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« Insultes » ou « mépris » : les propos de Denise Bombardier font réagir hors Québec

« Insultes » ou « mépris » : les propos de Denise Bombardier font réagir hors Québec

« Insulte », « mépris » ou encore « ignorance », les propos tenus dimanche soir par la journaliste, écrivaine et essayiste Denise Bombardier à l'émission Tout le monde en parle ont fait vivement réagir dans les communautés francophones hors Québec.

Un article de Thibault Jourdan

Invitée de l’émission, Denise Bombardier a déclaré lors d’un échange sur la francophonie avec l’ancien premier ministre Jean Chrétien : « À travers le Canada, toutes les communautés francophones ont à peu près disparu. »

« Il en reste encore un peu en Ontario. Au Manitoba, je suis allée encore au mois de janvier chez les Métis, on ne parle plus français », a-t-elle poursuivi.

Cette affirmation, fausse, a exaspéré de nombreuses personnes au Manitoba, en Saskatchewan et en Ontario. « Je crois qu’au moins 20 % des Métis au Manitoba parlent la langue française », a tenu à rectifier André Carrier, vice-président pour la région de Winnipeg à la Fédération métisse du Manitoba (MMF).

« Je ne sais pas de quoi elle parle, parce que, ici au Manitoba, on parle les deux langues officielles. Dire qu’il n’y a pas de français au Manitoba, c’est une insulte », a-t-il lancé.

Selon le recensement de 2016 de Statistique Canada, 42 505 personnes parlaient le français à la maison au Manitoba et plus de 2,7 millions de Canadiens étaient en mesure de soutenir une conversation en français à l’extérieur du Québec (Nouvelle fenêtre).

« Elle a insulté beaucoup de monde »

« Ça dérange. Elle a insulté beaucoup de monde de l’Ouest », renchérit Nicole Forest Lavergne, une Manitobaine de Saint-Pierre-Jolys et ancienne présidente de la Société de la francophonie du Manitoba (SFM).

« Elle ne sait pas de quoi elle parle! », s'écrie la résidente du village francophone. « On vit en français, il y a des semaines où on ne prononce pas un mot d’anglais. »

« Je trouve ça un petit peu dommage de parler comme ça de la francophonie quand on ne la connaît pas, cette francophonie », déplore Denis Desgagné, président-directeur général du Centre de la francophonie des Amériques.

De dire qu’aujourd’hui il y a de moins en moins de francophones, pour moi, c’est assez flagrant que ces gens-là n’ont pas assez d’information sur la francophonie canadienne.

Denis Desgagné, président-directeur général du Centre de la francophonie des Amériques

« Deux solitudes francophones »

Denis Desgagné mentionne notamment les combats des francophones pour revendiquer des droits, sur le plan des écoles ou des services en français par exemple.

« C’est peut-être là où les gens du Québec ont beaucoup à apprendre, poursuit-il. Si [les Franco-Manitobains, les Fransaskois, les Franco-Albertains] ne faisaient pas ce travail au quotidien pour revendiquer des droits, se rendre en Cour suprême un nombre incalculable de fois pour faire en sorte qu’aujourd’hui il y a des lois pour les services en français… Ce sont les francophones qui ont fait ce travail-là. Ce ne sont pas les Québécois! »

Si Mme Bombardier voyait vraiment ce qui se passe en francophonie, je pense qu’elle serait pleine d’admiration pour ces francophones, ce travail qu’ils font au quotidien et cette conscience qu’ils ont de leur identité, leur langue et leur culture.

Denis Desgagné, président-directeur général du Centre de la francophonie des Amériques

Même son de cloche en Saskatchewan, où le président de l’Assemblée communautaire fransaskoise, Denis Simard, insiste sur la nécessite de rappeler « qu’il y a un million de personnes qui font un combat tous les jours pour pouvoir parler en français à l'extérieur du Québec ». « Le minimiser et dire que ces gens-là, soit n'existent plus ou n'existent pas, c'est de vraiment rendre un mauvais service à notre Canada bilingue », peste-t-il.

Le vice-président de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA), Justin Johnson, parle, lui, de « deux nouvelles solitudes francophones qui ne se comprennent pas ».

« J’encourage les producteurs de Tout le monde en parle à dialoguer avec des francophones hors Québec, qu’on nous invite sur la plateforme de Tout le monde en parle, Québécois et francophones hors Québec, pour qu’on [discute] ».

Envoyer des lettres en français à Denise Bombardier

Pour répondre à Mme Bombardier, certains francophones, comme Nicole Forest Lavergne, exigent des excuses publiques. « J'encourage tout le monde à la bombarder de lettres en français pour qu’elle comprenne qu’elle s’est trompée », dit par ailleurs cette dernière, plaisantant à moitié.

Contactée, Denise Bombardier n'était pas disponible immédiatement.

NDLR : Denise Bombardier a défendu ses propos dans une entrevue diffusée le lendemain de la publication de cet article à l'émission Le matin du Nord. L'entrevue peut être écoutée dans cet article : Francophones hors Québec, « une culture de survivance », dit Denise Bombardier.

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