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Cannabis médicinal : « Ottawa nous laisse tomber », estime une patiente

Cannabis médicinal : les patients en grogne
Radio-Canada

Depuis la légalisation du cannabis à usage récréatif, la grogne monte chez les patients albertains qui prennent de la marijuana à des fins thérapeutiques. Prix en hausse, rupture de stock... Certains malades se sentent littéralement abandonnés par le fédéral.

Un texte d'Axel Tardieu

Des gouttes d'huile sous la langue, des gélules à avaler ou des bouffées sur un joint... Pour Pascale Nadon, une francophone de 54 ans, consommer du cannabis chaque jour est essentiel.

« J'ai mal 24 heures sur 24, 365 jours par année , explique-t-elle. « Je consomme du cannabis pour contrer la douleur, les spasmes, les coups de poignard que je ressens. »

En 2010, Pascale Nadon reçoit un diagnostic de sclérose en plaques, puis de fibromyalgie, l'année suivante. Il y a quatre ans, elle a remplacé les médicaments par du cannabis médicinal, qui a beaucoup moins d'effets secondaires.

200 $ de plus par mois

Depuis la légalisation, le 17 octobre, elle a vu les prix augmenter sur le site de son fournisseur habituel. L'entreprise Sceptrum Cannabis lui a envoyé un courrier électronique pour expliquer la situation.

« Certains gouvernements provinciaux imposent une nouvelle taxe sur le cannabis, y compris le cannabis médicinal [...] Malheureusement, ces frais supplémentaires vont engendrer un surcoût pour les consommateurs de cannabis thérapeutique », peut-on y lire.

Pascale Nadon dépensait jusqu'ici de 400 à 550 $ par mois pour soulager ses douleurs chroniques. « On arrive dans les 200 $ par mois de plus que je devrais payer », estime-t-elle.

Une boîte de cannabis médical ouverte avec de l'herbe à l'intérieur.À la hausse des prix s'ajoute des ruptures de stock sur certaines variétés. Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Un surcoût de 200 $ mensuel qui s'ajoute à des ruptures de stock. « Quand j'ai fait ma dernière commande, dimanche, mon pot préféré avec beaucoup de CBD et peu de THC était en rupture de stock », dit-elle. Une situation délicate pour cette malade qui a mis du temps à trouver les variétés qui correspondaient le mieux à son cas.

Pour l'Edmontonienne, les autorités fédérales auraient dû mieux protéger les patients avant de légaliser le cannabis. « Je pense que le gouvernement nous a vraiment laissés tomber », conclut-elle.

Le marché récréatif attire les producteurs

Les cliniques de cannabis thérapeutique, aussi, pâtissent de la situation. Timothy Baxter, responsable de l'Ouest canadien à Canada House Clinics, est un vétéran de la guerre en Afghanistan.

La moitié des patients de sa clinique, située dans le sud d'Edmonton, sont des anciens combattants qui ont, pour la plupart, des troubles de stress post-traumatique.

Sa clinique a reçu une douzaine de plaintes par téléphone depuis la légalisation. Les patients s'inquiètent de la baisse des variétés offertes par leurs fournisseurs habituels sur Internet.

Timothy Baxter, de Canada House Clinics, dans son établissement du sud d'Edmonton.L'établissement Canada House Clinics a reçu une douzaines de plaintes par téléphone de ses patients en moins d'une semaine. Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Selon Timothy Baxter, il serait plus intéressant financièrement et plus simple du point de vue logistique pour les producteurs de cannabis légal de vendre leurs produits sur le marché récréatif.

« Une des solutions serait que Santé Canada établisse des quotas pour obliger les producteurs officiels de cannabis à allouer une part de leur production au marché médical », propose-t-il.

Le responsable de Canada House Clinics à Edmonton estime également que la Commission provinciale des jeux du hasard, de l'alcool et du cannabis (AGLC) devrait autoriser plus de producteurs, notamment des petits acteurs spécialisés dans une poignée de variétés de très haute qualité.

Pour cet acteur du secteur, les problèmes de stock de cannabis médical devraient continuer, au moins, jusqu'à janvier 2019.

Alberta

Santé publique