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Trudeau soutient qu'il pourrait geler les ventes d'armes à l'Arabie saoudite

Le reportage de Fannie Olivier
Radio-Canada

Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, n'exclut pas de mettre un terme aux exportations d'armes vers l'Arabie saoudite dans la foulée du meurtre du chroniqueur saoudien Jamal Khashoggi aux mains d'agents saoudiens.

Il a laissé entendre qu’il pourrait agir de la sorte lundi, lorsque la néo-démocrate Hélène Laverdière lui a demandé quand son gouvernement allait cesser de vendre des armes à des « États voyous comme l’Arabie saoudite ».

« Nous avons gelé des permis d’exportation auparavant, quand nous avions des inquiétudes sur leur mauvaise utilisation potentielle, et nous n’hésiterons pas à le faire encore », lui a répondu M. Trudeau.

« Nous demandons fortement, et nous attendons à ce que les exportations canadiennes soient utilisées d’une manière respectueuse des droits de la personne », avait-il fait valoir au préalable.

« C’est pourquoi notre gouvernement s’est engagé en faveur d’un système d’exportation des armes plus fort et rigoureux, et du Traité sur le commerce des armes ».

La question de Mme Laverdière portait spécifiquement sur la situation actuelle au Yémen, où l’Arabie saoudite dirige une coalition sunnite qui combat des rebelles houthis en lutte contre le gouvernement officiellement reconnu.

L'ONU estime que ce conflit a fait plus de 10 000 morts et engendré « la pire crise humanitaire du monde », avec 22 millions de personnes ayant besoin d'une aide quelconque.

Mme Laverdière avait toutefois demandé dans une première question si Ottawa n’avait pas honte de continuer à vendre des armes aux Saoudiens, en soulignant le fait que les Allemands venaient de décider de ne plus le faire.

« Nous condamnons l’horrible meurtre de Jamal Khashoggi », avait alors répondu M. Trudeau, avant de déclarer que son gouvernement était « gravement préoccupé par les rapports concernant la participation des Saoudiens ».

Nous répétons que nous réclamons une enquête approfondie, souhaitons voir les responsables de cet acte répondre de leurs gestes. [Ils] doivent faire face à la justice.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Il a aussi assuré qu’Ottawa continuait de « travailler en étroite collaboration avec [ses] alliés, notamment le G7, dans ce dossier ».

À l'heure actuelle, l'entreprise General Dynamics Land Systems exporte notamment des blindés vers Riyad en vertu d'un contrat de 15 milliards de dollars conclu en 2014 et approuvé par les gouvernements Harper et Trudeau.

Réunion du nouveau Groupe d’intervention en cas d’incident

Signe de l’importance que l’affaire Khashoggi prend à Ottawa, M. Trudeau a convoqué ce matin une rencontre du Groupe d’intervention en cas d’incident, qui réunit le premier ministre, plusieurs membres de son Cabinet et des hauts fonctionnaires.

En annonçant la création de ce nouveau groupe, à la fin août, le bureau du premier ministre expliquait qu'il allait « gérer les urgences publiques et les incidents de sécurité d’envergure nationale [...] afin d’assurer la sûreté et la sécurité des Canadiens, au pays et à l’étranger ».

« Nous avons discuté des derniers développements au sujet du meurtre de Jamal Khashoggi, incluant les diverses conversations approfondies que nous avons eues en fin de semaine avec nos partenaires internationaux », a précisé la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, lors d'une conférence de presse en début d'après-midi à Ottawa.

« Il y a encore des questions très importantes au sujet de notre relation avec l'Arabie saoudite qui doivent être posées », a-t-elle dit, après avoir réitéré que les explications fournies par Riyad dans ce dossier n'étaient « ni crédibles ni cohérentes », et que cela posait « un grave problème pour le Canada ».

Mme Freeland a notamment précisé qu'elle avait discuté dimanche avec son homologue allemand, Heiko Maas, « des réponses que [...] le G7 [devait] avoir [face] à cette situation grave ». Elle a aussi eu un entretien avec le ministre turc des Affaires étrangères samedi.

Évoquant cette collaboration entre alliés, la ministre Freeland a réfuté que le Canada ne faisait rien dans le dossier de M. Khashoggi.

En début de journée, le député conservateur Tony Clement a invité les libéraux à recourir à la « loi Magnitski » pour sanctionner des membres du régime saoudien qui auraient été impliqués dans cette macabre histoire.

Cette loi adoptée en octobre dernier permet notamment d'imposer des sanctions contre des individus que le gouvernement canadien juge responsables – ou complices – de violations graves des droits de la personne reconnus internationalement.

L'Allemagne invite ses alliés européens à cesser de livrer des armes

Le ministre allemand de l’Économie, Peter Altmaier, a appelé tous les pays européens à ne plus autoriser de nouvelles exportations d’armes vers l’Arabie saoudite, tant qu’elle n’aura pas fourni des explications satisfaisantes sur l’affaire Khashoggi.

« Il n’y a aucun effet positif si nous restons les seuls à arrêter les exportations et si, en même temps, d’autres pays comblent le trou », a-t-il plaidé.

L’Allemagne n’a cependant pas encore décidé si elle allait revenir sur les exportations d’armes déjà autorisées depuis le début de l’année. Ces ventes autorisées depuis le mois de janvier valent 416 millions d’euros, soit environ 625 millions de dollars canadiens.

Le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel Al-Jubeir, a reconnu dimanche que Jamal Khashoggi, qui écrivait des chroniques pour le Washington Post, avait été victime d'un « meurtre » dans le consulat saoudien d'Istanbul, en Turquie.

Selon lui, M. Khashoggi a été victime d'une « opération non autorisée » par le pouvoir, et dont le prince héritier Mohammed ben Salmane, véritable homme fort de l'Arabie saoudite, n'était « pas informé ».

Jusqu'à samedi, les Saoudiens niaient pourtant tout rôle dans cette affaire. Ils ont d'abord soutenu que le chroniqueur était mort lors d'une bagarre, avant de reconnaître qu'il avait été étranglé.

Ces explications n'ont guère satisfait les nombreux alliés occidentaux de l'Arabie saoudite, qui jugent que ces explications manquent de crédibilité.

Avec les informations de La Presse canadienne, et Agence France-Presse

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