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Le meurtre de Khashoggi est un « incident hideux », selon le prince saoudien MBS

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et le roi de Jordanie Abdallah II à Riyad, mardi 23 octobre.

Photo : Reuters / Faisal Nasser

Agence France Presse

Le prince héritier d'Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, a qualifié mercredi d'« incident hideux » le meurtre du journaliste et opposant saoudien Jamal Khashoggi au consulat du Royaume à Istanbul. Jamal Khashoggi a été assassiné par une équipe de quinze tueurs saoudiens, dont la presse turque a révélé les liens avec Mohammed ben Salmane, dit MBS.

S'exprimant devant un forum international d'investissement à Riyad, l'héritier du trône du premier exportateur de pétrole au monde a également affirmé que « la justice prévaudra » dans cette affaire et qu'il n'y aurait « pas de rupture des liens avec la Turquie ».

Ceux qui sont derrière ce crime devront rendre des comptes [...] et, à la fin, la justice prévaudra.

Le prince héritier d'Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane

Jamal Khashoggi a été tué au consulat saoudien à Istanbul où il s'était rendu le 2 octobre pour des formalités administratives.

Plus tôt, MBS s'était entretenu avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, le premier entretien téléphonique entre les deux hommes depuis le meurtre de Jamal Khashoggi le 2 octobre au consulat saoudien.

Au cours de leur conversation, qui s'est déroulée « à la demande » du prince héritier, les deux dirigeants ont discuté d'« efforts communs pour éclaircir tous les aspects du meurtre de Jamal Khashoggi et des mesures à prendre dans ce cadre », selon cette source.

L'homme fort de l'Arabie saoudite a estimé qu'il n'y aurait « pas de rupture des liens avec la Turquie ».

Plusieurs versions d'un même événement

Après avoir nié sa mort, Riyad, sous pression internationale accrue pour s'expliquer, a avancé plusieurs versions évoquant un temps une « rixe » ayant mal tourné puis affirmant que le meurtre avait été commis lors d'une opération « non autorisée » et dont le prince héritier, considéré comme l'homme fort du Royaume, n'avait pas été informé.

Mais les explications saoudiennes n'ont guère convaincu et les Occidentaux, sceptiques, ont réclamé une enquête « crédible et transparente ».

« L'incident est très douloureux pour tous les Saoudiens. C'est un incident hideux et totalement injustifiable », a dit le prince Mohammed ben Salmane, 33 ans, dans sa première intervention publique depuis le meurtre de Jamal Khashoggi qualifié « d'assassinat politique » planifié par le président turc Recep Tayyip Erdogan.

« Beaucoup essaient d'exploiter l'affaire Khashoggi pour créer un antagonisme entre l'Arabie saoudite et la Turquie, mais ils ne réussiront pas », a ajouté le prince héritier qui a eu un entretien téléphonique mercredi avec M. Erdogan, le premier depuis le début de l'affaire.

La presse turque a publié des détails macabres sur le meurtre du journaliste saoudien qui collaborait avec le Washington Post. Mais si les médias, ainsi que des responsables turcs anonymes, ont mis en cause Mohammed ben Salmane, M. Erdogan s'est jusqu'à présent gardé de l'accuser directement.

Riyad a annoncé des arrestations et des limogeages, notamment au sommet des services de renseignement dans le cadre de cette affaire et a affirmé que toutes les personnes impliquées dans ce meurtre rendraient des comptes.

Image divisée montrant Jamal Khashoggi, à gauche, et un autre homme, qui semble porter les mêmes vêtements que lui, à droite.

À gauche, le chroniqueur saoudien Jamal Khashoggi, capté par une caméra vidéo à son arrivée au consulat saoudien d'Istanbul le 2 octobre; à droite, son présumé sosie - nommé Mustafa Al-Madani, selon une source de CNN - à sa sortie du même consulat, quelques heures après que M. Khashoggi y est entré.

Photo : Image de vidéosurveillance obtenue et diffusée par le réseau CNN

De nouvelles sanctions américaines à venir

Dans une première mesure de rétorsion au meurtre, les États-Unis ont annoncé qu'ils allaient révoquer les visas de suspects - 21 Saoudiens qui n'ont plus le droit d'en demander un.

Le Royaume-Uni a emboîté le pas, annonçant l'annulation de tout éventuel visa pour le pays détenu par les suspects de l'assassinat de Khashoggi.

Proche allié de Riyad, le président américain Donald Trump a estimé mardi que l'opération de dissimulation saoudienne, « l'une des pires de l'histoire », avait été un « fiasco total ».

Interrogé par le Wall Street Journal sur une éventuelle implication de MBS dans le meurtre de Jamal Khashoggi, il a rappelé que le prince héritier « est chargé » des affaires courantes en Arabie saoudite en ce moment. « Donc si qui que ce soit avait pu être impliqué, ce serait lui ».

Le président américain Donald Trump à la Maison-Blanche, le 23 octobre 2018 à Washington.

«Cela n'aurait jamais dû être envisagé», a dit le président Trump.

Photo : Reuters / Leah Millis

« Ce n'est pas fini  », dit Erdogan

Le président turc a, pour sa part, déclaré que l’opération contre Khashoggi avait été minutieusement préparée et qu’il s’agissait d’un crime « prémédité ». M. Erdogan a appelé à punir « toutes les personnes impliquées, des exécutants aux commanditaires ».

Mercredi, il a enfoncé le clou : « Nous avons démêlé, démonté tout cela pièce par pièce » et « ce n'est pas fini ».

Un journal proche du pouvoir turc a rapporté que les services de renseignement d’Ankara avaient partagé avec la directrice de la CIA Gina Haspel des éléments recueillis dans le cadre de l’enquête.

D’après Sabah, l’un des principaux quotidiens qui publient des « fuites » turques depuis le début de l’affaire Khashoggi, les services de renseignement turcs (MIT) ont « informé Gina Haspel sur les preuves liées » au meurtre du journaliste saoudien.

Le corps de Khashoggi n’a toujours pas été retrouvé. Mercredi, le président du Conseil européen Donald Tusk a réclamé que toute la lumière soit faite sur son meurtre, « quel qu’en soit l’auteur ».

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