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L’industrie touristique divisée sur la plus-value du cannabis

Un homme fume de la marijuana lors du rassemblement sur la colline du Parlement à Ottawa en avril 2018.
Selon certains professionnels de l'industrie, les touristes pourraient affluer au Canada à la suite de la légalisation. Photo: Reuters / Chris Wattie

De nombreux organismes de tourisme au Canada estiment que la légalisation du cannabis n'aura pas d'incidence sur l'achalandage touristique et n'intégreront pas cette donnée dans leurs contenus à destination des marchés cibles étrangers. Pour d'autres professionnels, en revanche, l'incidence de la légalisation sur le tourisme pourrait s'avérer considérable.

Un texte de Mathilde Monteyne

Mettre l'accent sur la légalisation du cannabis au Canada n'est pas dans les plans de la société d’État Destination Canada, qui promeut le pays sur la scène internationale.

Son choix est aussi celui de Voyage Manitoba, qui indique qu'il n'existe encore aucune recherche selon laquelle que le Canada connaîtra une augmentation du tourisme du fait de la légalisation du cannabis.

« On considère qu’il y a mieux que ça pour attirer des gens au Québec », explique de son côté le directeur des communications à l’Office du tourisme de Québec, Éric Bilodeau.

Selon lui, la légalisation ne représente pas un avantage concurrentiel pour cette province, puisqu'elle a cours partout au pays et que huit États américains autorisent aussi le cannabis récréatif.

Si augmentation du tourisme il y a, M. Bilodeau pense qu’elle ne sera que ponctuelle, liée à l’été ou à des manifestations particulières comme les festivals.

Des effets pervers

Pour d’autres, le fait de parler de la légalisation du cannabis pourrait même avoir un effet négatif sur l’industrie du tourisme.

« Ce n’est pas la mentalité de nos clients qui viennent d’Amérique latine, d’Espagne et de France », affirme Christophe Gorlier, le vice-président de l'agence de voyages canadienne Global Tourisme.

« La personne qui viendrait pour fumer est déjà au courant de la légalisation et n’a pas besoin de promotion », estime-t-il.

Outre la question des mentalités, c’est la réputation du Canada comme pays sécuritaire qui serait en jeu lorsqu’on parle de la légalisation du cannabis.

Suivant la position du gouvernement québécois en la matière, l’Alliance de l’industrie touristique du Québec déclare qu’elle n’offrira « aucun soutien pour le développement et la promotion de leur offre [de cannabis et ses dérivés], étant donné le risque qu’ils peuvent présenter pour la santé et la sécurité publique ».

Le cannabis ne constituerait pas un produit d’appel touristique comme les vignobles, qui « offrent une expérience complète de découverte du terroir », selon l’Alliance.

Une « carte à jouer »

L’expérience, c’est justement ce qui fait penser à David Élias, le gestionnaire des affaires externes de Parcs Canada, que les touristes pourraient être plus nombreux.

Parcs Canada a récemment annoncé que les visiteurs seraient autorisés à fumer dans les emplacements de camping.

Nous verrons peut-être des personnes curieuses, qui veulent avoir des expériences qu’ils ne peuvent trouver qu’au Canada.

David Élias, Parcs Canada

Si M. Élias affirme que le public sera informé des nouvelles règles en vigueur sur le site web de Parcs Canada et par le biais des médias sociaux, il mentionne que l’agence gouvernementale ne poursuit, en ce moment, aucune stratégie visant à utiliser le fait que le cannabis est légal comme outil pour attirer les touristes.

« Ce n’est pas impossible de penser qu’on verra quelque chose comme ça à l’avenir », dit-il toutefois.

Des gens s'échangent un joint devant un feu de camp.Il sera seulement interdit de fumer dans les aires de camping communes et autour des terrains de jeu des parcs nationaux du Canada. Photo : iStock

Jean-Michel Dufaux, le rédacteur en chef du média spécialisé dans les voyages Siège Hublot, déplore ces restrictions. D’après lui, « il faudrait des endroits publics où fumer, comme pour l’alcool », afin de ne pas limiter la consommation des touristes aux résidences privées dont le propriétaire l’autorise.

Le Canada devrait jouer cette carte-là et devrait le faire ouvertement parce que, sinon, je trouve que c’est un peu hypocrite.

Jean-Michel Dufaux, Siège Hublot

Il estime que ce refus de bon nombre d'organismes de tourisme canadiens d’utiliser le cannabis légal dans leurs contenus démontre une frilosité par rapport à un sujet qui suscite encore le débat.

Pourtant, dit-il, le Canada aurait beaucoup à gagner à « jouer cette carte pour les touristes étrangers, pour qu’ils sachent qu’ils ne vont pas se faire ostraciser parce qu’ils ont fumé un joint ».

L’exemple du Colorado

« Il y a plein de pays où les lois sont à l’ancienne, on va dire, et je pense qu’il faut viser ces pays-là. Il faut viser certains pays d’Europe aussi », soutient Jean-Michel Dufaux en précisant que le Canada offre un bon rapport qualité-prix. Les ressortissants d’Amérique du Sud et d'Amérique centrale pourraient également, selon lui, préférer le Canada à d'autres destinations.

Un homme avec un veston et une chemise. Jean-Michel Dufaux Photo : Radio-Canada

De toute façon, même sans la promouvoir, il pense que la légalisation du cannabis attirera une foule de nouveaux touristes.

Selon lui, en 2017, à Aspen, au Colorado, la vente de cannabis a été plus importante que la vente d’alcool. « On parle de chiffres vraiment, vraiment importants de revenus pour le Colorado, et ce, même si l’État ne joue pas cette carte-là », explique Jean-Michel Dufaux.

Les chiffres sont là pour prouver que c’est une tendance lourde, et le Canada va bénéficier de cela, parce qu’il y a tellement de gens qui consomment.

Jean-Michel Dufaux, Siège Hublot

Jean-Michel Dufaux soutient que, contrairement à ce que certains craignent, la légalisation attirera des touristes de tous les milieux sociaux.

Quoi qu’il en soit, bon nombre de touristes étrangers sont déjà au courant de la nouvelle législation en vigueur au Canada, les médias internationaux ayant largement relayé l’information. Il reste à voir s’ils privilégieront désormais le Canada par rapport à d’autres destinations.

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