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analyse

La dette écologique laissée aux prochaines générations?

Les voitures emettent de la pollution

Les transports représentent 40 % des émissions de gaz à effet de serre au Québec.

Photo : iStock / ssuaphoto

Gérald Fillion

ANALYSE - Au rythme où vont les choses, les décideurs d'aujourd'hui sont en train de léguer la dette écologique aux prochaines générations, à nos enfants et à nos petits-enfants, avec toutes les conséquences épouvantables qu'évoquent régulièrement les dizaines de milliers de scientifiques qui s'intéressent au défi économique de notre siècle, soit celles dues aux changements climatiques. Les objectifs de l'Accord de Paris ne seront pas atteints, on le sait déjà, alors que les cibles mêmes de cette grande rencontre ne sont pas assez ambitieuses.

Alors que les politiques du président Trump alimentent les déficits et la dette des États-Unis avec des baisses d’impôt en pleine période de croissance économique, une hérésie budgétaire dans les faits, la dette écologique, elle, est totalement occultée. L’urgence d’agir sur le plan environnemental – et, par conséquent, sur le plan économique – ne semble pas partagée par les grands leaders de la planète, au premier chef par le président des États-Unis.

Chez nous, on cherche la cohérence dans le double discours du gouvernement Trudeau, qui dit vouloir réduire les émissions de gaz à effet de serre tout en favorisant le développement du secteur pétrolier. Il est évident que personne n’osera remettre en question le fait qu’il est difficile pour un parti et pour un premier ministre d’arriver au pouvoir au Canada en s’opposant au secteur pétrolier, un contributeur majeur à la croissance économique et aux revenus de l’État.

En même temps, on peut se demander si le Canada doit poursuivre l’expansion des sables bitumineux à un moment où les prix demeurent faibles et où la demande est appelée à ralentir.

Est-ce que d’augmenter la production d'un million ou deux millions de barils par jour dans la prochaine décennie va enrichir le Canada ou est-ce que ça deviendra un puits sans fond? Sur le plan écologique, on connaît déjà très bien la réponse. Sur le plan financier, la réponse n’est pas si claire et le gouvernement Trudeau pourrait regretter longtemps d’avoir nationalisé le projet Trans Mountain dans l’ouest du pays.

Pourquoi les conservateurs s’opposent-ils à la tarification du carbone?

Si l’engagement du gouvernement actuel dans le dossier Trans Mountain en dérange plusieurs, il faut aussi s’interroger sur l’hostilité de l’opposition officielle à Ottawa et de différents gouvernements conservateurs à toute forme de tarification du carbone. Parce qu’ils s’opposent systématiquement aux taxes, le parti d’Andrew Scheer promet de mettre fin à la taxe carbone au Canada si sa formation politique gagne les élections d’octobre 2019.

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a pour sa part décidé de désengager sa province du marché du carbone, solution qui a été retenue par le Québec et la Nouvelle-Écosse, avec des États américains, pour mettre un prix sur les émissions de CO2. Au début du mois d’octobre, Doug Ford s'est joint à Jason Kenney, chef conservateur de l’opposition officielle en Alberta, afin d'exprimer haut et fort son dégoût pour la taxation du carbone.

Or, selon le Bureau du directeur de la responsabilité financière de l’Ontario, le gouvernement Ford va se priver de 3 milliards de dollars sur quatre ans en revenus tirés de la tarification du carbone. De plus, en abandonnant le marché du carbone, le premier ministre Ford laisse la place à la taxe carbone fédérale, qui va entrer en vigueur en 2019. Il s’y oppose, mais une fois cette tarification mise en place, le ménage moyen en Ontario va payer plus cher avec le système fédéral qu’avec le marché du carbone.

Il est prévu que le tarif de la tonne de CO2 sera à 50 $ en 2022. Avec le marché du carbone, le coût estimé pour une famille moyenne atteindrait 312 $ en 2022, alors qu’avec le système fédéral, ce sera 648 $.

Est-ce que François Legault saisit cette urgence?

En présentant son Conseil des ministres, François Legault a dit jeudi qu’il avait capté le message à propos de l’environnement, qu’il était sensible aux critiques qui ont fusé durant la campagne électorale sur la faiblesse de son programme en matière de réduction des gaz à effet de serre. Il a toutefois nommé une nouvelle venue au ministère de l’Environnement, qui arrive du monde aéronautique, MarieChantal Chassé, un choix qui laisse croire que l’environnement est loin d’être une priorité pour ce nouveau gouvernement.

Si tel avait été le cas, François Legault aurait pu nommer des personnes plus en vue à la CAQ, plus près de lui. Par exemple, il aurait pu confier le mandat à sa vice-première ministre, Geneviève Guilbault, pour envoyer un message clair, ou encore donner ce poste à l'un de ses vétérans, comme François Bonnardel ou André Lamontagne, qui aurait pu davantage imposer les impératifs environnementaux au Conseil des ministres.

Cela dit, on pourrait penser que le vrai ministre de l’Environnement au Québec est justement François Bonnardel. En le nommant aux Transports, François Legault a confié à François Bonnardel le ministère qui chapeaute le secteur le plus polluant du Québec.

Les transports représentent 40 % des émissions de gaz à effet de serre dans la province. Et on comprend que ce secteur doit contribuer avec force et énergie à la stratégie climatique du Québec. Ça passe par la mobilité durable, par des investissements massifs dans le transport collectif et l’électrification des transports, et par des changements de comportement.

Le député de Granby a devant lui un défi colossal. C’est lui, dans les faits, qui peut prendre l’enjeu écologique par les cornes. C’est François Bonnardel d’abord qui peut accélérer le travail du Québec en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Et c’est le premier ministre François Legault qui peut donner un élan plus structuré à l’action du Fonds vert pour alimenter des projets durables qui créent des emplois bien payants, comme il l’espère, qui ne contribuent pas au réchauffement climatique, mais qui l’atténuent.

L’avenir économique du Québec ne peut pas s’appuyer sur les énergies fossiles ou les secteurs émetteurs de GES. Il doit passer par des projets qui réduisent l’empreinte absolue du carbone et qui contribuent concrètement à une baisse des émissions.

Le programme de la CAQ n’est pas très généreux à ce propos. Souhaitons que l’action gouvernementale soit plus ambitieuse.

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