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L'érosion, une menace sérieuse qui ronge la Louisiane

La côte est envahie par l'eau.
Le fleuve Mississippi et le golfe du Mexique, près de La Nouvelle-Orléans Photo: Radio-Canada / Michel Labrecque

Un terrain de football toutes les heures, pour un total de 43 km2 chaque année. C'est dans ces proportions que la côte de la Louisiane s'érode implacablement. Comment mettre un frein à ce phénomène?

Un texte de Michel Labrecque, à Désautels le dimanche 

La côte de la Louisiane est immense : plus de 600 km, sur le bord du golfe du Mexique. Depuis un siècle, cette côte s’érode de plus en plus rapidement. Des villages disparaissent. Des marais et des îles sont happés par l’eau de mer. Un phénomène qui comporte d’énormes conséquences.

Parlez-en à Albertine Kimble, qui a passé toute sa vie dans la paroisse de Plaquemines, juste au sud de La Nouvelle-Orléans.

« Lors de la dernière tempête, il y avait trois pieds d’eau dans ma cour », raconte-t-elle. Elle a dû prendre sa chaloupe pour se rendre jusqu’à sa voiture.

« De plus en plus de gens déménagent », dit Mme Kimble. Ou encore, ils essaient d’adapter leur maison à la nouvelle réalité, ajoute-t-elle.

Une maison sur pilotis.Une maison de la paroisse de Plaquemines, en Louisiane, prête pour l’érosion de la côte Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Écoutez le reportage de Michel Labrecque, diffusé le 21 octobre à Désautels le dimanche, sur ICI PREMIÈRE.

Les dégâts causés par l’industrie pétrolière

Toutes les côtes du monde ont tendance à s’éroder et la montée des eaux causée par le réchauffement climatique accélère ce processus.

Or, en Louisiane, l’érosion est particulièrement rapide. Pourquoi? Notamment parce que l’industrie pétrolière a modifié profondément le paysage.

Pour transporter le pétrole des plates-formes du golfe du Mexique aux raffineries à l’intérieur des terres, on a creusé des canaux partout le long de la côte, remplaçant ainsi les bayous plus modestes.

« Ça a laissé entrer l’eau de mer, qui a tué tous les arbres, toute la végétation qui servait à retenir la terre, qui empêchait les ouragans d’entrer », raconte Marie-Françoise Crouch, une enseignante à la retraite qui travaille avec des autochtones particulièrement touchés par l’érosion de la côte louisianaise.

Une grande étendue d'eau avec quelques bouts de terre.Un ancien canal est envahi par la mer. Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Quoi de mieux qu’un tour en avion pour prendre un peu de perspective? C’est là que l'on peut saisir la complexité du delta du Mississippi, où l’eau douce rejoint l’eau salée, où des milliers d’espèces animales se retrouvent. C’est là que l'on comprend que si on altère la nature, les impacts sont considérables.

Vue aérienne d'un village entouré d'eau.Un village est sur le point d’être envahi par l’eau, sur la côte de la Louisiane. Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

C’est l’Audubon Society, une organisation environnementale qui vise à protéger les oiseaux, qui m’a proposé de survoler la côte en compagnie d’un biologiste expert.

Si nous ne faisons rien, la projection actuelle est que nous pourrions perdre encore 10 000 km carrés dans les 50 prochaines années, avec la hausse du niveau de la mer et les tempêtes tropicales plus violentes.

Erik Johnson, biologiste à l’Audubon Society

Il ne faut pas perdre de vue, ajoute Erik Johnson, que La Nouvelle-Orléans ne pourrait pas survivre, parce que les milieux humides qui la protègent en ce moment vont disparaître. La Nouvelle-Orléans est entourée d’eau : le Mississippi, le lac Pontchartrain, et le golfe du Mexique risquent de devenir une seule étendue d’eau.

On a l’impression de survoler un immense fromage gruyère, avec des trous partout. « C’était de la terre ferme, il y a 50 ans », dit Erik Johnson.

Une grande étendue d'eau avec des bouts de terre.L'eau a progressivement envahi ce qui était encore de la terre ferme il y a quelques décennies. Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Le réchauffement climatique et l’industrie pétrolière ne sont pas les seuls responsables de l’érosion. Il y a aussi les murs de rétention des eaux en cas d’ouragans, qui ont brisé la connexion naturelle entre l’eau douce et l’eau salée.

Erik JohnsonErik Johnson, biologiste à l'Audubon Society Photo : Audubon Society/Picasa

Sauver la côte

Il a fallu du temps, mais aujourd’hui, on fait de véritables efforts pour renverser la vapeur. « L’ouragan Katrina a été un vrai signal d’alarme », note M. Johnson.

Aujourd’hui, le gouvernement de la Louisiane a une stratégie de restauration de la côte. Il y a aussi une vaste coalition de groupes environnementaux et de chercheurs universitaires, à laquelle appartient l’Audubon Society.

Le bayou et de la végétation, vus du bateau.Dans un bayou de la paroisse de Plaquemines Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Nous voici sur un bateau, toujours dans la paroisse de Plaquemines, en compagnie de membres de cette coalition. Ici, l’eau salée avait gagné la bataille et les marais avaient disparu. Mais aujourd’hui, la vie est revenue.

Des oiseaux marins survolent le delta.La faune et la flore sont abondantes dans le delta du Mississippi. Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

« Il fallait rétablir la connexion naturelle entre le Mississippi et le delta », explique Theryn Henkel, de la fondation du lac Pontchartrain.

Sans eau douce avec ses alluvions et nutriments, les marais vont mourir. Ces substances créent de la terre et de la végétation. Et l’eau douce favorise l’écosystème du delta. Mais en construisant des murs de rétention pour contrer les ouragans, nous avons coupé le flux naturel d’eau douce.

Theryn Henkel, écologiste de la fondation du lac Poncthartrain

Comment a-t-on procédé pour rétablir l’écosystème? En dérivant une partie de l’eau du Mississippi vers le delta, à l’aide d’une écluse.

De la végétation un peu partout dans l'eau.Quand on a dérivé l’eau douce, la vie est revenue d'elle-même. Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Tout s’est reconstruit automatiquement, graduellement. Les « dérivations » d’eau douce sont un des moyens pour protéger la côte. Il y a aussi la reconstruction de certaines îles qui atténue l’érosion.

Les enjeux dépassent de beaucoup la disparition de quelques villages au bord du golfe. Le delta du Mississippi est un des écosystèmes les plus riches du continent. Et 30 % de l’industrie de la pêche commerciale aux États-Unis provient de la Louisiane.

Les crevettes, les huîtres et la pêche sont un moteur économique important. Les marais et milieux humides sont des espèces de pouponnières pour les jeunes crevettes et poissons. Ils se développent dans les marais avant de s’aventurer dans le golfe. Sans milieux humides, ils ne survivront pas.

Erik Johnson, biologiste à l’Audubon Society
De la végétation au bord de l'eau.Les sédiments et les nutriments permettent aux marais de se reconstruire. Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Des efforts trop lents

Tous ces efforts sont louables, mais les experts s'accordent pour dire qu’ils ne sont pas suffisants. Il faudrait beaucoup plus de projets et surtout beaucoup plus d’investissements, notamment du gouvernement fédéral, pour contrer véritablement l’érosion.

Et l’actuelle administration à Washington ne semble pas très intéressée.

Il y a aussi un dilemme économique entre les deux plus importantes industries de la Louisiane : le pétrole et la pêche. Comment faire prospérer la première sans pénaliser la seconde? Et vice-versa.

Tout le monde se souvient de la fuite de la plate-forme Deepwater Horizon en 2010. Et de ses conséquences environnementales. Ironiquement, c’est la compagnie responsable, BP, qui finance aujourd’hui en grande partie la restauration de la côte, parce que les gouvernements lui ont imposé cela en guise de réparation.

Et l’avenir? « J’espère que La Nouvelle-Orléans sera encore là dans 50 ans, mais je ne suis pas sûr », m’a confié Howard Margot, lui-même Néo-Orléanais et conservateur au musée historique de cette ville.

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