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De plus en plus de cas d'évictions massives à Montréal

Vue d'un immeuble en mauvais état, à l'angle des rues Marie-Anne et de la Roche

Souvent, des immeubles en mauvais état sont achetés par des propriétaires qui souhaitent les rénover et les revendre ou les louer à gros prix. Mais pour ce faire, ils doivent se débarrasser des locataires.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

L'expulsion récente de tous les locataires d'un édifice de logements de la rue Marie-Anne, sur Le Plateau Mont-Royal n'était pas un cas isolé. Les Comités logements de plusieurs quartiers de Montréal rapportent une hausse des cas d'expulsions massives dans de grands immeubles.

Un texte de René Saint-Louis, journaliste à l'émission Le 15-18

Uniquement dans Le Plateau-Mont-Royal, 200 ménages sont en ce moment menacés d'éviction, selon l'organisatrice communautaire au Comité logement de l'arrondissement, Vicky Langevin.

Il y a bien entendu le dossier très médiatisé de la rue Marie-Anne, où une trentaine de locataires ont été expulsés récemment. Mais Vicky Langevin dit que le même phénomène est en train de se reproduire dans un immeuble de 50 logements de la rue Berri, et un autre de 34 logements de l'avenue Coloniale.

L'année 2018, pour nous, ç'a été vraiment un boom pour ça. Les locataires subissent énormément de pression pour quitter [leur logement]. On estime à 200 portes actuellement, dans le Plateau seulement, de locataires qui sont à risque d'être évincés.

Vicky Langevin, organisatrice communautaire au Comité logement du Plateau Mont-Royal
Vicky Langevin, organisatrice communautaire au Comité logement du Plateau Mont-Royal

Vicky Langevin, organisatrice communautaire au Comité logement du Plateau Mont-Royal

Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

Des immeubles de plus en plus gros visés

Depuis des années, les employés des Comités logements ont souvent aidé des locataires de duplex et de triplex victimes d'évictions.

Une fois vidés de leurs habitants, ces immeubles étaient rénovés puis vendus étage par étage en condos indivis.

Cette forme de propriété, le condo indivis, est plus fréquente à Montréal, car la Ville ne permet pas la transformation d'appartements en condominium.

Dans certains arrondissements, il ne reste cependant plus beaucoup de duplex et de triplex à transformer en condos indivis. Les acheteurs semblent donc se tourner davantage vers de plus gros édifices de logements.

Dans le sud-ouest de Montréal par exemple, les locataires de cinq immeubles sont en ce moment menacés d'expulsion, selon Olivier Prud'homme-Richard du P.O.P.I.R., le Comité logement qui couvre le territoire des quartiers Saint-Henri, Petite-Bourgogne, Côte-Saint-Paul et Ville-Émard.

Quatre des immeubles ont été achetés par le même propriétaire. Pour Olivier Prud'homme-Richard, ces gens n'achètent pas pour y vivre tout en rénovant les appartements. « On achète en gros. On jette les locataires dehors. Après ça, soit on revend, soit on démolit ou soit on convertit en condos », dit-il.

L'organisateur communautaire au Comité logement de La Petite-Patrie, Martin Blanchard, dit que les « plex » ont été « la première crème à écrémer ». Il voit maintenant davantage de locataires de gros immeubles être victimes d'évictions, que ce soit des immeubles de quatre, six ou encore neuf logements.

Mais cette réalité existe depuis le début parce que rien n'empêche un propriétaire d'acheter un immeuble et de le vider. Et pour nous, dans les Comités logements, c'est une abomination.

Martin Blanchard, organisateur communautaire au Comité logement de La Petite-Patrie

La plupart des expulsions passent inaperçues

Dans Verdun, c'est le Comité d'action des citoyennes et citoyens de Verdun qui vient en aide aux locataires. L'intervenante sociale Laurence Delaunoy soutient que la plupart des locataires ignorent leurs droits et que les évictions passent ainsi inaperçues.

Cela a d'ailleurs failli être le cas lors de l'expulsion des locataires d'un immeuble de 30 logements de la rue Riel. Aucun n'est allé demander de l'aide au Comité. Résultat, seuls trois logements sont toujours habités dans l'édifice qui appartient à Mahir Ozdilek, le même propriétaire qui a récemment acheté l'immeuble de la rue Marie-Anne.

L'organisme déplore le fait qu'en achetant des immeubles délabrés afin de leur redonner de la valeur, les spéculateurs immobiliers ciblent indirectement des locataires précarisés qui sont bien souvent des populations d'origine des quartiers. Les déraciner peut engendrer une importante perte de repères et de ressources.

Grand Montréal

Société