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Mathieu Lacombe veut devenir le nouvel « avocat des familles »

Le reportage de Hugo Lavallée.
Radio-Canada

De la joie de voir ses deux jeunes enfants l'accompagner devant les caméras pour son assermentation à titre de ministre, à la peine de découvrir, quelques jours plus tard, sa situation financière dévoilée dans les journaux, Mathieu Lacombe a vécu un baptême du feu rempli d'émotions. Dans la lignée, finalement, de l'étonnant parcours du nouveau ministre de la Famille âgé de 30 ans.

Un texte de Romain Schué, correspondant parlementaire à Québec

Accroupi dans le couloir d’un CPE voisin de l’Assemblée nationale, écharpe autour du cou, Mathieu Lacombe rigole avec des enfants et leur tape dans les mains, bien avant l’arrivée d’une caméra. Celle-ci, d’ailleurs, étonne les plus jeunes.

« Avant, c’était mon travail », sourit l’intéressé, qui a œuvré comme chef d’antenne de TVA Gatineau-Ottawa entre 2014 et 2018, avant de se présenter sous les couleurs de la CAQ. Maintenant, glisse-t-il, « c’est de faire en sorte que vous ayez une belle garderie avec de bonnes éducatrices qui ont du temps pour vous ».

Son travail s’avère cependant un brin plus complexe, à la tête d'un ministère important aux yeux de François Legault, qui a fait du thème de la famille l'un des enjeux phares de sa campagne électorale victorieuse. Le nouveau premier ministre a d’ailleurs promis d’augmenter le nombre de places disponibles dans ces centres de la petite enfance.

Mathieu LacombeMathieu Lacombe promet que de nouvelles places en CPE seront créées par le gouvernement de la CAQ. Photo : Radio-Canada

Il prône « l’égalité des chances »

Père de deux enfants de 5 ans et de 18 mois, Mathieu Lacombe ne cache pas un besoin pressant. « Ma conjointe est éducatrice en CPE, ça a été une chance pour nous [pour avoir une place dans un CPE], confie-t-il. Mais ce n’est pas facile. Il y a des difficultés, effectivement. »

Tout comme pour le retour à un tarif unique promis par le chef caquiste et la mise en place d'une prématernelle pour les enfants de 4 ans, qui ne sera pas obligatoire, jure-t-il, le député de Papineau reste prudent. Les chiffres et les échéanciers seront pour un autre jour, promet-il, assurant de prôner « l’égalité des chances pour les enfants ».

« On doit donner des chances égales, relate-t-il. On ne peut pas se priver de ces petits talents-là qui sont en train de se construire. »

Son idée? « Être un peu l’avocat des familles » au Conseil des ministres et « faire en sorte qu’il y ait un aspect famille dans les décisions que l’on prend ».

Être père ou mère de famille, ce n’est pas une compétence pour être ministre, ça prend aussi d’autres qualités. Mais avoir des enfants, ça nous permet d’avoir un œil qui est peut-être un petit peu plus critique, qui comprend peut-être un peu mieux la réalité des parents.

Mathieu Lacombe, ministre de la Famille

Passé par différentes familles d’accueil

Cette égalité pour la réussite, Mathieu Lacombe a failli la manquer. La faute à un parcours « différent de la plupart des gens ».

Après une séparation de ses parents, il bourlingue entre différentes familles d’accueil. Sa mère souffre alors d’une maladie mentale et son père dispose d’un « bagage de vie un peu plus lourd », rendant incompatible la garde du futur ministre.

À l’adolescence, il « atterrit » finalement, dans la banlieue montréalaise, chez un oncle et une tante qui ont changé sa vie. D’enfant turbulent, Mathieu Lacombe devient premier de classe et développe ses passions, notamment son goût pour ses futures professions.

Au début du secondaire, il zappe les repas du midi entre amis à l’école. « J’habitais à côté, j’allais manger mon lunch en écoutant les émissions d’affaires publiques. François Paradis [son nouveau collègue], je l’écoutais à la télévision. Je pense que ça a développé mon intérêt pour l’engagement », raconte-t-il.

C’est le meilleur exemple du fait que lorsqu’on est bien encadré, puis qu’on a accès à des ressources, c’est possible de briser ce cercle. Je suis fier de ça.

Mathieu Lacombe, ministre de la Famille

« La politique dans la peau »

Depuis son assermentation à titre de ministre, un garde du corps ne le quitte plus. Sa vie a littéralement changé. Les yeux humides, rougis, il ne feint pas l’émotion en se rappelant l’arrivée de ses enfants à ses côtés, dans le Salon rouge de l’Assemblée nationale, le 18 octobre.

Mathieu Lacombe qui signe un livre, entouré de sa famille.Mathieu Lacombe et ses deux enfants, avec le lieutenant-gouverneur du Québec, le 18 octobre Photo : Radio-Canada

« La première semaine, ça a été dur. On est coupé des enfants durant quelques jours. Voir à quel point ils étaient contents de me voir, ça m’a rempli de bonheur, avoue-t-il, la voix chevrotante. Ma famille, c’est ce que j’ai de plus important. Les gens qui ont des enfants le savent, la famille, c’est la priorité. »

Ce poste, d’ailleurs, « je pense que c’est taillé sur mesure pour moi », clame celui qui avait pourtant décidé de quitter le monde de la télévision pour passer plus de temps auprès des siens. Avant les sirènes de la CAQ.

« La décision n’a pas été longue à prendre, Mathieu a la politique dans la peau », dit sa conjointe, Cynthia Lapointe, présente à ses côtés depuis huit ans.

Une entrée en politique « difficile » pour sa famille

Pour cette dernière, pourtant, ça a été tout un baptême, regrette Mathieu Lacombe.

« Quand on se présente en politique, je pense qu’on doit faire le deuil déjà d’une certaine partie de notre vie privée. Il y a des éléments, disons plus désagréables », ajoute-t-il, en référence à un reportage du Journal de Montréal sur la situation financière de son couple, qui l’a contraint à réaliser une entente avec ses créanciers, afin d’éviter la faillite.

Cette situation, souligne-t-il, était connue par le parti. « Je suis un gars ouvert, transparent, je ne voulais pas que ça pose problème », avance-t-il, affirmant s’être forgé une carapace.

« Mais pour ma famille, ça a été plus difficile », reconnaît-il. Sa compagne « avait de la peine de se voir comme ça à la une des journaux », précise-t-il, avant de remercier les citoyens qui l’ont soutenu.

Mathieu Lacombe et sa conjointeMathieu Lacombe et sa conjointe, qui est éducatrice dans un CPE. Photo : Radio-Canada

[On m’a dit qu’] on aime bien avoir un ministre qui est au courant de ce que c’est d’avoir des difficultés financières. Ça m’a donné beaucoup d’amour, ça m’a beaucoup touché. Je pense que c’est représentatif de ce que beaucoup de familles québécoises vivent.

Mathieu Lacombe, ministre de la Famille

« La maladie, la naissance d’enfants, ce n’est pas des choses qui se préparent. C’est quelque chose qui peut arriver, de très humain », lâche-t-il, avant de rejoindre sa partenaire et de la prendre par la main.

Quelques instants plus tôt, ses intentions étaient claires : « [Comme ministre de la Famille], on s’occupe de toutes les familles du Québec, mais il ne faut pas oublier notre famille. »

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