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Santé mentale : des tarifs préférentiels pour les moins nantis

Un homme en détresse psychologique
Un homme en détresse psychologique Photo: iStock

Un groupe de quatre doctorants en psychologie de l'Université Laval s'apprête à lancer un projet pilote pour améliorer l'accès aux soins en santé mentale au Québec. L'organisme Accès Psy propose de couvrir une partie des frais de consultation de personnes moins nanties qui peinent à payer les services d'un psychologue.

Un texte d’Alexandre Duval

Les longs délais d’attente pour obtenir un rendez-vous dans le service public, qui découragent certains usagers, ont convaincu l’équipe de la nécessité d’offrir une solution de rechange.

« Pour les enfants par exemple, on entend parler des fois d'un an ou deux ans [d'attente]. En CLSC, ça peut être de quelques mois à près d'un an selon les services », illustre le directeur général d’Accès Psy, Eddy Larouche.

Face à ces délais, plusieurs personnes doivent se tourner vers le privé. Malheureusement, toutes n’ont pas les moyens de se payer des traitements à 100 $ de l’heure, avance M. Larouche.

Afin de pallier ce problème, Accès Psy propose de payer environ 30 $ par séance pour les personnes moins nanties qui souhaitent consulter un psychologue, jusqu’à concurrence d’un maximum de 20 consultations.

D’autre part, l’organisme veut s’associer à des psychologues qui réduiront volontairement leurs tarifs d’environ 30 $ de l’heure pour ces mêmes patients.

Au final, les patients ne paieront donc qu’une quarantaine de dollars par traitement, soit moins de la moitié du coût du traitement.

Eddy Larouche, directeur général d'Accès PsyEddy Larouche, directeur général d'Accès Psy Photo : Radio-Canada

M. Larouche soutient que plusieurs psychologues consentent déjà à des rabais pour aider certains patients. Toutefois, Accès Psy « arrive avec une solution que tout le monde va pouvoir utiliser, avec un modèle qui va être universel », dit-il.

Un projet pilote, qui comptera au maximum six patients et autant de psychologues, doit commencer au cours des prochaines semaines.

Au terme de l’exercice, un bilan sera fait avec ces premiers patients. L’objectif sera par la suite de lancer officiellement Accès Psy d’ici l’été 2019.

Corriger les iniquités

Selon le Portrait statistique de la santé mentale des Québécois 2015, plus de 40 % des personnes ayant un trouble de santé mentale n’ont pas consulté de professionnel.

La présidente de l’Ordre des psychologues du Québec, la Dre Christine Grou, estime néanmoins qu’il est difficile d’avoir des statistiques précises à ce sujet.

Par définition, quand ces personnes-là n’ont pas consulté un professionnel, personne n’a pu établir la présence d’un problème de santé mentale alors c’est difficile d’avoir une statistique!

Dre Christine Grou, présidente de l'Ordre des psychologues du Québec
Dre Christine Grou, présidente de l'Ordre des psychologues du QuébecDre Christine Grou, présidente de l'Ordre des psychologues du Québec Photo : Radio-Canada/Mathieu Arsenault

La Dre Grou est toutefois bien consciente des problèmes d’accès aux soins en santé mentale liés à l'argent. « Ça cause des iniquités sociales vraiment importantes », dit-elle, saluant l'initiative d'Accès Psy.

À titre d’exemple, la Dre Grou s’interroge sur les parents peu fortunés qui doivent attendre un ou deux ans au public avant que leur enfant puisse consulter un professionnel.

« Le même parent qui se fait dire la même chose, mais qui, lui, a les moyens d’aller au privé, il va attendre un mois et il va avoir son évaluation! », illustre-t-elle.

Tout le monde devrait être capable de se faire traiter, de se faire soigner quand ils éprouvent un problème de santé. Ça ne devrait pas dépendre de l’argent qu’on a dans son compte de banque.

Dre Christine Grou, présidente de l'Ordre des psychologues du Québec

La santé mentale en chiffres :

  • 18 % des Québécois ont présenté un trouble de santé mentale au cours de leur vie;
  • 6 % des visites dans les urgences des hôpitaux québécois concernaient la santé mentale en 2016-2017.

Sources : Portrait statistique de la santé mentale des Québécois 2015 et Rapport de la commissaire à la santé et au bien-être 2017

Le défi du financement

Pour remplir sa mission, Accès Psy s’apprête à démarrer une première campagne de financement. L’organisme dit s’être entouré de personnes expérimentées en matière de philanthropie afin d'aller chercher un maximum de dons.

Le directeur général d’Accès Psy rappelle qu’afin de subventionner une vingtaine de séances pour un seul patient, son organisme devra prévoir une enveloppe considérable, soit environ 600 $ par patient.

M. Larouche souhaite néanmoins que les procédures restent simples pour le public. Les personnes dans le besoin n’auront qu’à faire une demande sur une plateforme web actuellement en développement, affirme-t-il.

Les gens vont s'inscrire, créer un compte, fournir une preuve de revenu [...] répondre à quelques informations sur la demande pour qu’on puisse bien orienter les services.

Eddy Larouche, directeur général d'Accès Psy

Au terme du projet pilote, Accès Psy concentrera d'abord ses activités dans la grande région de Québec. Selon ses capacités, l’objectif sera ensuite d’étendre les services à d’autres régions.

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