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analyse

Le mea culpa d’Emmanuel Macron suffira-t-il?

Le président français Emmanuel Macron.

Le président français Emmanuel Macron tient une conférence de presse lors du sommet des dirigeants de l'Union européenne à Bruxelles, en Belgique, le 18 octobre 2018.

Photo : Reuters / Francois Lenoir

Yanik Dumont Baron

C'est une tendance observée depuis l'été : le président français est un homme de moins en moins populaire. Une chute qui a beaucoup fait jaser en France. Mea culpa, tournée auprès de ses concitoyens, Emmanuel Macron tente de corriger le tir. Est-ce suffisant?

« J’entends les critiques. » C’est un Emmanuel Macron solennel qui a lancé ces mots. Une rare allocution enregistrée à l’Élysée et diffusée sur la plupart des télévisions françaises. « J’ai pu déranger ou choquer certains. »

Une sorte de mea culpa sur la forme. Mais sur le fond, aucune excuse ni aucun regret. « Il n'y a aujourd'hui ni tournant ni changement de cap. » Dans l’adversité, le président affiche sa « volonté d'action encore plus forte ».

Ces temps-ci, l’adversité se traduit de bien des manières pour le chef de l’État français : des ministres qui claquent la porte de manière spectaculaire, un cabinet difficile à recomposer, des déclarations qui sèment la controverse, des appuis bien minces dans l’électorat.

L’entourage d’Emmanuel Macron croit que le problème est surtout dans la communication, dans l’image. Pour tenter de corriger le tir, le président compte aller à la rencontre de ses concitoyens dans les prochaines semaines.

On cherche entre autres à profiter des événements entourant le centenaire de l’armistice qui marque la fin de la Première Guerre mondiale. M. Macron voudra parler de résilience du peuple français dans l’adversité…

« Moi, c'est pas mon président »

Il s’en trouve facilement des Français critiques de leur président ces jours-ci. Même à Amiens, la ville natale d’Emmanuel Macron. « Il va trop vite », dit René, un retraité installé à la terrasse d’un café. « Ça a été trop long avant, mais maintenant ça va trop vite. »

René parlait sur un ton bien posé du rythme des réformes enchaînées en 18 mois de présidence et du coût de la vie qui augmente trop vite.

En terrasse, d’autres sont plus crus. Le président « est en train de dépouiller les Français », lance Christine. « C’est le p'tit roi dans son château », ajoute son mari Johnny.

Selon les sondages, environ deux Français sur trois sont mécontents. Emmanuel Macron a aujourd'hui un appui semblable à ce qu'il a obtenu au premier tour de la présidentielle. Son capital de sympathie semble s'être érodé en moins d'un an et demi au pouvoir. Un recul qui touche aussi les gens qui ont cru en lui.

« Déçu. Complètement déçu » assure Patrick, propriétaire d’un petit bar, qui a voté Macron pour ses promesses de création d’emploi.

Il fait peut-être des choses. Mais moi, pour l'instant, ce que je vois, c'est que du négatif envers tout le monde.

Patrick, propriétaire d'un petit bar

L’impatience française?

« Il faut laisser le temps au temps », plaide une conseillère financière qui appuie les idées de réformes du président. Corinne parle de profondes réformes qui demandent du temps à mettre en place, qui exigent des sacrifices de plusieurs.

« Je pense que c'est l'image qu'il donne actuellement qui déçoit les gens. Plus que ses actions. » Une critique qui renvoie justement à ces « petites phrases » qui ont déclenché des controverses.

Vrai qu’il est encore difficile de prendre une bonne mesure de la présidence Macron. Trop tôt. Vrai aussi qu’un chômeur ou un retraité à revenu fixe n’a pas le luxe d’attendre des mois, voire des années.

« Il veut faire de grandes choses, mais ça bouge pas pour moi », expliquait un chômeur de 25 ans.

Le paradoxe est là : tant d’espoirs reposent sur les épaules d’un seul homme, Emmanuel Macron, que plusieurs dénigrent en le comparant à un monarque.

« J'ai l'impression qu'il y a de l'impatience », avance Léanne, qui appuie le président depuis ses débuts. C’est une jeune étudiante, mais son commentaire porte à réflexion.

Elle souligne que les deux derniers présidents français n’ont réalisé qu’un seul mandat. Et le désaveu est venu rapidement en début de mandat.

« Ça, c’est un problème, croit-elle. Les Français ne se rendent peut-être pas compte de l’ampleur des chantiers qu'il y a à régler en France. »


Une analyse de Yanik Dumont Baron, correspondant de Radio-Canada à Paris.

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