•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Allégations contre des policiers : des victimes déplorent l'attitude des enquêteurs du SPVM

Le visage en gros plan de Marie-Louise Hervieux, qui regarde le journaliste lui parler.
Marie-Louise Hervieux témoignait à la commission Viens. Photo: Radio-Canada

Les témoignages de trois femmes autochtones qui ont porté plainte contre des policiers ont été entendus mardi matin à la Commission d'enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics. Les trois femmes ont émis de sérieuses réserves sur l'attitude des enquêteurs du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Un texte de Thomas Deshaies

Rappelons que le SPVM avait été mandaté, à la suite des « événements de Val-d'Or », pour enquêter sur toutes les allégations criminelles contre un policier, qui concernent également un Autochtone. Un mandat qui relève, depuis septembre 2018, du Bureau des enquêtes indépendantes.

Les trois femmes, Marie-Louise Hervieux, Deborah Einish et Sylvanne Bellefleur, ont toutes déploré ne pas avoir pu être accompagnées lors de leur témoignage devant les enquêteurs du SPVM. Leurs histoires respectives ne sont pas liées, mais les constats sur le processus d'enquête sont sensiblement les mêmes.

J'avais demandé aux enquêteurs si je pouvais être accompagnée par une intervenante sociale, mais ils ont refusé catégoriquement, a raconté Sylvanne Bellefleur, dans un témoignage écrit qui a été lu en audience.

Mme Bellefleur soutient que cette situation a occasionné chez elle de la méfiance envers les enquêteurs. Ils ne démontraient aucune compassion. Ils étaient pressés de remplir les formulaires et de faire l'enquête, déplore-t-elle dans son témoignage.

Un manque de compassion, selon les dénonciatrices

J'aurais aimé avoir quelqu'un avec moi, mais ils ne voulaient pas, je ne sais pas pourquoi, a raconté Marie-Louise Hervieux à la commission, tout en déplorant l'attitude des deux enquêteurs qu'elle a rencontrés. C'était froid leur attitude et, en plus, ils se plaignaient. Ils disaient qu'ils ne prendraient pas trop de temps, qu'ils venaient de Montréal puis qu'ils avaient faim, a-t-elle raconté.

Ils n'étaient pas attentifs à ce que je disais.

Marie-Louise Hervieux

Mme Hervieux a aussi regretté n'avoir jamais pu prendre connaissance de la transcription de sa déclaration orale ni même y apposer sa signature.

Les témoins auraient aimé avoir un suivi

Deborah Einish a déploré n'avoir jamais eu de suivi entre sa déclaration aux policiers et la décision finale du Directeur des poursuites criminelles et pénales de ne pas porter d'accusation. Ils ne m'ont même pas donné de carte [d'affaires] pour le suivi ni un numéro pour appeler, je n'ai rien eu, a-t-elle déploré en langue innue, lors de son témoignage.

Trois femmes autochtones témoignent lors d'une commission d'enquête.Debora Einish fait partie des citoyennes qui ont dénoncé les abus des policiers. Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

J'ai trouvé que l'attente était trop longue, ça a pris environ huit mois avant d'avoir l'appel, a dénoncé Sylvanne Bellefleur dans son témoignage écrit.

Une même déception a aussi été exprimée par Marie-Louise Hervieux. J'ai appris à avaler mes larmes par rapport à ça, a déclaré Mme Hervieux. Je me dis que ce système n'est pas fait pour moi, pour les Autochtones, qu'on n'a pas les mêmes valeurs que vous et vous n'avez pas les mêmes valeurs que nous.

Ça prend notre système à nous pour que le monde comprenne ce qu'on ressent.

Marie-Louise Hervieux

Sylvanne Bellefleur explique dans son témoignage écrit avoir abandonné ses études en soins infirmiers après cet événement et qu'elle a très mal reçu la décision du DPCP. Comme une personne sans valeur, c'est comme cela que je me suis sentie. Pas respectée ni écoutée, a-t-elle déclaré par écrit. Je n'ai plus confiance dans les policiers.

La procureure en chef, Suzanne Arpin, a demandé aux témoins s'ils regrettaient d'avoir porté plainte en raison des obstacles rencontrés. Les deux témoins qui étaient présents en salle d'audience ont répondu que si c'était à refaire, elles le referaient.

Abitibi–Témiscamingue

Autochtones