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Quels pays sont les plus paisibles et les plus dangereux?

Un combattant est accroupi sur le balcon d'un immeuble en ruines.
Un membre des Forces démocratiques syriennes, opposées au groupe armé État islamique, monte la garde en août 2017 à Rakka, en Syrie, pays le plus dangereux du monde d'après le classement de l'Indice de paix mondial. Photo: Reuters / Zohra Bensemra
Bernard Barbeau

Le Canada demeure l'un des pays les plus paisibles dans un monde où le niveau de sécurité globale tend à s'amoindrir. Il se trouve au sixième rang de l'Indice de paix mondial (IPM) 2018, produit par l'Institut pour l'économie et la paix, un groupe de réflexion indépendant basé à Sydney, en Australie. Un classement dominé par l'Islande et fermé par la Syrie.

L’IPM classe 163 États indépendants, qui représentent 99,7 % de la population mondiale, en fonction de 23 indicateurs provenant de différentes sources, dont l’Organisation des Nations unies, l’unité de renseignement du magazine The Economist et le Programme de données sur les conflits de l’Université d’Uppsala, en Suède. Une note de 1 à 5 (risques très faibles à très élevés) est attribuée pour chaque indicateur à chacun des pays, et ceux-ci sont ensuite classés selon leur moyenne.

L’IPM 2018, fondé sur des données de 2017, montre que la situation mondiale était alors pire qu’à tout autre moment que dans les 10 années qui ont précédé. L’indice moyen a ainsi augmenté pour la quatrième année de suite, s'établissant maintenant à 2,102.

L’Institut pour l’économie et la paix a constaté que de nombreux conflits et crises et autres qui se sont déclarés au cours de la dernière décennie sont restés irrésolus, en particulier au Moyen-Orient, contribuant à un déclin graduel et soutenu de la paix.

Et entre 2016 et 2017, pas moins de 92 pays ont vu leur situation en matière de sécurité se détériorer, alors que 71 autres l’ont vu s’améliorer.

Le Canada au 6e rang

Le Canada a retrouvé la sixième place du classement, avec un IPM de 1,372, après avoir été huitième pendant deux ans.

Son IPM 2017 était pourtant très légèrement inférieur (1,371) à celui de cette année. Mais comme la République tchèque et la Slovénie (sixième et septième l'année dernière) ont subi une détérioration de leur situation relativement plus importante, elles ont glissé de quelques positions au classement et le Canada s'est faufilé au sixième rang.

Le Canada avait été classé 16e en 2010, notamment à cause de la mort de plus d'une trentaine de ses militaires en Afghanistan et d'un taux de criminalité plus élevé qu'aujourd'hui.

Le Canada avait graduellement amélioré sa position dans les années suivantes pour atteindre la sixième place une première fois en 2014 et s'y maintenir l'année d'après.

Les attentats à Québec et à Edmonton ont eu un impact à la hausse sur l’indicateur lié au terrorisme dans la plus récente compilation.

Mais la pire note du Canada (2,2 sur 5) concerne le rôle qu’il a joué dans des conflits à l’extérieur de ses frontières.

Les missions auxquelles les Forces armées canadiennes (FAC) participent visent généralement à éviter que des crises ne s'enveniment, mais l'Indice de paix mondial ne tient pas compte des intentions précédant chaque déploiement militaire.

Les FAC sont notamment présentes au Moyen-Orient pour lutter contre le groupe armé État islamique (EI). Elles se sont activées en Syrie, mais ont recentré leurs efforts en Irak. La mission de sa force opérationnelle aérienne en Irak doit se poursuivre jusqu'au 31 mars prochain. Les FAC participent aussi à l'entraînement des forces de sécurité irakiennes et fournissent des services médicaux.

Des militaires discutent.Des soldats canadiens et des combattants kurdes, en février 2017, dans le nord de l'Irak Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Les militaires canadiens sont également actifs en Ukraine et en Lettonie, aux portes de la Russie. Ils y ont rejoint des soldats de plusieurs autres pays dans le cadre d’une mission de dissuasion de l’OTAN. En Lettonie, les Canadiens ont fait l'objet d'une campagne de désinformation qui semble avoir été orchestrée par Moscou.

Les Forces canadiennes ont maintenant aussi une force opérationnelle aérienne dans le nord du Mali. Les premiers militaires canadiens y ont débarqué en juin dernier (et donc après la période visée par l'IPM 2018). La situation s'y est depuis gravement détériorée.

Un taux de criminalité en légère hausse, d'occasionnelles manifestations violentes, l'accès relativement facile à des armes légères et le fait que le Canada soit un exportateur d'armes ont aussi accru la valeur de son IPM.

L’Islande occupe la première marche du podium, qu’elle n’a pas quittée depuis 2008.

Suivent la Nouvelle-Zélande puis l’Autriche.

À l’opposé, la Syrie (163e) se trouve au dernier rang depuis maintenant cinq ans.

La Syrie est déchirée depuis 2011 par la guerre contre l'EI et les conflits internes qui ont fait plus de 360 000 morts et quelque 12 millions de personnes déplacées ou réfugiées, selon les chiffres de l'ONU, alors que sa population totale est d'environ 18 millions de personnes.

Elle est précédée de l’Afghanistan (162e), dont une grande partie du territoire demeure sous l'emprise des talibans ou de l'EI, et où les pertes civiles sont énormes.

Le nombre de civils tués dans ce pays « continue d'enregistrer des niveaux records » et devrait dépasser en 2018 celui constaté en Syrie, indique un rapport des Nations unies publié dans les derniers jours. Au moins 8050 civils auraient ainsi été tués entre janvier et septembre de cette année.

Des manifestants tout sourire tiennent en l'air un drapeau du Soudan du Sud.Des Sud-Soudanais ont célébré dans les rues de Juba, en août dernier, au moment de la conclusion d'un cessez-le-feu entre les forces gouvernementales et les rebelles. Photo : Reuters / Samir Bol

En 161e place se trouve le Soudan du Sud, où un accord de paix vient d'être signé pour mettre fin à une guerre civile dont les belligérants ont usé de tactiques comme le recrutement d'enfants-soldats ou le viol.

« Des filles âgées de seulement 12 ans sont choisies comme épouses pour les militaires, indique un autre récent rapport de l'ONU. Elles doivent défiler devant eux et les soldats choisissent n'importe laquelle d'entre elles. Elles sont évidemment violées et soumises à de l'esclavage sexuel. »

Les États-Unis au 121e rang

Les États-Unis sont au 121e rang, à peine un échelon au-dessus du Myanmar.

La pire note, 5, a été attribuée à notre voisin du Sud pour les indicateurs portant sur la possession d'armes nucléaires et lourdes, l'exportation d'armes, son implication dans des conflits externes et l'important nombre de détenus dans ses prisons, soit 2,2 millions, le système carcéral américain étant l'un des plus surpeuplés du monde.

Les auteurs du rapport Indice de paix mondial 2018 : mesurer la paix dans un monde complexe ont eux-mêmes souligné les limites de leur système de notation.

Depuis plusieurs années, les États-Unis ont obtenu la pire note possible dans de nombreux domaines [...] ce qui nous empêche de montrer que la situation continue d'empirer dans ces domaines.

Extrait du rapport « Indice de paix mondial 2018 : mesurer la paix dans un monde complexe »

Qui plus est, « une détérioration de la stabilité politique, reflet de la nature de plus en plus partisane des débats, a contrebalancé l'amélioration constatée au chapitre des impacts du terrorisme », indique encore le rapport.

Néanmoins, au cours des 10 dernières années, le nombre de décès survenus lors de conflits externes a diminué de 35 %, Washington ayant réduit sa présence en Irak et en Afghanistan. Parallèlement, le nombre d'homicides a reculé progressivement et il est maintenant 7 % plus bas qu'en 2008.

La France arrive en 61e place, tandis que le Royaume-Uni est 57e. Là encore, la possession d'armes nucléaires et lourdes et l'exportation d'armes ont joué un rôle, comme – dans une moindre mesure – leur présence militaire à l'étranger, les attentats terroristes qui y ont été commis et l'incidence de la criminalité.

Les problèmes du Mexique (140e rang) concernent surtout la criminalité, en particulier les homicides et autres crimes violents, ainsi que les conflits internes.

Haïti est 88e, tout près du milieu du classement. L’Institut pour l’économie et la paix y signale un nombre plutôt élevé d'homicides et d'autres crimes, de même que des manifestations violentes.

La Russie est 154e et la Chine 112e.

L’Espagne a dégringolé du 20e au 30e rang du classement des pays, en bonne partie à cause des tensions entourant l'infructueuse tentative de la Catalogne d’accéder à l’indépendance.

L'IPM moyen en Europe a augmenté pour une troisième année de suite, bien que cette région du monde demeure la plus paisible depuis 10 ans. Vingt des 30 pays occupant le haut du classement sont européens.

Le prix de l'insécurité

L’Institut pour l’économie et la paix établit les coûts monétaires de l’insécurité en 2017 à 14 760 milliards de dollars américains en matière de parité de pouvoir d'achat, soit 12,4 % du produit mondial brut. C’est près de 2000 $ US pour chaque personne sur terre pour une seule année.

« Depuis 10 ans, les pays qui ont amélioré leur niveau de sécurité ont vu leur produit intérieur brut progresser presque sept fois plus vite que ceux dont le niveau de sécurité s’est détérioré », a constaté Steve Killelea, fondateur et président de l’Institut pour l’économie et la paix.

Au cours des 70 dernières années, la croissance économique par habitant a été trois fois plus élevée dans les pays les plus pacifiques que dans ceux où règne l’insécurité.

« Ce sont des données sans équivoque qui soulignent l’ampleur des bénéfices économiques de la paix », a-t-il ajouté.

Ainsi, non seulement les habitants des pays les moins stables doivent vivre avec les conséquences directes de la violence et de la criminalité, mais ils continuent en plus de s’appauvrir, victimes d'un cercle vicieux toujours plus difficile à casser.

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