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Un terrain de camping en plein coeur d'un site archéologique

Un camping au milieu d'un site archéologique
Radio-Canada

L'aménagement de 60 terrains de camping au parc national d'Opémican, au Témiscamingue, s'effectue en plein cœur d'un site patrimonial à haut potentiel archéologique. Il s'agit d'un site majeur au Québec qui témoigne de l'époque de la drave et qui a été aussi, pendant des milliers d'années, un lieu de répit pour les Autochtones.

Un reportage de Thomas Deshaies

La Société des établissements de plein air (SÉPAQ), doit donc composer avec de nombreuses contraintes lors de l’exécution des travaux pour l’aménagement de sites de camping. Elle estime toutefois que le jeu en vaut la chandelle, afin de démocratiser l’histoire. Un poste de relai de flottage du bois était jadis opéré sur le site.

Le directeur du parc, Dany Gareau, justifie l’emplacement du camping en raison de la beauté des lieux, mais aussi afin de contribuer à la préservation de la mémoire collective sur cet important pan de l’histoire du Québec.

C’est un des seuls endroits au Québec où on trouve des vestiges physiques de l’époque de la drave.

Dany Gareau, directeur du parc d’Opémican

On fabriquait, on assemblait des chaloupes, on réparait et on entretenait des bateaux aussi pour les remorqueurs qui travaillaient sur le lac Témiscamingue, explique Dany Gareau. Puis, il y avait aussi des fonctions plus spécifiques comme la construction, mais surtout l'entretien des estacades qu’on utilisait pour acheminer le bois vers les moulins à scie ou les usines de sciage plus au sud, puis tout cela se coordonnait à partir d’Opémican.

C’était comme un minivillage qui a évolué pendant une centaine d’années.

Dany Gareau, directeur du parc d’Opémican

Défis logistiques et surveillance archéologique

Les particularités du site amènent cependant certains défis logistiques. La SEPAQ devra notamment investir des millions de dollars pour la décontamination des sols et la neutralisation des contaminants présents dans le fond de la baie, où se trouve plusieurs métaux industriels.

Des archéologues sont aussi affectés à la surveillance des travaux sur l’emplacement des sites de camping. C’est vraiment situé dans une zone de dépôts en surface où les gens, avec différents types de véhicules, lançaient des déchets de part et d’autre du petit chemin, explique M. Gareau.

Un homme portant une veste et un casque de construction accorde une entrevue à la caméra.Dany Gareau, directeur général du Parc Opémican Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

Deux archéologues, Denis Cadieux et Pauline Ramsey, doivent départager les objets qui ont une valeur archéologique ou sociale des simples détritus. On est en avant de l’excavatrice pour être sûr de ne rien manquer, puis la deuxième personne se tient près du tas, chaque fois qu’ils prennent une pelletée, résume M. Cadieux.

La surveillance a nécessité d’ajuster les méthodes de travail chez les contracteurs, comme l’explique le surveillant de chantier pour la firme WSP, Dominic Paiement-Lamothe. J’avoue qu’on anticipait ça comme quelque chose de contraignant, mais ça ne l’a pas été tant que ça. Je pense que l’archéologue s’est adapté à nous autres, nous autres, on a adapté nos méthodes de travail à lui, explique-t-il.

Des objets qui seront réintégrés aux bâtiments restaurés

Les archéologues sont parvenus, en quelques jours, à rassembler une quantité importante d’objets qui témoignent de l’utilisation des lieux.

Des artefacts retrouvés lors de fouilles archéologiques sont posés sur une bâche de plastique.Certains des artefacts retrouvés sur le site du camping Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

Des bouteilles, bouilloires et objets de commodités de toutes sortes ont été trouvés, tout comme une quantité impressionnante d’objets industriels. Il y avait une forge sur place, donc presque tous les éléments de métal étaient faits ici, explique M. Cadieux.

Plusieurs des objets seront réintégrés dans quatre bâtiments historiques qui seront accessibles aux visiteurs, après leur restauration.

Le plus impressionnant, c’est l’Auberge Jodoin, explique le directeur du parc. C’est le premier bâtiment construit sur le site, un des plus vieux de la région. Le troisième bâtiment plus vieux encore debout en Abitibi-Témiscamingue, précise M. Gareau.

Un bâtiment historique qui se retrouve sur le territoire du parc national Opémican.L'auberge Jodoin Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

Construit par la famille Jodoin, qui a été la première à s’installer de façon permanente la pointe d’Opémican.

Dany Gareau

Un lieu de répit pour les Autochtones

Les archéologues sont persuadés que les travaux de restauration des bâtiments permettront de découvrir des traces de l’occupation des lieux par les Anichinabés. Comme on entame cette année des travaux de restauration de bâtiments, on va avoir de l’excavation et on s’attend vraiment à tomber dans des endroits beaucoup plus riches à ce chapitre, souligne M. Gareau. Par contre, avec les travaux préliminaires qu’on a faits, on a déjà trouvé beaucoup d’éléments de présence autochtone sur les rives sablonneuses.

Il s’agissait d’un endroit de répit naturel pour les voyageurs. Il y a beaucoup de parois et là, on a cette belle pointe de sable qui s’avance, c’est la pointe Opémican, c’était une halte naturelle, ça l’a été autant pour les Algonquins, les Anichinabés, précédemment, que par la suite, après l’implantation des Européens, explique M. Gareau.

Une découverte surprenante

Un homme tient une pierre biface dans ses mains.Ce biface a été retrouvé à un endroit inattendu. Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

Même si les travaux au bord de la rive n’ont pas encore commencé, les archéologues ont déjà fait une découverte étonnante. On a trouvé un biface qui n’aurait pas dû se trouver en plein bois, parce que normalement, on trouve cela sur le bord de l’eau. Il pourrait dater de plusieurs milliers d’années, s’exclame l’archéologue Denis Cadieux.

On se demande s’il n'essayait pas d’en faire une hache.

Denis Cadieux

L'archéologue Pauline Ramsey, tout juste diplômée, est persuadée que le Québec regorge de sites archéologiques qui demeurent inconnus. Quand tu commences à vraiment bien lire tous les ouvrages, et tout ce qui a été accumulé en termes de recherche, tu te rends compte que, finalement, on ne sait pas grand-chose, qu’il y a encore beaucoup de mystères, des choses que nous ne savons pas et qu’il faut découvrir, mentionne-t-elle.

Pour Denis Cadieux, il est important de supporter les fouilles et surveillances archéologiques. On se demande toujours si on met l’argent dans les hôpitaux ou les fouilles archéologiques. C’est l’histoire et, si on ne comprend pas le passé, c’est dur de comprendre le présent et l’avenir, conclut-il.

Abitibi–Témiscamingue

Archéologie