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  • Exclusif
  • Ottawa largue un groupe d'aide aux immigrants terni par des allégations de nature sexuelle

    Plan rapproché de Georges Bahaya, ex-directeur général du Centre d'accueil et d'établissement du Nord de l'Alberta

    Le ministère de l'Immigration met fin au financement du CAE, dont l'ancien directeur général, George Bahaya, fait l'objet d'allégations d'inconduites sexuelles.

    Photo : Radio-Canada

    Marie-Pier Mercier

    Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada mettra fin au financement fédéral du Centre d'accueil et d'établissement du Nord de l'Alberta (CAE) après le 31 mars prochain en raison de « l'inaction » de son conseil d'administration face aux allégations de comportements inappropriés de nature sexuelle contre son ancien directeur général, Georges Bahaya.

    Le ministère fédéral souligne dans une lettre datée du 18 octobre et adressée au directeur général par intérim, Béda Kaji-Ngulu, dont Radio-Canada a obtenu copie, qu’il n’a plus confiance dans le conseil d’administration de l’organisme qui accompagne les nouveaux arrivants francophones dans leur processus d'intégration.

    Perdre la confiance d'Ottawa, le principal bailleur de fonds du CAE, c'est aussi perdre son financement de plusieurs millions de dollars.

    « Cette décision découle des événements qui ont suivi la diffusion de la lettre faisant état d’allégations sérieuses contre l’ancien directeur général du CAE, Monsieur Georges Bahaya, en janvier 2018 », écrit le sous-ministre adjoint du Secteur de l’établissement et de l’intégration, David Manicom.

    Le 18 janvier 2018, Marc Arnal, président de l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA), recevait une lettre anonyme alléguant le comportement inapproprié du directeur général. Cette lettre a également été envoyée à d’autres membres de la francophonie.

    Radio-Canada avait enquêté à la suite de la diffusion de cette lettre anonyme.

    Plusieurs personnes, dont deux femmes, se sont confiées à Radio-Canada au sujet du comportement jugé inapproprié de Georges Bahaya.

    Nana Ngandu avait entre autres raconté l'inconduite sexuelle dont aurait fait preuve Georges Bahaya à son égard, alors qu'elle était cliente du CAE en 2010.

    « L’inaction du conseil d’administration [dans le dossier] a amené le ministère à perdre confiance en l’organisation », écrit David Manicom.

    Le président du conseil d'administration [Paul Dubé], a défendu publiquement l'ancien directeur général, bien qu'aucune mesure n'ait été prise pour vérifier les allégations portées contre lui.

    Lettre d'Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada au CAE

    Le ministère qualifie de « peu réceptive » l'approche de l'organisme dans cette affaire.

    Selon la lettre, Immigration Canada a fait part de ses préoccupations au Centre d'accueil le 28 août, soit une semaine après la diffusion du reportage d’enquête de Radio-Canada.

    Ses préoccupations sont demeurées sans réponses, indique le ministère.

    « Ces maintes inactions de l’organisation [...] depuis janvier ont soulevé des préoccupations quant à l’existence de problèmes systémiques dans sa gouvernance interne », est-il écrit.

    Le ministère n’est pas convaincu que le CAE peut offrir des services aux nouveaux arrivants dans un environnement sûr et sécuritaire.

    Lettre d'Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada au CAE

    Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada indique donc que l’organisme devra entamer la réduction progressive de ses services d’établissement et aviser les employés touchés que leur emploi prendra fin dans les prochains mois.

    Ottawa s’engage à travailler avec le CAE pour que ce processus puisse se dérouler en limitant l'impact sur les clients et les employés du centre.

    La communauté réagit

    Lors d’une rencontre à huis clos à l’ACFA mardi après-midi, des représentants de la Francophonie albertaine plurielle, du Centre de développement économique de l’Alberta (CDEA), d’Accès Emploi, du Secrétariat francophone ont discuté d’une proposition commune.

    Leur but est de proposer une solution pour qu’Ottawa accepte d’investir à nouveau et que la confiance revienne entre le fédéral et l’organisme.

    « C’est important qu’il y ait un organisme d’accueil dans la province géré par et pour des francophones », a déclaré Marc Arnal, le président de l’ACFA.

    Force est de reconnaître que le dossier n’a pas été traité de la façon dont ça aurait dû être traité. Il faut changer le C.A., absolument.

    Marc Arnal, président de l'ACFA

    Les membres proposent donc d’avoir un nouveau conseil d’administration et de faire le « ménage » au centre pour s’assurer que les employés et la direction générale ont bien leur place.

    « Je pense qu’il y a aussi des inquiétudes au niveau de la direction. Un processus d'embauche d’une nouvelle direction générale fait partie de ce qui est souhaité », ajoute Marc Arnal.

    Béda Kaji-Ngulu occupe le poste de directeur général par intérim depuis le renvoi de Georges Bahaya en juillet.

    Le président du conseil d'administration, Paul Dubé, a d'ailleurs convoqué une conférence de presse mercredi, à 10 h 30 à la Cité francophone d'Edmonton.

    Reste à savoir si l'éventuel départ du C.A. adoucira Ottawa.

    Alberta

    Associations francophones