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De feux sauvages à alzheimer : la piste virale se précise

Herpès buccale.

La majeure partie de la population est infectée par le virus de l’herpès avant l'âge de 70 ans.

Photo : iStock

Radio-Canada

La prise de médicaments antiviraux réduirait considérablement le risque de démence sénile du type alzheimer chez les personnes qui sont infectées par l'herpès buccal, affirme la scientifique britannique Ruth Itzhaki.

Un texte d'Alain Labelle

La chercheuse, experte en neurobiologie moléculaire à l’Université de Manchester, étudie depuis 25 ans le lien entre le virus de l'herpès buccal (VHS-1) et la maladie d’Alzheimer.

Elle estime aujourd’hui qu’un simple traitement préventif pourrait diminuer les risques de développer cette forme de démence qui frappe actuellement près de 30 millions d’humains.

« Le VHS-1 pourrait représenter 50 % ou plus des cas de maladie d'Alzheimer », affirme-t-elle.

J'ai obtenu les preuves les plus solides à ce jour que le virus de l'herpès est une cause de la maladie d'Alzheimer, ce qui me laisse penser que des médicaments antiviraux efficaces et sécuritaires pourraient être en mesure de traiter cette maladie.

La Pre Ruth Itzhaki

« Nous pourrions même être en mesure de vacciner nos enfants contre cette maladie », ajoute la chercheuse.

Le saviez-vous?

Pas moins de 564 000 Canadiens sont atteints de la maladie d’Alzheimer. Dans 15 ans, ils seront 937 000. (Société Alzheimer du Canada)

De boutons de fièvre à trous de mémoire

Il faut savoir que, selon la région du monde, de 50 % à 90 % de la population est infectée par le VHS-1, si bien qu'une vaste majorité des humains est infectée avant l'âge de 70 ans.

L’équipe de Mme Itzhaki a découvert en 1991 que le VHS-1 est présent dans le cerveau de nombreuses personnes âgées. Selon sa théorie, ce virus « colonise » le cerveau au fil du vieillissement, où il demeure à l'état latent.

En 1997, elle montrait que la présence de ce virus augmente le risque de maladie d'Alzheimer lorsqu'elle est combinée à la mutation génétique APOE4 associée à une forme tardive de cette démence.

Puis, en 2008, Ruth Itzhaki et ses collègues ont compris comment le virus de l'herpès buccal agit. Dans le cerveau de personnes vieillissantes, il abandonne son état de latence de façon intermittente à la suite d'événements tels que l'immunosuppression, l'infection ou l'inflammation.

Il cause ainsi de graves dommages aux cellules cérébrales et ces dernières meurent et se désintègrent en libérant des agrégats amyloïdes qui se transforment ensuite en plaques; ces mêmes plaques que l’on retrouve dans le cerveau des personnes atteintes de la maladie dégénérative.

En fait, à l’époque, l’équipe britannique affirmait avoir découvert de l'ADN du virus de l'herpès dans 90 % des plaques cérébrales de personnes atteintes d'alzheimer.

Nous pensons que le VHS-1 s'installe dans le cerveau des personnes âgées lorsque leur système immunitaire décline. Il s'active ensuite lors d'événements stressants, d'immunosuppression et d'infections.

Pre Ruth Itzhaki, en 2008

Le saviez-vous?

La probabilité de développer la maladie d'Alzheimer est 12 fois plus élevée chez les porteurs de la mutation APOE4 dont le VHS-1 est présent dans le cerveau que chez ceux qui ne possèdent pas cette mutation.

Traiter comme un virus

Les plus récents travaux de la chercheuse, publiés dans la revue Frontiers in Ageing Neuroscience (Nouvelle fenêtre) (en anglais) laissent penser que des médicaments antiviraux pourraient considérablement diminuer le risque de démence sénile chez les personnes atteintes d'infections herpétiques graves.

Son équipe estime que l'acyclovir, un médicament prescrit contre l’herpès, bloque la réplication de l'ADN du VHS-1 et réduit les niveaux de protéines bêta-amyloïde et tau associées à l’apparition de l’alzheimer.

Il est important de noter qu’à cette étape-ci, les études sur les racines virales de l’alzheimer ne montrent qu'une association entre le virus de l'herpès et la maladie d'Alzheimer. Le lien de cause à effet reste à démontrer.

La seule façon de prouver que le virus est l'une des causes de la maladie sera de démontrer que l'apparition de la maladie est fortement réduite soit en ciblant le microbe avec un agent antimicrobien spécifique, soit par une vaccination spécifique contre ce dernier.

La Pre Itzhaki espère maintenant obtenir du financement pour tester les effets des agents antiviraux sur l'alzheimer.

Alzheimer

Science