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Un Blanc réfugié chez les Noirs

Écoutez la chronique complète de Jean-Pierre Pérouma avec Stankovic Dabic.

Stankovic Dabic, ou Stanko comme tout le monde l'appelle, est né dans une Yougoslavie en guerre. Pour trouver la paix, sa famille et lui ont dû se réfugier ailleurs. Parcours d'un jeune qui a fui deux fois la guerre, qui est passé par l'Afrique noire et vit désormais au Québec.

Une chronique de Jean-Pierre Pérouma

C’est un grand gaillard d’à peine 25 ans qui nous accueille avec une bonhomie bienveillante qui nous met de suite à l’aise. L'optimisme de Stanko détonne avec son chemin de vie débuté par sa naissance dans un pays en guerre.

Une des meilleures expériences de vie que n’importe qui peut avoir.

Stankovic Dabic

Stanko et sa famille vivaient en Serbie, une des régions qui composait l’ex-Yougoslavie, quand la guerre a éclaté en 1991. Le conflit a duré 10 ans. Ce sont essentiellement des civils qui en ont subi les conséquences. Stanko, lui, a perdu une grande partie de sa famille durant le conflit. Pendant cette décennie, l'ONU considère progressivement la Serbie comme le pays agresseur et les civils ont du mal à recevoir l’aide humanitaire dont ils auraient besoin.

Le père de Stanko a donc cherché à mettre sa famille en sécurité. Il a fait appel à des amis qui lui ont permis de trouver refuge au Nigéria. C’est ainsi que Stanko et sa famille sont devenus des réfugiés blancs dans l’un des plus grands pays d’Afrique subsaharienne.

Comment un réfugié blanc fait-il sa place chez les Noirs ?

Cette question est sensible à plusieurs égards. Pour Stanko, comme pour tout réfugié, il fallait faire face au choc culturel. Et trouver comment vivre l’adaptation et l’inclusion d’un enfant blanc dans un pays d’Afrique noire, vestige d’anciennes colonies.

Quand on est gamin, on ne pense pas à ces choses-là. On accepte et on s’habitue rapidement. C’est un choc puisque plus le temps a passé et plus j’ai commencé à réaliser certaines choses, les bonnes comme les mauvaises.

N’importe où l’on est, si on traite les gens comme on aimerait se faire traiter, on n'aura jamais de problèmes.

Stankovic Dabic

Stanko explique que l’adaptation s’est fait grâce au contact humain. Avec le temps, le Nigéria est devenu comme la maison, on se sentait chez soi. Malgré tout à la fin de la journée, tu restes “batouré”. C’est un péjoratif pour dire Blanc. Cette distinction, Stanko ne l’attribue pas à la nationalité ou à la couleur de peau. Ce sont les inégalités sociales criantes qui creusent le fossé entre les personnes et les communautés.

En 2004, le Nigéria se classait au deuxième rang des pays les plus corrompus au monde par Transparency internationale. Il est également au 158e rang mondial d’indice de développement humain. Dans ce contexte, l’insécurité régnait dans le pays et des exactions étaient commises. C’est pour des raisons de sécurité que la famille de Stanko est à nouveau contrainte de quitter le pays qu’elle considère comme son foyer.

Le Québec, deuxième pays d’accueil

L’arrivée au Québec et l’inclusion ont été facilitées par le fait que la famille est francophone. Stanko est aussi polyglotte : en plus du français, il parle bosniaque, russe, anglais, espagnol et a des notions de haoussa (langue nigériane). Mais le français du Québec est différent de celui qu’il parle. Il faut donc apprendre un autre contexte linguistique et culturel. Évidemment le climat constitue le plus grand choc. Au Nigéria, la température est plus près de 45°C et la neige est inexistante tout comme les températures négatives.

La résilience d’un parcours de vie

Le discours de Stanko est ponctué d'un humour réaliste qui réussit à montrer toute l'absurdité des drames humains qu'il a vécus et à les adoucir un peu au quotidien. Un recul et une sagesse exemplaires qui transparaissent dans ses gestes et ses paroles. Celui qui se définit comme un “visiteur du monde” ou un “explorateur de la vie” repousse humblement la demande de conseils de vie pour ceux qui voudraient s’en inspirer. Du bout des lèvres, il concède qu’il faut savoir prendre le temps de rencontrer l’Autre par-delà les apparences.

À savoir s’il se sent Québécois, il répond :

N’importe où je vais, je suis un étranger, mais il ne faut pas le prendre mal, il faut même le chérir.

Stankovic Dabic

Stanko estime que bien qu’une personne ne peut se couper de ses racines et origines, elle doit aussi apprendre et comprendre le pays qui l'accueille. Pour lui, les cultures se bonifient au contact des autres. Pour l’expliquer, cet épicurien dans l’âme use d’une image culinaire.

Comme avec la poutine, la poutine italienne! On ajoute quelque chose de plus.

Stankovic Dabic

La résilience est un trait de personnalité qui caractérise Stanko. Boris Cyrulnik, éthologue spécialiste des travaux sur la résilience, la définit comme la capacité d’une personne [...] à se développer bien, à continuer à se projeter dans l’avenir en dépit d’événements déstabilisants, de conditions de vie difficiles, de traumatismes sévères*.

Si la résilience avait un visage, elle aurait celui de Stanko. Un être profondément humain qui, malgré une vie ponctuée de guerres et d’exils, porte ses expériences comme des ailes qui l’aident à survoler le monde en explorateur de la vie.

* Références  :

Manciaux et Al. (2001). La résilience : résister et se construire. Genève. Cahiers médicaux.

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