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Le vote électronique en Ontario un « Far West », selon certains experts

Ontario's Chief Electoral Officer Greg Essensa slides a ballot into a vote tabulator as he demonstrates an electronic voting machine during a media availability in Toronto on Wednesday, May 9 , 2018. THE CANADIAN PRESS/Chris Young
Vote électronique en Ontario Photo: The Canadian Press / Chris Young
Radio-Canada

Les ratés substantiels du système de vote électronique en Ontario illustrent les vulnérabilités de cette industrie, selon des experts en cybersécurité. Ceux-ci dénoncent un manque de balises et de transparence.

Un texte de Natasha MacDonald-Dupuis

Dominion Voting Systems, la compagnie mandatée par 51 municipalités ontariennes pour gérer le vote électronique, a admis lundi que celles-ci avaient toutes été touchées par des pannes et des ralentissements importants, si bien que les heures de scrutin ont dû être prolongées. Certains endroits ont même dû repousser la fin du vote de 24 heures.

L’entreprise, qui offre des systèmes de tabulation au Canada et aux États-Unis, a déjà connu des imbroglios semblables au Nouveau-Brunswick en 2014 (Nouvelle fenêtre) à cause d’un logiciel défaillant. Cette fois, elle pointe du doigt un fournisseur externe pour expliquer le cafouillage.

« Notre fournisseur de colocalisation basé à Toronto a placé une limite non autorisée sur la bande passante de notre système », explique la porte-parole, Kay Stinson. « Ce n’est pas notre plus beau moment. Nous allons nous assurer que ce problème ne se reproduise plus jamais. »

Sur Twitter toutefois, plusieurs experts en cybersécurité ont rapidement dénoncé cette explication et l’ont réfutée directement sur les publications de Dominion Voting Systems.

Des commentaires sur TwitterDes experts en cybersécurité et des internautes dénoncent les ratés du système de vote électronique. Photo : Twitter/Dominion

« Les ralentissements décrits par Dominion ne pourraient pas avoir été causés que par un fournisseur de colocalisation », estime le professeur en génie du logiciel de l’Université Western, Aleksander Essex, qui étudie le vote électronique depuis plusieurs années. « Il se pourrait qu’un nombre important d’électeurs de dernière minute aient surchargé leurs serveurs, mais il se pourrait aussi qu’une source externe malicieuse soit en cause ».

« C’était évident dès le début que le système avait des failles, donc on n’a pas été surpris des résultats », ajoute Kevin Creechan, qui dirige une firme de cybersécurité à Cambridge.

« Des précautions élémentaires n’ont pas été prises pour sécuriser la plateforme, ce qui porte à croire que d’autres oublis plus graves sont possibles. Par exemple, ils utilisent une version du logiciel jQuery datant de 2014 qui est connue pour avoir des vulnérabilités et c’est une erreur de base ».

Manque de transparence

L’incident relance un débat épineux : est-ce transparent et sécuritaire de confier à une multinationale le droit exclusif de gérer nos données électorales?

Les experts demeurent sceptiques. Le mois dernier, un groupe de chercheurs de l’Institut de technologie du Massachusetts a conclu que le vote électronique constituait un risque sérieux (Nouvelle fenêtre) pour la démocratie.

« On a mené une étude en Australie qui nous a permis de déterminer que les données des électeurs étaient stockées sur des serveurs à travers le monde », explique M. Essex.

Un homme beau dans un completLe professeur en génie du logiciel de l’Université Western, Aleksander Essex, étudie le vote électronique depuis plusieurs années Photo : Université Western

Impossible toutefois de mener la même enquête en Ontario. « On a soumis des demandes d’accès à l’information, mais on nous a remis des documents entièrement caviardés en disant qu’ils contenaient des informations commerciales sensibles ».

Pour M. Creechan, il n’est pas possible de déterminer si les votes sont compilés correctement, puisque le système propriétaire ne peut être testé indépendamment. « C’est incroyable qu’un processus aussi fondamental pour notre démocratie soit laissé entre les mains d’une seule compagnie privée », déplore-t-il.

Un « Far West »

Le professeur Essex a témoigné devant plusieurs conseils municipaux pour tenter de les dissuader d’opter pour le vote électronique, mais a été débouté à chaque fois.

« C’est définitivement un Far West. Chaque municipalité négocie individuellement avec une compagnie privée, souvent sans consulter des experts. »

La Loi sur les élections municipales de l’Ontario, qui date de 1996, ne fait aucunement mention du vote électronique. Le gouvernement ontarien ne recense pas quelles municipalités choisissent le vote électronique et ne leur fournit pas d’outils pour leur permettre d’en établir les paramètres et les exigences de sécurité.

Un homme blanc barbu e scrumLe Ministre des Services gouvernementaux, Todd Smith Photo : Radio-Canada

Le ministre des Services gouvernementaux, Todd Smith, insiste que cette responsabilité repose sur les greffiers municipaux. « À Toronto, par exemple, tout s'est bien passé. »

Mais ces décisions peuvent être complexes pour les greffiers de petites municipalités. À Meaford, la Ville a oublié d’inclure l’option d’abstention sur le bulletin de vote électronique et a dû établir le protocole en catastrophe le jour du vote (Nouvelle fenêtre).

« J’ai des résidents qui m’ont appelé pour se plaindre que les enveloppes contenant leur bulletin de vote électronique et leur mot de passe étaient transparentes », déplore M. Essex.

Selon lui, le Canada devrait mettre sur pied un organisme semblable à la Commission d'assistance électorale, une agence indépendante du gouvernement des États-Unis qui aide les États à administrer les élections et à baliser le vote électronique.

M. Creechan croit lui aussi qu’Ottawa devrait intervenir. « Il faut établir des lignes directrices au niveau fédéral. Ce n’est pas normal qu’un système qui est décrié par des experts du MIT soit évalué par des fonctionnaires municipaux. »

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