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La taxe carbone accélérera la transition énergétique, selon des groupes environnementaux

Un embouteillage.

Le plan de tarification du carbone prévoit notamment une redevance sur les combustibles pour les producteurs et les distributeurs, qui entrera en vigueur le 1er avril 2019.

Photo : iStock / ssuaphoto

Radio-Canada

Les groupes environnementaux sont unanimes pour dire que le plan de tarification du carbone d'Ottawa, qui sera imposé l'an prochain aux provinces canadiennes qui refusaient de mettre en œuvre leur propre système de réduction de gaz à effet de serre, représente une très bonne nouvelle qui permettra d'accélérer la transition énergétique vers les énergies propres.

Un texte d’Isabelle Maltais

La Fondation David Suzuki, Équiterre et Greenpeace s'entendent tous les trois pour dire que de « mettre un prix sur la pollution » ne peut que faire changer les choses.

Le directeur de la Fondation David Suzuki pour le Québec et l’Atlantique, Karel Mayrand, est particulièrement enthousiaste devant le plan fédéral.

Moi, je pense que c’est un geste qui est extrêmement important. Au plan historique, l’installation d’un prix carbone dans le Canada au complet, je pense que c’est un geste qui est déterminant. Ça prend beaucoup de vision pour mettre ça en place, et nous, on est très très heureux que le gouvernement aille de l’avant.

Karel Mayrand, de la Fondation David Suzuki

M. Mayrand explique que l’idée derrière ce plan est de faire augmenter le prix des énergies fossiles et de faire en sorte que les énergies alternatives deviennent plus concurrentielles, pour que les consommateurs les adoptent.

« Le plus bel exemple, c’est l’auto électrique. En ce moment, elle est presque à parité de prix avec l’auto à essence pour la durée de vie. Mais si on avait déjà un prix sur le carbone, probablement que les voitures électriques seraient plus avantageuses pour les gens », dit-il.

« Il faut faire augmenter le prix de la pollution pour que graduellement l’économie s’ajuste. L’idée, c’est de commencer avec un prix qui n’est pas très élevé, qu’on élève graduellement, pour que dans 10 ou 15 ans, certaines alternatives qui ne sont pas économiquement viables vont le devenir. On ne peut pas mettre un prix trop élevé en partant, car ça causerait un choc économique trop important », poursuit-il.

Un plan intelligent

Karel Mayrand considère qu’Ottawa met de l’avant un plan intelligent, parce qu’il ne veut pas « soutirer » de l’argent aux Canadiens pour augmenter ses revenus, mais simplement imposer un coût aux pollueurs.

Le gouvernement fédéral retournera en effet chaque année de l’argent dans la poche des contribuables des quatre provinces touchées par l’initiative, l'Ontario, le Nouveau-Brunswick, le Manitoba et la Saskatchewan, une fois qu’ils auront envoyé leur déclaration d’impôt.

« Si je reçois le chèque du gouvernement, j’ai le choix de prendre ça pour éponger mes factures d’essence ou pour acheter une voiture électrique, ou passer d’une fournaise au mazout à une fournaise électrique, par exemple. Ou cet argent, je peux le mettre dans mes poches complètement », note-t-il.

Selon lui, ce sont des dizaines de petites décisions de cette nature qui vont permettre de changer le modèle énergétique que l’on connaît actuellement.

M. Mayrand avoue toutefois que ce plan pancanadien a été attendu trop longtemps et qu’il ne permettra pas de diminuer l’émission des gaz à effet de serre (GES) aussi rapidement que l’urgence le commande.

Le fait qu’on le fasse trop tard, ce n’est pas une justification pour ne pas agir du tout. Pour nous, ce qui est important, c’est que ça va donner un coup d’accélérateur à la transition énergétique et que ça va mettre fin à une situation complètement absurde où on donnait l’atmosphère gratuitement à tous les grands pollueurs.

Karel Mayrand de la Fondation David Suzuki

Quelques bémols

De son côté, Équiterre félicite également le gouvernement Trudeau de ne pas hésiter à forcer l’imposition d’une taxe carbone dans les provinces qui étaient opposées à cette mesure.

Selon Annie Bérubé, directrice des relations gouvernementales chez Équiterre, cette politique « absolument essentielle » permettra d’ici 2022 de réduire les émissions de GES de serre de 50 à 60 mégatonnes.

Mme Bérubé souligne toutefois que le plan comporte des éléments qui ne sont pas clairs, comme la façon dont on compte calculer les sommes que devront payer les grandes entreprises, qui sont les plus grands émetteurs de carbone.

On veut imposer un système basé sur le rendement, mais il reste beaucoup de détails manquants. On a quelques inquiétudes par rapport à certains secteurs, dont le secteur de l’électricité.

La porte-parole d'Équiterre, Annie Bérubé

Annie Bérubé, tout comme Patrick Bonin, le responsable de la campagne Climat-Énergie de Greenpeace Québec, avance qu’il est crucial qu’Ottawa ne se contente pas d’instaurer ce plan et qu'il devra absolument proposer d’autres mesures pour permettre une baisse significative des émissions de GES.

« Comme l’aide à l’électrification des transports. Le secteur des transports, c’est le deuxième secteur le plus important dans les émissions de GES au Canada. Le gouvernement fédéral tarde à prendre des mesures pour favoriser les véhicules électriques », lance Mme Bérubé.

Il faut donner les moyens aux gens de réduire leur consommation [d’énergies fossiles]. Ça passe par le transport collectif, le transport actif, l’électrification des transports et les énergies éoliennes et solaires. Il faut des investissements massifs.

Le responsable de la campagne Climat-Énergie de Greenpeace Québec, Patrick Bonin

L’épine de l’industrie pétrolière

Autant Équiterre que Greenpeace, dont c’est un cheval de bataille, dénoncent l’appui que donne le gouvernement fédéral aux projets pétroliers.

Alors qu’Annie Bérubé parle d’« épineuse question », Patrick Bonin dénonce une fois de plus les subventions accordées à l’industrie.

« Il faut surtout arrêter de subventionner le problème comme on le fait, à hauteur d'un milliard de dollars, avec les pétrolières et les gazières. Ou par exemple de faire l’expansion des sables bitumineux à coup de prêts de 13 milliards de dollars ou d’achat de pipeline », répète Patrick Bonin.

Même s’il considère que le plan gouvernemental « est un pas dans la bonne direction », M. Bonin répète que le gouvernement Trudeau doit soumettre « un plan crédible » aux Canadiens.

« Un plan qui permettra de démontrer sans l’ombre d’un doute qu’on est capables de respecter notre engagement dans l’Accord de Paris [qui vise la réduction des émissions de GES des pays signataires]. Actuellement, ce n’est pas le cas », déplore-t-il.

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