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Les bonnes intentions de François Legault en environnement

Au micro, François Legault.

François Legault lors du dévoilement de son conseil des ministres jeudi

Photo : Radio-Canada / Mathieu Potvin

Radio-Canada

Plus de deux semaines après son élection, François Legault admet qu'il a une sincère préoccupation pour les défis environnementaux et qu'il a bien compris le message de la population à ce sujet. Des paroles qui contrastent avec ce qu'il a dit en campagne électorale. La tâche de François Legault sera colossale.

Une analyse d’Étienne Leblanc

Serait-ce une conversion tardive? Toujours est-il que François Legault promet désormais d’en « faire plus pour lutter contre le réchauffement climatique ». Des paroles qui en ont étonné plus d'un.

Certes, il s'était déjà engagé à respecter la cible de réduction des émissions des gaz à effet de serre (GES) du précédent gouvernement : une diminution de 20 % d'ici 2020 par rapport à 1990.

Un défi gigantesque, dans la mesure où le Québec n’est qu’à mi-chemin de l'atteinte de cette cible, à moins de deux ans de l'échéance. S'il veut concrétiser cette promesse et démontrer qu'il a une véritable préoccupation pour l'environnement, François Legault devra mettre en oeuvre des changements majeurs qui ne sont pas dans sa plateforme et dont il n’a pas vraiment parlé en campagne électorale.

Le nerf de la guerre : le transport

Assise,  MarieChantal Chassé, en compagnie du lieutenant-gouverneur.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La nouvelle ministre de l'Environnement, MarieChantal Chassé, lors de son assermentation, en compagnie du lieutenant-gouverneur du Québec

Photo : Radio-Canada / Mathieu Potvin

La tâche ne s'annonce pas simple pour la nouvelle ministre de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, MarieChantal Chassé, une néophyte en politique et dans le domaine de l'environnement.

Elle devra jouer des coudes avec ses collègues des autres ministères à vocation économique, notamment avec son collègue François Bonnardel, nouveau ministre des Transports. Car si François Legault est sincère dans sa volonté d'en faire plus pour s'attaquer au réchauffement climatique, sa première ligne d'attaque devra être le transport.

Au Québec, 42 % des émissions proviennent de nos voitures et des camions de marchandises. Pis encore, les émissions dans ce secteur ne diminuent pas, elles ne cessent d'augmenter! Elles ont crû de 20 % depuis 1990. C'est donc le point névralgique de la réduction des GES.

Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à lire le Bilan mi-parcours du Plan d'action sur les changements climatiques 2013-2020, publié en mars dernier par le ministère que dirige aujourd'hui MarieChantal Chassé. Dans le document, les experts du ministère rappellent au gouvernement qu'il y a « urgence d'agir » dans le secteur des transports.

Or, à ce chapitre, les propositions de la CAQ vont plutôt dans le sens contraire. M. Legault propose l'élargissement ou le prolongement d'autoroutes dans la région montréalaise, soutient la construction d'un troisième lien à Québec et a exprimé des réserves quant à la nécessité de construire une nouvelle ligne de métro à Montréal.

Le Bilan mi-parcours, rédigé par les fonctionnaires du ministère de l'Environnement, offre pourtant des pistes de solutions qui pourraient inspirer le nouveau gouvernement de François Legault.

Pour « renverser la tendance », le document suggère que « les investissements dans les infrastructures qui favorisent l’expansion du transport individuel devraient être progressivement réduits au profit d’investissements dans le transport collectif ».

Une suggestion qui s'oppose, pour l'instant, aux propositions de François Legault en matière d'environnement.

Un chantier difficile pour MarieChantal Chassé

La nouvelle ministre de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques n'aura pas la tâche facile.

La personne responsable de ce ministère a toujours le mauvais rôle, tous partis confondus. Elle met dans le chemin des consultations publiques, impose des règles supplémentaires, prolonge les délais des projets. Les politiques qu'elle tente de défendre entrent souvent en conflit avec les autres grands ministères que sont les Ressources naturelles, les Affaires municipales, l'Agriculture ou les Forêts. Combien de ministres de l'Environnement avons-nous vu baisser les bras face à ses collègues, au nom du développement économique?

On n'a qu'à regarder à quel point Catherine McKenna, la ministre fédérale de l'Environnement, se fait discrète depuis que son patron a décidé d'acheter l'oléoduc controversé Trans Mountain.

On peut se demander quel rôle MarieChantal Chassé pourra jouer dans la mise en place de la principale mesure proposée par François Legault pour réduire les émissions de GES : produire davantage d'hydroélectricité. Une énergie verte qu'on pourra vendre à nos voisins et avec laquelle ces derniers pourront réduire leurs propres émissions de GES.

S'il va de l'avant, c'est un dossier qui, vraisemblablement, tombera en bonne partie dans les mains de son collègue des Ressources naturelles.

Les cas semblables risquent de se multiplier si François Legault n'offre pas un soutien indéfectible à sa nouvelle ministre.

L'urgence climatique

Depuis l'élection du 1er octobre, une chose importante a changé : François Legault a en main, comme tous les décideurs politiques de la planète, le plus récent rapport du GIEC sur un réchauffement global de 1,5 °C.

Il y a fort à parier que si ce rapport avait été publié avant la campagne électorale, l'enjeu des changements climatiques aurait fait plus de bruit dans la campagne.

Il est aujourd'hui plus difficile pour un leader de balayer du revers de la main les considérations climatiques. Le changement de ton de François Legault au cours des derniers jours est probablement, en partie du moins, lié à cela.

Ainsi, la pression sera plus forte pour que les décisions de politiques publiques se prennent à la lumière de ces nouvelles données sur le climat.

On ne sait toujours pas si François Legault se rendra à la prochaine conférence annuelle des Nations unies sur le climat, qui aura lieu en Pologne en décembre. Ses prédécesseurs, Jean Charest et Philippe Couillard, y allaient régulièrement. Ce pourrait être une façon de démontrer sa volonté de changer l'image de la CAQ en matière d'environnement.

Quel rôle réservera-t-il à sa nouvelle ministre? Le fait que MarieChantal Chassé soit une néophyte en politique n'est pas un problème en soi. Mais si l'environnement était vraiment un des priorités du nouveau premier ministre, comme il le dit désormais, il aurait nommé une personne d'expérience à ce poste.

François Legault devra probablement se poser la question suivante : si ses préoccupations sur les enjeux environnementaux sont sincères, peut-être devra-t-il en assumer le leadership et devenir de facto le vrai ministre de l'Environnement?

Changements climatiques

Environnement