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Il y a 35 ans, la Galerie nationale du Canada était ébranlée par un vol de gravures de Rembrandt

Deux gravures de Rembrandt affichées sur un mur.

La valeur des gravures volées était évaluée à 100 000 $ chacune.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le 14 octobre 1983 est une journée en apparence comme toutes les autres à la Galerie nationale du Canada, sur la rue Elgin à Ottawa. Or, à l'intérieur du Musée, c'est la consternation : deux oeuvres du célèbre Rembrandt ont été volées et remplacées par des faux.

Les oeuvres disparues datent du XVIIe siècle. Les gravures Portrait de Clément de Jonghe (1651) et Présentation au Temple, en manière noire (1654) sont évaluées, à l'époque, à 100 000 $ chacune.

Dans les deux cas, il s’agit de gravures à l’eau-forte, c'est-à-dire des gravures dont les images ont été creusées dans une plaque de métal par un contact avec un acide. Ces gravures peuvent ensuite être mises sous presse en raison de leur relief.

Le Service de police d'Ottawa donne quelques détails : dans les semaines précédentes, un homme, soi-disant spécialiste de Rembrandt et disant écrire un livre sur l'art, s'est présenté à la Galerie nationale à deux reprises pour observer les gravures du peintre hollandais.

Le « docteur Cruz »

C'est Douglas Druick, un conservateur du musée, qui a rencontré l'homme, qui n'avait avec lui qu'une loupe, un crayon et du papier lorsqu'il a examiné les gravures.

Prétendant être le docteur Thomas Cruz et affirmant être originaire de Syracuse dans l’État de New York, l'individu a profité du fait qu'il était seul dans la salle d'étude pour dérober les gravures en les remplaçant par des reproductions.

Ce n'est qu'après la deuxième visite du docteur Cruz et alors qu'il effectuait une recherche pour un travail personnel que M. Druick s'est rendu compte que les originales avaient été remplacées par des copies.

Les deux oeuvres sont disparues d'une manière un peu étonnante [...] je trouve que le voleur était quand même malin, commente Nicolas Mavrikakis, critique d'art au journal Le Devoir et commissaire d'exposition.

Un mandat d'arrestation international sera porté contre le malfaiteur. Interpol et le FBI enquêtent.

Le même stratagème à Syracuse

Le New York Times révèle que l'homme aurait aussi volé trois gravures de Rembrandt à l'université de Syracuse.

La Fondation internationale pour les recherches sur l'art (IFAR), basée à New York, lance aussi une alerte. On précise qu'à Ottawa comme à Syracuse, l'homme avait été en mesure d'enjôler les employés en présentant l'image d'un homme sérieux, érudit et honnête. Même stratagème : des reproductions sur du papier japonais cachées dans ses documents pour remplacer les originaux.

Un portrait robot en noir et blanc. Il porte une barbe et des lunettes.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un portrait robot de l'homme qui a volé les gravures. Il n'a jamais été retrouvé.

Photo : Radio-Canada / Fondation internationale pour les recherches sur l'art (IFAR)

Un mois plus tard, le 5 novembre, un homme, dont l'identité est inconnue, communique avec l'organisme IFAR et affirme que les cinq gravures sont dans le casier numéro 137 de la gare ferroviaire Grand Central à New York. L'information est vraie. Les cinq gravures volées sont retrouvées dans deux grandes enveloppes jaunes, en bonne condition.

Souvent, ce sont des voleurs qui croient qu'ils vont mettre la main sur un trésor et qu’ils vont revendre assez facilement de telles œuvres, alors que ce n’est pas du tout le cas. Très vite, Interpol ou des organismes internationaux sont informés de la chose et ces œuvres sont souvent invendables, soulève M. Mavrikakis.

On a des cas d’œuvres qui se sont trouvées brûlées, détruites ou enterrées dans des jardins, parce que des voleurs voyaient bien qu’ils ne pouvaient plus rien en faire.

Nicolas Mavrikakis, critique d'art au journal Le Devoir et commissaire d'exposition

Au lendemain du vol, la Galerie nationale prend des mesures spéciales. Une seule personne à la fois peut avoir accès à la salle d'étude, et ce, en présence d'un garde de sécurité.

M. Mavrikakis souligne par ailleurs qu'aucun musée [...] n'est à l'abri d'événements du genre. Je crois que les musées ont resserré leurs mesures [depuis], a-t-il cependant précisé.

Depuis, personne n'a plus jamais entendu parler du docteur Thomas Cruz.

Ottawa-Gatineau

Histoire