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Traité nucléaire : un enjeu qui dépasse largement les États-Unis et la Russie

Exhibition de missiles longue portée lors d'un défilé militaire en Russie.

Photo : Getty Images

Radio-Canada

Même si le traité nucléaire que l'administration Trump menace de renier est signé avec la Russie, c'est probablement la puissance militaire grandissante de la Chine que le président américain vise à limiter. Un coup de force diplomatique qui, même s'il ne pourrait être que du bluff, a de quoi inquiéter la communauté internationale.

Depuis que le président américain Donald Trump a annoncé son intention de retirer les États-Unis du traité INF (Intermediate Nuclear Forces Treaty), les Russes et les Américains s’échangent le blâme quant au non-respect de cette entente historique, signée en 1987 par le président américain Ronald Reagan et son homologue soviétique Mikhaïl Gorbatchev.

Dernier dirigeant de l’URSS, M. Gorbatchev a dénoncé le « manque de sagesse » de Donald Trump, appelant « tous ceux qui chérissent un monde sans armes nucléaires » à convaincre Washington de revenir sur sa décision, afin de « préserver la vie sur Terre ».

Son inquiétude est partagée par Sergueï Riabkov, vice-ministre russe des Affaires étrangères, qui dit que la décision était un « pas très dangereux » qui « ne sera pas compris par la communauté internationale et va même s'attirer de sérieuses condamnations ».

Du côté de l’administration Trump, on insiste sur la violation du traité par la Russie sans toutefois entrer dans les détails. Les États-Unis, sous la gouverne de Barack Obama, avaient déjà blâmé la Russie pour un non-respect de l’accord.

La Chine, véritable rivale militaire des États-Unis

Pour plusieurs observateurs, dont Rafael Jacob, chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l'UQAM, ce n’est pas la Russie, mais plutôt la Chine qui est la principale cible de la récente sortie du président américain.

Il explique que l’administration Trump, pour qui la Chine est « l’ennemi géopolitique numéro un depuis très longtemps », ne supporte pas le fait que le géant asiatique ne soit pas soumis à cet accord nucléaire contraignant qui lie les États-Unis à la Russie.

La Chine, de son côté, n’est pas partie prenante à quelque accord de la sorte et n’a donc pas de limites qui lui sont imposées.

Rafael Jacob, chercheur

« C'est clair que du côté de l’administration Trump on n’accepte pas que la Russie ne respecte pas son côté de l’entente. Surtout, on est agacé par le fait que la Chine agisse en toute impunité et puisse développer une sorte d'avantage par rapport aux États-Unis », explique le chercheur.

Des missiles de croisière chinois défilent sur la place Tiananmen, en Chine.

Des missiles de croisière chinois défilent sur la place Tiananmen, en Chine.

Photo : Getty Images / Pool/Collectif

Le président américain a lui-même affirmé que son pays commencerait à développer les armes prohibées par le traité si la Russie et la Chine refusaient de ne pas en posséder ou en développer.

Nous devrons développer des armes à moins que la Russie et la Chine viennent à nous et nous disent : "Soyons intelligents et tous, ne développons pas ces armes."

Donald Trump, président des États-Unis

Pour Rafael Jacob, on reconnaît là le refus systématique de l’administration Trump d’être perçue comme « le dindon de la farce ».

« Très clairement, la décision […] est une nouvelle démarche de cette administration pour imposer une sorte de nationalisme à travers lequel les États-Unis vont se faire respecter davantage à l’international », analyse le chercheur.

Réactions mitigées en Europe

En soutien complet à son allié américain, le ministre britannique de la Défense, Gavin Williamson, s’est dit « absolument résolu » à se tenir avec Washington par rapport à l’enjeu atomique. Selon le Financial Times, le ministre aurait appelé le Kremlin à « mettre de l’ordre dans sa demeure ».

Plus tempéré, le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, a affirmé que l’annonce du président Trump « soulève des questions difficiles pour son pays et l’Europe ». Le chef de la diplomatie allemande a toutefois dit que la Russie n’a pas mis au clair les allégations de violation du traité nucléaire.

Selon Sreven Pifer, ancien ambassadeur des États-Unis en Ukraine et spécialiste du contrôle des armes nucléaires, la décision de Donald Trump pourrait être controversée chez les alliés européens des Américains.

« Une fois que les États-Unis se retirent du traité, il n’y a plus de raisons pour la Russie de même faire semblant qu’elle en respecte les limites », explique l'expert.

« La Russie sera libre de déployer des missiles de croisière 9M729 et des missiles balistiques de portée intermédiaire si elle le désire et sans retenue », lance-t-il comme avertissement.

Du bluff?

Ce scénario pourrait toutefois ne jamais avoir lieu si, comme certains le croient, la sortie surprise du président Trump n’est qu’un stratagème pour faire plier la Russie et la Chine sans réelle volonté de mettre fin au traité.

Le sénateur républicain Bob Corker a suggéré qu'il s'agissait d'une sérieuse possibilité. « Ce n’est peut-être qu’un geste pour dire : "Regardez, si vous ne redressez pas votre comportement, nous sortons du traité" », a-t-il déclaré à CNN.

Cette possibilité concorde avec certaines déclarations du président américain. « S’ils [les Russes] agissent intelligemment et que d’autres agissent intelligemment et qu’ils disent : "ne développons pas ces horribles armes nucléaires", je serais extrêmement content avec cela. Tant que quelqu’un viole l’entente, nous ne serons pas les seuls à y adhérer », a dit Donald Trump.

Le chercheur Rafael Jacob appelle à la prudence et croit que le scénario d’un retrait des États-Unis du traité INF pourrait ne jamais se produire, puisque l’annonce récente n’est liée à aucune décision officielle. Il explique aussi que la possibilité d’une course à l’armement est encore spéculative, bien qu’elle soit inquiétante.

« Dans le court terme, un retrait pourrait avoir un impact sur l’armement américain. En ce moment, les États-Unis respectent présumément leur côté de l’entente, ce qui impose des limites sur les armes qui peuvent être produites ou testées. S’ils quittent l’entente, ça veut dire que du jour au lendemain il n’y a plus de réserve, ce qui pourrait faire croître l’armement nucléaire balistique [aux États-Unis] », explique M. Jacob.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Associated Press

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