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analyse

L'Italie, nouveau caillou dans le soulier européen

L'homme, aux cheveux courts et à la barbe fraîchement taillée, lève ses deux mains pour former une ligne virtuelle.

Le ministre de l'Intérieur italien Matteo Salvini, lors d'une conférence de presse à Rome.

Photo : Reuters / Tony Gentile

Jean-François Bélanger

Après avoir croisé le fer avec l'Europe sur la question de l'immigration, le gouvernement populiste italien défie maintenant Bruxelles avec un budget hors normes. Une bravade de plus qui illustre bien à quel point l'Union européenne est désarmée face à ceux qui cherchent à l'affaiblir.

Pour la première fois de son histoire, la Commission européenne a rejeté le projet de budget d’un de ses pays membres en ordonnant au gouvernement italien de réviser sa copie.

Un durcissement de ton qui illustre bien l’agacement croissant à Bruxelles vis-à-vis de la coalition populiste et eurosceptique au pouvoir à Rome depuis le printemps.

Un homme portant une blouse et une cravate montre du doigt devant lui avec son index gauche. L'homme porte des lunettes et a les cheveux gris.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, le 18 juillet 2018.

Photo : Getty Images / AFP/John Thys

Les instances européennes ont donné trois semaines au gouvernement italien pour présenter un budget plus conforme aux normes fixées par le pacte de stabilité européen.

Alors que le précédent gouvernement de gauche tablait sur un déficit de 0,8 % du PIB, le budget 2019 déposé par les nouveaux élus prévoit le triple : 2,4 % du PIB. Ce relâchement des finances publiques italiennes inquiète l'Europe, surtout que le pays est déjà l’un des plus endettés de l’Union avec une dette publique qui dépasse les 130 % du PIB. Seule la Grèce fait pire, avec plus de 180 %.

Dans les faits, ce budget est le résultat de l’accumulation des promesses contradictoires des deux membres de l’étrange coalition au pouvoir : la Ligue, le parti d’extrême droite de Matteo Salvini, et le Mouvement 5 étoiles, formation de gauche anti-establishment dirigée par Luigi di Maio.

Luigi Di Maio, du Mouvement 5 étoiles, lors d'une conférence de presseAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Luigi Di Maio, du Mouvement 5 Etoiles, au palais Quirinal à Rome.

Photo : Reuters / Max Rossi

Alors que la Ligue tenait à sa baisse d’impôts promise lors de la campagne électorale, le Mouvement 5 étoiles n’a pas voulu céder sur sa promesse d’instaurer un revenu de citoyenneté.

Ivres de leur popularité record de 62 % dans les sondages, la Ligue et le M5S ont composé leur budget comme on offre une tournée générale.

Et si la Commission européenne essaie de se montrer ferme face à ce gouvernement iconoclaste, la réalité est que Bruxelles se trouve assez désarmée pour faire face à cette fronde. La marge de manœuvre est étroite entre la nécessité de rigueur, pour rester crédible face aux autres membres de la zone euro, et la volonté d’éviter un affrontement trop brutal pour ne pas risquer d’affoler les marchés.

Difficile aussi de se montrer intraitable vis-à-vis de l’Italie, alors que la France vient d’annoncer un déficit de 2,8 % du PIB pour 2019.

Autre élément à prendre en compte : l’Italie n’est pas la Grèce. Même si elle est très endettée, l’Italie reste la 3e économie d’une Europe post-Brexit.

Et s’il a été relativement facile pour Berlin de faire rentrer dans le rang le premier ministre grec Alexis Tsipras, il en va autrement du gouvernement italien.

Car l’Europe en crise se remettrait mal d’un ItalExit ou d’une sortie de l’Euro que prônent encore bien des membres prééminents du parti de Salvini.

L’élection de cette coalition eurosceptique à Rome révèle en fait un malaise profond; un désenchantement croissant des Italiens vis-à-vis de l’Europe. Le dernier Eurobaromètre révélait que 72 % des Italiens estiment que leur voix ne compte pas en Europe. Seuls 42 % d’entre eux pensent encore que l’appartenance de leur pays à l’Europe est une bonne chose.

Et pour cause, les Italiens n’ont pas profité de l’adhésion de leur pays à la zone euro. Le PIB par habitant n’a pas augmenté depuis que la monnaie commune européenne a remplacé la lire. Alors que les mesures prônées depuis des décennies par Bruxelles n’ont pas apporté la prospérité escomptée, de plus en plus de citoyens se sentent légitimés de regarder dans de nouvelles directions.

Une menace qui pourrait bien se concrétiser lors des prochaines élections européennes au printemps alors que Matteo Salvini a entrepris de fédérer les forces politiques eurosceptiques des 28 pays membres pour tenter de prendre le contrôle du Parlement européen.

De toute évidence, l’Europe est en crise et le Brexit est loin d’être le seul souci.

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