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Envoyé spécial

Brésil : le phénomène Bolsonaro

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Des partisanes du candidat d'extrême droite à la présidentielle brésilienne Jair Bolsonaro lors d'une manifestation à Rio de Janeiro

La plupart des experts ont sous-estimé l'attrait que pouvait représenter Jair Bolsonaro pour un grand nombre de Brésiliens.

Photo : Reuters / Sergio Moraes

Jean-Michel Leprince
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

À quatre jours du 2e tour des élections présidentielles brésiliennes, Jair Bolsonaro, le candidat d'extrême droite, caracole encore en tête dans les sondages, loin devant son adversaire de gauche Fernando Haddad. Si sa victoire ne semble plus faire aucun doute, même au Brésil, personne n'avait vu venir l'ampleur de la vague Bolsonaro.

Les derniers sondages donnent 57 % des votes à Jair Bolsonaro, contre 43 % à Fernando Haddad, candidat du Parti des travailleurs et successeur de l'ex-président Lula. Un appui massif qui s'était observé dès le premier tour, où le candidat d'extrême droite avait causé la surprise en récoltant 46 % des voix, échappant de peu la victoire.

La donne a changé rapidement au Brésil. Il y a quelques mois à peine, les analystes prévoyaient pourtant qu’avec 20 % des intentions de vote, Jair Bolsonaro parviendrait au deuxième tour.

Deux experts que nous avions rencontrés, Ascanio Seleme, chroniqueur vedette du grand quotidien O Globo, et Edimar Fagundes de Almeida, professeur à l’Université du Brésil à Rio de Janeiro, disaient la même chose. Les deux estimaient que Jair Bolsonaro, capitaine de réserve, obscur député de Rio depuis une trentaine d’années, n’avait pas de chances de gagner, car il n’avait pas de parti, pas d’argent et présentait comme programme un ramassis d’idées d’extrême droite, racistes, homophobes et misogynes.

Cet apologiste de la dictature et de la torture ne proposait que des idées simples, voire simplistes et généralement violentes. Mais tout le monde a sous-estimé la colère des Brésiliens et la stratégie de Jair Bolsonaro.

Aujourd’hui, les deux analystes cités plus haut remontent aux grandes manifestations de 2013, un an avant la Coupe du monde, pour expliquer la première expression de colère des Brésiliens contre tout le système politique et tous les partis. Ensuite, ils reviennent sur la réélection de justesse de Dilma Roussef en 2014, sa destitution en 2016 sur fond de crise économique et du scandale massif de corruption de la Petrobras, mis au jour par l’opération Lava Jato, qui a mis des dizaines de politiciens (dont l'ex-président Lula) et d'hommes d’affaires en prison.

Nous savions que les Brésiliens étaient en colère, mais nous avons sous-estimé l’ampleur de cette colère et surtout le degré de rejet dans la population du PT (le Parti des travailleurs) de Lula et de Fernando Haddad, son candidat à la présidence.

Ascanio Seleme, chroniqueur du quotidien O Globo

« Aujourd’hui, on se rend compte que [Jair Bolsonaro] était plus aligné avec les sentiments de la population en faveur du changement. Pas n’importe quels changements, pas des petits, mais des gros changements : du système politique à la façon de faire de la politique au Brésil. On veut tout mettre à terre, il y a un sentiment qu’il faut fonder un nouvel ordre politique », renchérit le professeur Edimar Fagundes de Almeida.

Jair Messias (Messie) Bolsonaro est surnommé « O Mito » par ses admirateurs. Il se voit investi d’une mission. Il admire le président américain Donald Trump et comme lui, il a su utiliser les médias sociaux : Facebook mais surtout WhatsApp, la messagerie que tous les Brésiliens utilisent. La presse a découvert l’achat massif et illégal de messages par de grandes entreprises favorables à Bolsonaro, ce qui a mené les autorités électorales à déclencher une enquête.

Gravement blessé d’un coup de couteau reçu lors d'un événement de campagne au début septembre, Bolsonaro a poursuivi la course – si l’on peut dire – de son lit d’hôpital. Aujourd’hui, il limite ses activités et refuse tout débat télévisé sous prétexte qu’il n’est pas encore remis de sa blessure. Il laisse les réseaux sociaux faire campagne pour lui et il évite ainsi de commettre des erreurs.

Quelques déclarations incendiaires de Jair Bolsonaro

  • « L'erreur de la dictature a été de torturer sans tuer. » En 2016, il dédie son vote de député pour la destitution de la présidente Dilma Rouseff à son tortionnaire pendant la dictature.
  • « Elle ne mérite pas d'être violée parce qu'elle est très laide, ce n'est pas mon genre. Je ne suis pas un violeur, mais si je l'étais, je ne la violerais pas parce qu'elle ne le mérite pas ». En parlant de la députée du PT Maria do Rosario.
  • « Cette femme [...] sera enceinte. Qui paiera l'addition? L'employeur. »
  • « Je serais incapable d'aimer un fils homosexuel. » « Je préférerais que mon fils meure dans un accident plutôt que de le voir avec un moustachu ».
  • « Cette histoire d'État laïque n'existe pas. L'État est chrétien ».
  • « Si cette bande veut rester ici, ils vont devoir se soumettre à la loi comme tout le monde. Ou ils s'en vont ou ils vont en prison. Ces marginaux rouges seront interdits [de séjour] dans notre patrie ». En parlant de la gauche et de ses sympathisants.
  • « Monsieur Lula da Silva, si vous attendez que Haddad devienne président pour vous gracier, je vais vous dire une chose : vous allez pourrir en prison » .
  • « Attendez, Haddad viendra aussi. Non pas pour vous rendre visite, mais pour rester quelques années avec vous [...] Comme vous vous aimez tant, vous allez pourrir ensemble en prison. Ceux qui volent le peuple doivent être derrière les barreaux ! »

Ceux qui connaissent Jair Bolsonaro disent que, dans la vie, il n’est pas comme son personnage odieux. Il est plutôt sympathique, normal.

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