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Ottawa et Washington négocieraient des quotas sur l'acier et l'aluminium

Comme le souligne Andrée-Anne St-Arnaud, Ottawa annonce une première aide financière à l'industrie.
Radio-Canada

Au moment où le gouvernement fédéral annonce l'octroi d'une première subvention pour aider l'industrie canadienne de l'acier, des pourparlers entre le Canada et les États-Unis se poursuivent dans le but de faire tomber les tarifs douaniers imposés de part et d'autre sur les importations d'acier et d'aluminium.

Le gouvernement américain, selon un article du Globe and Mail, exerce des pressions sur le Mexique et le Canada afin qu’ils acceptent des quotas d’importation sur ces deux métaux aux États-Unis en échange de l’abandon des tarifs douaniers. Washington souhaite parvenir à une entente avant la signature officielle du nouvel accord de libre-échange entre les trois pays – l’Accord États-Unis–Mexique–Canada (AEUMCA) – à la fin novembre.

Citant cinq sources anonymes, le Globe and Mail soutient que les négociations auraient progressé de façon importante lors d’un dîner à la résidence torontoise de la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, où étaient invités le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, l’un de ses adjoints, l’ambassadeur canadien à Washington et les membres de la famille de Mme Freeland.

Le Canada ne serait ainsi pas fermé à l’idée de se voir imposer des quotas d’exportation, mais les négociations achopperaient sur le niveau desdits quotas. Les États-Unis souhaiteraient réduire du tiers les importations canadiennes d’acier, alors qu’Ottawa ne voudrait rien entendre d’un quota qui se situerait au-dessous des présentes exportations d’acier.

Chrystia FreelandChrystia Freeland Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Le fossé séparant les deux pays sur cet enjeu a même incité Mme Freeland à mettre cet enjeu de côté pour se concentrer sur les négociations entourant le renouvellement de l’ALENA. Une source du Globe and Mail affirme que le président américain, Donald Trump, aurait délibérément maintenu ces tarifs douaniers afin de se ménager un moyen de pression pour forcer le Mexique et le Canada à signer l’AEUMC en novembre.

Une autre source du quotidien soutient que la Maison-Blanche a voulu créer une distance entre la signature de l’AEUMC et l’abandon des tarifs douaniers afin de justifier le recours à la loi sur la sécurité nationale comme prétexte à la hausse des tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium.

Les États-Unis ont invoqué une loi sur le commerce datant de 1962 pour imposer des droits de douane de 25 % sur les importations d’acier et de 10 % sur celles d’aluminium. Rarement utilisée, cette loi permet au président américain de décréter des tarifs douaniers sur certaines importations dans l’éventualité où la sécurité nationale serait en jeu.

Le gouvernement américain estime que la faiblesse de son économie dans le secteur de l’acier et de l’aluminium justifie un tel recours.

Gros plan de Robert Lighthizer.Robert Lighthizer, négociateur américain dans le dossier de l'ALENA Photo : Associated Press / Jacquelyn Martin

De plus, quatre sources du Globe and Mail – deux gouvernementales et deux de l’industrie – avancent que l’imposition de quotas constitue désormais la base des discussions sur l’abandon des tarifs douaniers. Le gouvernement canadien sonderait même son industrie afin de connaître le niveau de quotas qu’elle serait en mesure de supporter.

Une entente concernant l’abandon des tarifs douaniers sur l’aluminium serait susceptible d’intervenir plus rapidement qu'un accord sur ceux imposés sur l’acier. Les États-Unis importent 85 % de leur aluminium du Canada, alors que c’est seulement le tiers de leurs importations d’acier qui proviennent du même pays.

Une question d’ego?

Au Canada, la grogne prend de l’ampleur au sein de l’industrie sidérurgique. Le président et chef de la direction de Zekelman Industries, Barry Zekelman, a déclaré que l’« ego » de la ministre Freeland entravait la conclusion d’un accord sur l’abandon des tarifs douaniers, selon un article du réseau anglais de Radio-Canada (CBC).

« Ils ont fait traîner les choses en longueur, nos consommateurs et notre industrie en souffrent », a déclaré M. Zekelman. « Nous attendons à cause de l'ego d’une seule personne, a-t-il continué. Ils doivent entrer dans une salle et parvenir à un accord. Si Freeland décrochait le téléphone pour appeler Robert Lighthizer [le représentant américain au Commerce] en acceptant les quotas, l'accord pourrait être conclu cet après-midi. »

Un homme en complet-cravate sourit à la caméra. L'homme d'affaires Barry Zekelman, de Windsor, en Ontario, est pour les tarifs sur l'acier que propose le président américain, Donald Trump. Photo : Radio-Canada / Meg Roberts/CBC

M. Zekelman soutient faire ces déclarations sur la base de ses relations personnelles avec l’entourage de M. Trump. Il prétend avoir dîné avec le président américain en plus d’avoir rencontré M. Lighthizer. « Le tout peut être réglé. Je pourrais régler le dossier cet après-midi », avance M. Zekleman. « Je le sais parce que j’ai personnellement parlé à M. Lighthizer », a-t-il ajouté.

« Nous aurions pu régler ce dossier il y a longtemps, a-t-il poursuivi. C’est la pire négociation qu’il m’ait été donné de voir. »

L'importance de l'industrie de l'acier et de l'aluminium

Le Canada est depuis de nombreuses années le plus important fournisseur d'acier des États-Unis. Selon les chiffres officiels du département américain du Commerce, les entreprises canadiennes ont exporté 5,8 millions de tonnes métriques d'acier chez leur voisin du Sud l'an dernier, ce qui représente 17 % de toutes les importations américaines.

Suivent ensuite le Brésil (14 %), la Corée du Sud (10 %), le Mexique (9 %), la Russie (8 %), la Turquie (6 %), le Japon (5 %) et l'Allemagne (4 %).

Le Canada est aussi le premier fournisseur d’aluminium primaire des États-Unis, avec des importations totalisant 2,76 millions de tonnes métriques en 2016, selon un rapport du département américain du Commerce publié en février. Cela représente plus de 80 % de toute la production canadienne.

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