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La jeunesse francophone s'insurge et répond à Denise Bombardier

Chloé Freynet-Gagné
La Franco-Manitobaine Chloé Freynet-Gagné étudie le droit à Moncton. Photo: Document remis

Plusieurs jeunes francophones prennent la parole et s'élèvent pour défendre leur langue et montrer qu'ils existent, en réaction aux propos de Denise Bombardier sur le fait français au pays. Cette dernière a réitéré mardi sa position et maintenu ses propos sur les francophones hors Québec, allant même jusqu'à déclarer qu'il s'agissait d'une « culture de survivance ».

Un article de Thibault Jourdan

Invitée dimanche à l’émission Tout le monde en parle, la journaliste et essayiste avait notamment affirmé qu’il n’y avait plus de Métis parlant français au Manitoba.

Interrogée mardi sur son séjour au Manitoba et les observations qui ont motivé ses déclarations, Denise Bombardier a répondu : « J’ai vu au Manitoba, quand je suis allée la dernière fois, des parents qui parlent le français, mais les enfants leur parlaient en anglais! C’est ça, la réalité! »

Elle porte  un veston jaune.Denise Bombardier Photo : Radio-Canada / Karine Dufour

Denise Bombardier a par ailleurs ajouté : « On ne peut pas avoir une vie officielle seulement en français en dehors du Québec. »

Ces affirmations ont été vivement contredites par plusieurs jeunes. « Comme jeune, on essaie de survivre avec notre fierté, mais moi, je ne trouve pas que, personnellement, je suis dans un moment de survivance », lance William Burton, un Franco-Ontarien de la région d’Ottawa.

Moi, je vis ma francophonie, et c’est tout en français autour de moi, donc, c’est correct.

William Burton, Franco-Ontarien

« Je ne peux pas vous dire à quel point ça m’a frustrée », renchérit Chloé Freynet-Gagné. « Ça m’a donné encore plus envie de faire ce que j’ai envie de faire dans la vie, c’est-à-dire défendre les droits des francophones », ajoute cette Franco-Manitobaine qui fait ses études de droit à Moncton, au Nouveau-Brunswick.

Une vie en français bien possible hors Québec

Outre la frustration et la colère, ces jeunes expriment aussi une certaine déception. « Je ne sais pas si c’est naïf ou mal informé [...] mais quand j’étais à Sudbury, il y a quelques semaines, je me sentais comme si je parlais avec mes cousins à Montréal », raconte William Burton.

William Burton.William Burton est un jeune Franco-Ontarien de la région d'Ottawa. Photo : Radio-Canada

Le jeune Franco-Ontarien mentionne aussi la vitalité artistique en français qui démontre qu’une vie entièrement en français est possible en dehors de la Belle Province.

« Je parle avec des artistes comme Shawn Jobin [de la Saskatchewan]. Ils parlent un super français et ils sont capables de vivre de leur musique [dans leur province]. Ça veut dire qu’il y a du monde qui est prêt à payer pour les écouter en français, qu’il y a du monde qui peut vivre de ça », dit-il.

C’est d’ailleurs Lord Byrun, un artiste fransaskois, qui a remporté le dernier Festival international de la chanson de Granby.

« Il y a un beau vent de fraîcheur d’artistes et de fierté francophone en général qui sortent hors Québec », ajoute William Burton.

Rencontrer les communautés

Une jeune femme debout dans une assemblée parlementaire. Chloé Freynet-Gagné a été vice-première ministre dans un parlement jeunesse pancanadien, qui a réuni de jeunes francophones de partout au pays. Photo : Chloé Freynet Gagné

Pour sa part, Chloé Freynet-Gagné invite Denise Bombardier à « vraiment venir rencontrer les communautés ». « Que les parents parlent en français [et que les enfants répondent en anglais] ce n’est pas une réalité pour tout le monde! », martèle la jeune Franco-Manitobaine.

On ne peut pas juste estimer, en parlant à quelques parents et quelques enfants, que c’est ça, la réalité pour tous les francophones hors Québec.

Chloé Freynet-Gagné, Franco-Manitobaine

L’insécurité linguistique, ennemi du français

Si, lors de son passage au Manitoba, Denise Bombardier a rencontré des enfants qui parlaient en anglais à leurs parents, cela tient peut-être au sentiment d’insécurité linguistique.

Cette barrière, qui mine de manière sous-jacente l’utilisation et la diffusion du français, est un problème assez important pour que la Fédération de la jeunesse canadienne-française (FJCF) décide de lancer une stratégie pour la combattre.

« L’insécurité linguistique n’est pas un phénomène qui affecte seulement les jeunes », précise Josée Vaillancourt, directrice générale de la FJCF. « Le but [de cette stratégie] est d’identifier des actions concrètes pour favoriser la sécurité linguistique d’un bout à l’autre du pays. ».

Après une période de consultations pour regrouper de l’information, la FJCF veut mettre en place des actions et des outils que les gens pourront utiliser pour éviter de se retrouver face à ce phénomène.

On doit trouver, comme société, des façons d’accepter les différents niveaux de français que l’on parle d’un bout à l’autre du pays. Mais on doit surtout valoriser nos accents.

Josée Vaillancourt, directrice générale de la FJCF

Et Tout le monde en parle?

« À l’extérieur du Québec, on crée un réseau et, selon les statistiques, on est 1 million de francophones. Mais on n’est pas que des statistiques! On parle de nous sans nous parler [directement] », s’insurge Chloé Freynet-Gagné, qui aimerait que des francophones hors Québec puissent intervenir plus régulièrement dans des émissions comme Tout le monde en parle. C'est aussi un appel que lançait, lundi, le vice-président de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA), Justin Johnson.

Contactée, la production de l’émission rappelle qu’elle reçoit des gens de partout et de toutes les origines depuis 15 ans. Elle assure que, après les réactions suscitées par les propos de Mme Bombardier, ces questions seront abordées lors de sa prochaine réunion, alors qu’aucune décision n’a encore été prise concernant les invités qui seront présents à la prochaine émission, diffusée le 4 novembre.

Manitoba

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