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La tombe d’un enfant « vampire » découverte en Italie

On voit en gros plan le crâne d'un enfant, de profil, déterré à moitié dans une fosse où s'effectuent des fouilles archéologiques.
Lors de l’enterrement de cet enfant de 10 ans en Italie il y a plus de 1500 ans, on a placé un caillou dans sa bouche dans le but d’éviter qu’il ne revienne d’entre les morts pour répandre la malaria, croient les chercheurs. Photo: David Pickel/Stanford University

Des archéologues ont récemment découvert le corps d'un enfant mort en Italie il y a plus de 1500 ans. Des détails entourant son enterrement laissent croire que ceux qui y ont participé craignaient son retour d'entre les morts et qu'ils ont pris des mesures pour qu'il y reste.

Un texte de Renaud Manuguerra-Gagné

Il y a 1500 ans, le corps d’un enfant de 10 ans était inhumé dans une villa romaine près de ce qui est aujourd’hui le village de Lugnano, en plein cœur de l’Italie. Bien que la mort d’un enfant ne fût malheureusement pas hors de l’ordinaire à l’époque, cet enterrement n’avait rien de commun.

Le squelette, récemment découvert par des archéologues de l’Université de l’Arizona, a été trouvé avec la bouche grande ouverte. Une pierre de la taille d’un œuf avait volontairement été insérée entre les dents de l'enfant de façon posthume, comme en témoignent les rainures laissées par celles-ci.

Ce geste symbolique, qui, selon les archéologues et les anthropologues sur le terrain, aurait eu pour objectif d’empêcher l’enfant de revenir d’entre les morts, a valu à la dépouille le surnom de « vampire de Lugnano ». (Nouvelle fenêtre)

Un cimetière au lourd passé

Cette découverte, annoncée dans un communiqué de l’Université de l’Arizona, a été faite cet été dans un cimetière nommé La Necropoli dei Bambini (le cimetière des bébés), dans la région italienne de l’Ombrie, à 100 kilomètres au nord de Rome.

Ce cimetière, situé dans une villa romaine abandonnée datant du 1er siècle, fut établi à la suite d’une épidémie de malaria qui emporta un grand nombre de personnes fragiles, particulièrement des enfants. Jusqu’à maintenant, une cinquantaine de dépouilles d'enfants en bas âge y ont été découvertes.

Le corps de l’enfant récemment exhumé n’a pas encore été testé pour la malaria, mais des traces d’abcès trouvées dans une de ses dents laissent croire que ce dernier a partagé le sort des autres corps issus de ce cimetière, chez lesquels la malaria a été confirmée après des analyses.

L’enfant de 10 ans, dont le sexe demeure inconnu, mais dont l’âge a été confirmé par analyse dentaire, est le plus vieux trouvé sur ce terrain jusqu’à maintenant. Toutefois, les archéologues pourraient avoir encore bien des surprises, les fouilles n’étant pas terminées et devant reprendre l’an prochain.

Un pont vers les superstitions du passé

Bien qu’il s’agisse d’une trouvaille unique, ce n’est pas la seule étrangeté relevée dans ce cimetière. Plusieurs enfants y ont été enterrés avec des restes animaux comme des pattes de corbeau, des ossements de grenouille ou même des chaudrons dans lesquels se trouvaient des restes de chiots sacrifiés.

D’autres dépouilles étaient aussi maintenues en place par de lourdes pierres sur leurs bras et leurs jambes. Selon les chercheurs, ces gestes rituels avaient pour but d’empêcher un « mal » de revenir.

Ces derniers spécifient toutefois que la crainte n’était pas tant que les morts prennent la forme de vampires, tels qu’on les connaît dans la culture populaire aujourd’hui, mais plutôt qu’ils reviennent répandre parmi les vivants la maladie qui les avait emportés.

Pour Jordan Wilson, un étudiant de doctorat en anthropologie qui a examiné les ossements, réagir à l’inconnu par la peur est un comportement profondément humain qui a couramment été observé au fil de l’histoire.

Ces rituels sont donc une occasion unique de comprendre les mythes de l’époque. « Les morts ne s’enterrent pas eux-mêmes, explique le doctorant. On peut en dire long sur les croyances, les craintes et les espoirs des personnes en observant la façon dont elles enterrent leurs morts. »

Des méthodes d’enterrement similaires ont été observées un peu partout en Europe. En 2006, la dépouille d’une femme âgée, qui avait été enterrée à Venise au cours du 16e siècle, a été découverte avec une large pierre dans la bouche et surnommée « la vampire de Venise ». (Nouvelle fenêtre)

Le corps d’un homme datant du 3e ou du 4e siècle a aussi été trouvé en Angleterre en 2017 et, encore une fois, on pouvait constater la présence de cette pierre symbolique.

Les chercheurs retourneront dans ce cimetière l’été prochain pour terminer les fouilles et donner ainsi à leur soif de connaissances l’apaisement auquel ces morts n’ont peut-être pas eu droit.

Science