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Erdogan veut savoir « qui a donné les ordres » aux tueurs de Khashoggi

Les informations de notre correspondante au Moyen-Orient, Marie-Eve Bédard

Le président turc qualifie « d'assassinat politique » le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi et exige de savoir qui l'a l'ordonné. Recep Tayyip Erdogan réclame en outre que toutes les personnes impliquées dans son meurtre « sauvage », y compris les commanditaires et les complices étrangers, soient punies.

« En reconnaissant le meurtre, le gouvernement saoudien a fait un pas important », a-t-il déclaré lors d’un discours devant l’aile parlementaire de son parti à Ankara.

Ce que nous attendons de lui, maintenant, c'est qu'il mette au jour les responsabilités de chacun dans cette affaire, du sommet à la base, et qu'il traduise [les coupables] en justice.

Recep Tayyip Erdogan

« La conscience internationale ne sera apaisée que lorsque toutes les personnes impliquées, des exécutants aux commanditaires, auront été punies », a déclaré M. Erdogan en proposant que les 18 suspects arrêtés en Arabie saoudite « soient jugés à Istanbul ».

Plusieurs éléments, selon la presse turque, lient le prince héritier Mohamed ben Salmane au meurtre du dissident Khashoggi. Les Saoudiens qui seraient responsables de la mort de l’homme de 59 ans seraient en effet directement liés au prince héritier et plusieurs d’entre eux ont même été pris en photo avec lui.

De plus, la presse turque a indiqué lundi que le chef du commando de 15 Saoudiens dépêché à Istanbul pour tuer M. Khashoggi a appelé le directeur de cabinet du prince ben Salmane, Bader al-Asaker, « quatre fois après le meurtre ».

Un meurtre « planifié »

Réfutant la version saoudienne faisant état d’une rixe qui aurait mal tourné, le président Erdogan a soutenu que le meurtre de Jamal Khashoggi, le 2 octobre dernier au consulat d'Arabie saoudite à Istanbul, avait été « planifié ».

M. Erdogan a précisé que les 15 agents saoudiens, arrivés à Istanbul séparément le jour du meurtre, s’étaient retrouvés au consulat où le circuit de vidéosurveillance avait été « désactivé » le matin même.

Le chef de l’État turc a souligné que trois autres agents – arrivés la veille de l'assassinat – avaient pour leur part effectué « des repérages » dans une forêt d’Istanbul de même que dans la ville de Yalova, située sur la mer de Marmara, à 90 km au sud d'Istanbul. Les deux sites sont fouillés par la police turque, qui n'a toujours pas retrouvé le corps de M. Khashoggi.

Le journaliste saoudien assassiné Jamal Khashoggi.Jamal Khashoggi Photo : AFP/Getty Images

Le président Erdogan n’a pas précisé quels éléments lui permettaient de faire de telles affirmations.

Il n’a pas non plus évoqué les enregistrements audio ou vidéo dont la presse, citant des responsables turcs, fait état depuis le début de l’enquête et qui témoignent du meurtre et des allées et venues des assassins dans Istanbul.

« Pourquoi le corps [de Khashoggi] est-il toujours introuvable? », a notamment demandé le président turc pour remettre en cause la thèse de la rixe qui a mal tourné.

Ménager le roi, omettre de nommer le prince

Rivaux diplomatiques et partenaires économiques, l’Arabie saoudite et la Turquie entretiennent des rapports complexes. C’est pourquoi le président Erdogan s’est appliqué à épargner le roi Salmane au cours de son discours.

Il s'est d'ailleurs dit convaincu que le roi saoudien coopérera avec la Turquie afin de mener l'enquête à terme.

À l’issue d’un conseil des ministres présidé par le roi Salmane, le gouvernement saoudien a indiqué, en réponse à la sortie du président Erdogan, qu’il demandera des comptes aux responsables de la mort de l’opposant saoudien et à ceux qui ont manqué à leur devoir. L'Arabie saoudite a confirmé, le week-end dernier, que le journaliste était mort dans une bagarre qui a mal tourné au consulat saoudien.

Le roi Salmane et le prince héritier Mohammed ben Salmane ont reçu, au palais royal de Riyad, deux membres de la famille du journaliste tué, selon l'agence officielle SPA. Un fils de M. Khashoggi, prénommé Salah, et un frère, appelé Sahel, ont reçu les condoléances de la famille royale.

Le prince héritier de l'Arabie saoudite, Mohammed ben SalmaneLe prince héritier de l'Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane Photo : Reuters / Charles Platiau

Les proches de M. Khashoggi ont également reçu l’appel de M. Erdogan. Le président turc leur a promis de « tout faire » pour « élucider » son meurtre, selon une source présidentielle. Il a ajouté que la Turquie allait « suivre cette affaire » et que « tout ce qui est nécessaire sera fait pour élucider ce crime ».

En outre, M. Erdogan n'a, en aucun temps, mentionné le nom du prince héritier Mohammed ben Salmane, accusé par la presse turque d'avoir commandité le meurtre.

Empêtrée dans cette crise politique, l’Arabie saoudite a par ailleurs ouvert son forum international sur l’investissement à Riyad. Surnommé le « Davos du désert », le sommet a vu le nombre de ses participants – dirigeants étrangers et chefs de grandes entreprises – fondre comme neige au soleil au fil des révélations sur le meurtre de Jamal Khashoggi.

Le meurtre a terni l’image de l’Arabie saoudite, premier exportateur de pétrole du monde.

Le Canada et les droits de l'homme

« Le meurtre brutal d’un journaliste en sol étranger est quelque chose de très préoccupant pour les Canadiens, le Canada et nos alliés à travers le monde », a déclaré le premier ministre Justin Trudeau au cours d’une conférence de presse au Collège Humber de Toronto.

« Notre ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, travaille avec nos alliés à travers le monde afin de nous assurer d’offrir une réponse forte et concertée tout en continuant de demander de nouvelles et de meilleures réponses à nos questions sur ce qui est arrivé. »

Nous allons continuer de travailler afin de nous assurer que nos valeurs soient protégées et promues.

Justin Trudeau

Le premier ministre Trudeau s’est montré peu enclin à reconsidérer le contrat de vente de véhicules blindés légers à l’Arabie saoudite. « Il est très difficile pour nous de nous retirer de ce contrat sans encourir des pénalités exorbitantes pour les Canadiens », a-t-il défendu, tout en rejetant le blâme sur la responsabilité du gouvernement précédent, qui a conclu l’entente.

Avec les informations de Reuters, et Agence France-Presse

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