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Comment se porte le Brésil?

Des supporters de M. Bolsonaro tiennent une pancarte sur laquelle est écrit : « Bolsonaro président ».
Des partisans de Jair Bolsonaro manifestent dans les rues de Sao Paulo, au Brésil, le 21 octobre 2018. Photo: Getty Images / NELSON ALMEIDA
Radio-Canada

À quelques jours du deuxième tour de l'élection présidentielle qui opposera le favori, le candidat d'extrême droite Jair Bolsonaro, au candidat du Parti des travailleurs (PT) et successeur de Lula, Fernando Haddad, quelle est l'humeur des Brésiliens? Décryptage.

Un texte de Ximena Sampson

Jair Bolsonaro est crédité d’environ 59 % des intentions de vote contre 41 % pour son rival.

Ce qui semble l’avoir propulsé en tête est le rejet d’une grande partie des Brésiliens des politiques du PT, au pouvoir de 2003 à 2016, qu’ils blâment pour la crise que traverse leur pays.

La mauvaise situation économique, la corruption et l’augmentation de la violence poussent certains Brésiliens à vouloir donner une chance à M. Bolsonaro, malgré son inexpérience ainsi que ses commentaires homophobes, racistes et en faveur de la dictature.

L’économie

Le Brésil sort d’une très forte récession économique et, à 0,98 % en 2017, la croissance est encore fragile.

La récession, qui découle de la crise de 2008, « n’est pas la faute du PT, mais il n’a pas su renverser la situation », croit Edison Rodrigues Barreto, professeur à la Faculté d’économie de l’Université Fluminense, à Rio de Janeiro.

Dilma Rousseff, au pouvoir de 2011 à 2014, a maintenu les politiques du gouvernement Lula en poursuivant des programmes d'investissements importants, dont l’exploitation du pétrole au large des côtes de Rio de Janeiro, explique Philippe Faucher, chercheur associé au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal.

Lorsque les prix du pétrole ont baissé, le gouvernement Rousseff n'a pas cessé les investissements, ce qui a augmenté le déficit. Résultat : le Brésil a connu deux ans de croissance négative.

« La gestion de l’économie de la part de Dilma Rousseff a été désastreuse, croit Philippe Faucher. En outre, son deuxième mandat a été complètement plombé par les scandales de corruption, qui ont eu pour effet de suspendre toute décision d'investissement économique, ce qui a entraîné un chômage important et une diminution marquée dans la capacité de l’État de fournir des services. »

Mme Rousseff a été destituée en 2016 et remplacée par son vice-président, Michel Temer, qui ne s’en est pas tellement mieux tiré.

Le taux de chômage a fortement augmenté au cours des dernières années. D’un plancher de 6,2 % en 2013, il est passé à 13,7 % en 2017, puis à 13,1 % au premier trimestre 2018.

Actuellement, quelque 14 millions de personnes sont sans emploi.

La pauvreté

Les politiques redistributives du gouvernement Lula (2003-2011) ont permis à des millions de Brésiliens de sortir de la misère, rappelle Edison Rodrigues, mais la récession les a rattrapés.

Le taux de pauvreté, qui était tombé à 2,8 % de la population brésilienne en 2014, est remonté à 14,8 % en 2017.

« Des familles entières, qui avaient franchi la ligne de la pauvreté, ont vécu un recul, croit M. Rodrigues. Il y a eu une baisse de la richesse de presque 7 % sur deux ans. »

« Le PT a généré de très grands espoirs », croit Philippe Faucher. Ils ont effectivement réussi à baisser la pauvreté et ont permis l’émergence d’une « classe moyenne de consommateurs ».

« Ces gens-là, qui se sont endettés pour consommer, voient leur situation menacée, estime M. Faucher. Ils sont inquiets et blâment le gouvernement. »

La corruption

À cela s’est ajouté le scandale de « Lava Jato », qui a mis en lumière le degré élevé de corruption au sein des élites brésiliennes et a mené l’ex-président Lula en prison, alors que « le PT se présentait comme le parti qui allait réformer les moeurs politiques », pense M. Faucher.

Un discours qu’a repris Jair Bolsonaro, qui soutient vouloir faire le ménage et réduire le nombre de ministères, ainsi que privatiser des dizaines d’entreprises publiques pour lutter contre la corruption.

« La corruption est aussi le produit de l’incompétence et l’inefficacité de l’État », croit M. Faucher. Une bureaucratie étouffante cause d'importants délais et d'innombrables occasions de verser des pots-de-vin. « Si on veut passer avant les autres, on donne un petit billet; si on veut un contrat, on donne un gros billet », illustre M. Faucher.

La violence

Bolsonaro s’appuie également sur le ras-le-bol de ses concitoyens face à la violence, laquelle, avec 63 880 homicides et 60 018 agressions sexuelles en 2017, atteint des sommets.

Vingt-cinq des 50 villes les plus violentes d’Amérique latine se trouvent au Brésil, selon un classement de l’Institut Igarapé, un organisme qui étudie la sécurité et le développement.

« Jair Bolsonaro mise sur la loi et l’ordre, estime M. Faucher, et dit qu’il faut répondre à la violence par la violence, en libéralisant le port des armes et en mettant l’armée dans les rues. »

Un discours qui fait mouche auprès de l'électorat, pour qui l'insécurité sera un des enjeux cruciaux au moment de faire son choix.

Le rôle des réseaux sociaux

La campagne de Jair Bolsonaro s’appuie très fortement sur les réseaux sociaux, et notamment sur les groupes créées à travers la messagerie WhatsApp, omniprésente au Brésil, et qui lui permet de rejoindre de façon très ciblée ses supporters, souligne le professeur Rodrigues.

« Il dit aux gens ce qu’ils veulent écouter et change son discours selon la personne à qui il s’adresse », dit le chercheur.

Quelque 61 % de ses partisans suivent les nouvelles politiques sur WhatsApp, contre 38 % des partisans de Fernando Haddad, selon Reuters.

Et sur ce réseau, les fausses nouvelles pullulent. On y lit notamment que le candidat du PT est un communiste qui transformerait le Brésil en un autre Venezuela et qu’il encourageait les jeunes enfants à devenir homosexuels lorsqu’il était ministre de l’Éducation.

« La plupart des Brésiliens prennent leur décision aujourd’hui par les groupes WhatsApp », s’inquiète Edison Rodrigues.

Avec les informations de Reuters

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