs manies d'artistes, mais chez Valérie Jessica Laporte, ces rituels sont indispensables pour pouvoir créer. Elle a accepté de nous ouvrir un pan de son intimité en nous les présentant :

  • Je n’écris pas dans la pièce dans laquelle je travaille.
  • Je tresse mes cheveux pour éviter qu’ils me sollicitent.
  • Je m’installe toujours à la même place à table, dans la salle à manger, près des fenêtres, dans la même position que lorsque je classe et traite mes photos afin que le processus demeure ludique.
  • Je dépose mes énormes écouteurs sur ma tête pour bien enrober mon cerveau et éviter qu’il se sauve un peu partout.
  • Je rapatrie mon corps habituellement à l’aide d’une grosse couverture et je dépose, au besoin, un toutou lourd (et chauffant) sur moi.
  • Je retire mes souliers énergisants, car sinon, je sens toujours que les lacets n’offrent pas une pression égale.
  • Je dois avoir les mains douces, exemptes d’humidité et des vêtements non agressants.
  • Je place mon café à gauche et dépose mes jambes sur une autre chaise pour les retirer du sol ferme.
  • Je consolide ma bulle et demande aux enfants de me laisser la préserver.

Ensuite les mots sortent. Valérie Jessica Laporte les regarde, les lit et elle est surprise chaque fois d’en être l’auteure. N'ayant aucune formation littéraire, à part la lecture, elle a longtemps douté de ses capacités. Jusqu'à ce qu'elle soit finaliste du Prix de la nouvelle Radio-Canada.

[Ça m'a donné] une envie irrésistible de transformer en roman cette nouvelle qui s’est fait dire : "Oui, tu as le droit".

Valérie Jessica Laporte
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