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La culture en serre, une autre source de pollution pour le lac Érié

On voit au premier plan, à droite, un champ où pousse du maïs. En arrière-plan, à gauche, d'énormes serres où l'on cultive des légumes.
À Leamington, tout près du lac Érié, en Ontario, la culture en serre a détrôné l’agriculture dans les champs. Photo: Radio-Canada / Chantal Srivastava
Radio-Canada

Longtemps reconnue comme un haut lieu de la culture de légumes en serre, la région de Leamington, dans le Sud-Ouest ontarien, connaît un grand boom associé à la légalisation du cannabis : partout, les serres se multiplient. Une menace supplémentaire pour le lac Érié, déjà fortement pollué par le phosphore provenant des rejets agricoles.

Un texte de Chantal Srivastava, de l'émission Les années lumière

Comme la plupart des agriculteurs du comté d’Essex, Charles Desmarais a entendu parler du Programme de gérance des nutriments 4B mis en place par l’industrie pour baliser l’usage des engrais. « Il faut utiliser la bonne source, à la bonne dose, au bon endroit, au bon moment », explique l’homme de 72 ans, qui cultive du soya et du maïs à Pointe-aux-Roches.

On voit M. Desmarais devant l'affiche où est écrit « Desmarais Family Famrs, Established 1900 ». En arrière-plan, un champ.Charles Desmarais, devant l’affiche de sa ferme et la plaque qu’il a gagnée pour ses efforts afin de protéger l’environnement. Photo : Radio-Canada / Chantal Srivastava

Depuis des années, Charles Desmarais s’efforce d’être exemplaire en la matière. Ses efforts ont même été couronnés par un prix, le Conservation Farm Award, qui lui a été remis en 2014 par une association qui fait la promotion des bonnes pratiques agricoles dans son comté. D’où sa déception quand une femme l’a accosté chez le barbier pour lui rappeler que, comme tous les fermiers, il polluait le lac Érié et empêchait les villégiateurs de s’y baigner l’été.

On est une partie du problème, mais on n’est pas les seuls à contribuer au problème.

Charles Desmarais, fermier à Pointe-aux-Roches, dans le comté d’Essex

Les serres aussi au banc des accusés

On voit les serres industrielles qui s'étirent à l'horizon. Devant, l'affiche de la compagnie Under Sun et son adresse, indiquant l'entrée principale des installations.La compagnie Under Sun produit des poivrons dans ses immenses serres à Leamington. Photo : Radio-Canada / Chantal Srivastava

Dans une région où les deux tiers des terres sont consacrées à l’agriculture, pas étonnant que les fermiers soient montrés du doigt. Et pourtant, à l’échelle d’une ferme, les pertes en nutriments sont minimes. Les agriculteurs n’ont d’ailleurs pas intérêt à gaspiller les engrais qu’ils achètent.

C’est en additionnant toutes ces petites pertes qu’on obtient un volume considérable. « Probablement un bon 80 % des rejets viennent des champs, mais l’idée, ce n’est pas de blâmer les fermiers! » fait remarquer Katie Stammler, de l’Office de protection de la nature du comté d’Essex.

On voit Mme Stammler devant une affiche où sont illustrés les facteurs contribuant à la prolifération des algues et des cyanobactéries dans les lacs.Katie Stammler, spécialiste de la qualité de l’eau, Office de protection de la nature du comté d’Essex Photo : Radio-Canada / Chantal Srivastava

Avec des chercheurs de l’Université de Windsor et de l’Université Ryerson, Katie Stammler a découvert que, pour plusieurs cours d'eau affluents du lac Érié, en matière de concentration en nutriments, les rejets des terres agricoles ne sont pas les pires. La palme revient plutôt à l’agriculture en serre.

Les concentrations en nutriments étaient 20 fois plus élevées pour les affluents où il y avait des rejets provenant de la culture en serre que pour ceux touchés seulement par la culture en rangs dans les champs.

Katie Stammler, Office de protection de la nature du comté d’Essex
On voit des chaises alignées près d'une plage du lac Érié.Les nutriments contenus dans les rejets agricoles polluent le lac Érié. Photo : Radio-Canada / Chantal Srivastava

Les résultats de cette étude ont été publiés en mars dernier dans le cadre du Kingsville Leamington Nutrients Projet, qui a commencé en 2012.

Pendant cinq ans, des échantillons d’eau ont été recueillis deux fois par semaine dans 14 rivières tributaires du lac Érié situées en territoire agricole. Et les résultats sont limpides : les serres rejettent des concentrations beaucoup plus élevées en macronutriments comme l’azote, le phosphore et le potassium, de même qu’en métaux lourds, appelés aussi éléments-traces métalliques, comme le cuivre ou le zinc.

Des progrès à l’horizon

On voit d'immenses serres en construction.Sur la route 77 à Leamington, les serres poussent comme des champignons. Photo : Radio-Canada / Chantal Srivastava

Avant même la publication des résultats, les producteurs en serre ont commencé à revoir leur mode de production. Tant et si bien qu’au fil des ans, de 2012 à 2016, la teneur en nutriments de leurs rejets a diminué, grâce à l’adoption de meilleures pratiques telles que la réutilisation de l’eau ou un traitement plus efficace des rejets. Rassurant quand on sait que la culture en serre a le vent dans les voiles dans la région.

Surtout que d’autres sources de préoccupation commencent à faire surface au fur et à mesure que davantage de serres sont construites dans le secteur. Par exemple, la surface vitrée des serres absorbe moins bien l’eau que les sols. Et c’est sans parler des soucis que cause l’arrivée massive d’employés qui surchargent les réseaux de traitement des eaux usées existants.

On au premier plan un champ où poussent les choux de Bruxelles. En arrière-plan, des bâtiments de ferme et une éolienne.Une plantation de choux de Bruxelles à Pain Court, en Ontario Photo : Radio-Canada / Chantal Srivastava

Pour ce qui est des rejets en provenance des terres agricoles, les concentrations en nutriments sont stables d’année en année. D’où l’intérêt des travaux menés par Pamela Joosse, d’Agriculture et agroalimentaire Canada, dans un banc d’essai grandeur nature situé dans un vrai champ.

On voit Mme Joosse à genoux près d'un champ. Devant elle se trouve un dispositif servant à réguler le drainage des eaux souterraines. Pamela Joosse inspecte le dispositif installé dans un champ près de London, en Ontario, pour réguler le drainage des eaux souterraines. Photo : Radio-Canada / Chantal Srivastava

La spécialité de Pamela Joosse est la gestion des sols et des nutriments dans le bassin du lac Érié. Elle représente le Canada au sein de divers comités sur les nutriments dans les Grands Lacs.

Le défi, c’est de savoir quelles pratiques adopter en fonction du lieu. Car pour chaque champ, les causes du rejet en phosphore sont différentes.

Pamela Joosse, Agriculture et agroalimentaire Canada

L’objectif de Pamela Joosse est de concevoir un outil pour permettre aux agriculteurs d’adopter de meilleures pratiques de gestion afin de réduire leurs rejets en phosphore et les impacts sur les Grands Lacs.

Écoutez le reportage de Chantal Srivastava à l'émission Les années lumière, dimanche à 12 h 10, à ICI Radio-Canada Première.

Environnement