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Une ancienne adversaire de Plante ministre de la métropole

Mme Rouleau ajuste ses lunettes, debout dans le Salon rouge de l'Assemblée nationale.

Chantal Rouleau a été assermentée jeudi comme ministre délégué aux Transports et responsable de la métropole.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Potvin

Radio-Canada

Autrefois opposées à l'Hôtel de Ville, la mairesse Valérie Plante et la nouvelle ministre responsable de la métropole, Chantal Rouleau, devront maintenant travailler ensemble pour le bien des Montréalais. Et les dossiers ne manqueront pas.

Un texte de Jérôme Labbé (Nouvelle fenêtre)

Mme Rouleau, qui était encore tout récemment mairesse de l’arrondissement de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles, a prêté serment jeudi – en français et en anglais – comme ministre déléguée aux Transports, mais aussi comme ministre responsable de Montréal. Elle succède ainsi à Martin Coiteux (2016-2018), Robert Poëti (2014-2016) et Jean-François Lisée (2012-2014).

En tant que ministre responsable de Montréal, Mme Rouleau dirigera – conjointement avec la nouvelle ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest – le Secrétariat à la région métropolitaine, qui a notamment pour mission de mettre en œuvre les mesures découlant du statut particulier de la métropole et de l’entente-cadre Réflexe Montréal.

Le Secrétariat aux relations avec les Québécois d’expression anglaise, que le chef de la CAQ avait qualifié de « show de boucane » après le débat télévisé en anglais, tombera pour sa part sous la responsabilité du nouveau député lavallois de Sainte-Rose, Christopher Skeete, qui, sans accéder au cabinet, agira comme adjoint parlementaire du premier ministre, a annoncé M. Legault à la fin de la cérémonie d'assermentation.

Elle sera ministre déléguée aux Transports et ministre responsable de la métropole.

Les responsabilités ministérielles de Chantal Rouleau.

Photo : Radio-Canada

On ne peut pas dire qu'il avait l’embarras du choix. Sa formation politique, la Coalition avenir Québec (CAQ), n’a fait élire que deux députés sur l’île de Montréal, le 1er octobre dernier : Chantal Rouleau, dans Pointe-aux-Trembles, et Richard Campeau, dans Bourget.

La première l’a emporté avec 39 % des suffrages exprimés, contre 32 % pour Jean-Martin Aussant, candidat vedette du Parti québécois. Quant à Richard Campeau, il a vaincu le député sortant, Maka Kotto, avec 27,6 % du vote, contre 26 % pour son adversaire péquiste, qui siégeait à l’Assemblée nationale depuis 2008.

Ces deux victoires ont été accueillies avec soulagement par la CAQ, plusieurs analystes ayant évoqué pendant la campagne la possibilité que le parti répète le scénario de 2014 en ne décrochant aucun siège sur l’île de Montréal. Un gouvernement sans aucun député montréalais aurait d’ailleurs constitué une première dans l’histoire du Québec.

La vision montréalaise de la CAQ

Pour éviter une telle catastrophe, la CAQ avait mis beaucoup d’efforts sur l’est de l’île, faisant campagne en promettant la revitalisation de cette portion de la ville, notamment grâce à la décontamination de terrains.

Le parti a également réitéré sa volonté de moderniser la rue Notre-Dame et de mettre en place un tramway pour décongestionner Montréal. M. Legault s’est même rendu en personne dans Pointe-aux-Trembles, le 7 septembre, pour promettre 2,6 milliards de dollars à cette fin.

En ce qui concerne la ligne rose du métro – le projet emblématique de Valérie Plante lors de la campagne électorale de 2017 – les choses s’annoncent toutefois légèrement plus compliquées. Se disant dès le départ opposé à cette idée, M. Legault a fait part d’une certaine ouverture lors de sa rencontre avec la mairesse, le 7 septembre dernier… pourvu que le projet soit construit en surface.

Et ce n’est pas le seul dossier sur lequel la CAQ et Projet Montréal ne sont pas d’accord.

La baisse du nombre d’immigrants reçus au Québec et la réduction du nombre d’élus à Montréal envisagées par François Legault ne plaisent guère à Valérie Plante, qui ne s’est pas gênée pour commenter publiquement ces deux dossiers pendant la campagne électorale.

Au lendemain de l’élection de la Coalition avenir Québec, elle a fait appel au pragmatisme du nouveau premier ministre.

M. Legault et Mme Plante, côte à côte, entouré de représentants des médias. Le chef caquiste sourit.

Le chef de la CAQ, François Legault, en compagnie de la mairesse de Montréal, Valérie Plante

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Dans tous les cas, Mme Plante et la nouvelle ministre caquiste de la métropole, qui siégeait encore tout récemment de l’autre côté de la salle du conseil municipal, auront tout intérêt à apprendre à travailler de concert. Car les temps ont bien changé depuis l’époque où Montréal, tout comme les autres municipalités québécoises, n’était considérée que comme une « créature du gouvernement ». Depuis, le gouvernement Couillard a fait adopter la loi sur le statut de métropole et une autre sur les gouvernements de proximité (le projet de loi 122), qui ont eu toutes deux pour effet d’accroître considérablement l’autonomie de Montréal.

« S'élever au-delà des allégeances »

« Au lendemain de son élection, le premier ministre a signifié qu'il serait rassembleur », a rappelé la mairesse jeudi après-midi, après l'assermentation du cabinet de M. Legault. « C'est tant mieux, parce qu'il faudra s'élever au-delà des territoires et des allégeances pour aborder ces défis de front. »

Certains de ces « défis » viendront d'ailleurs se poser « à court terme », a-t-elle mentionné, évoquant par exemple « l'enclavement de LaSalle lors des travaux qui vont s'amorcer pour la prochaine phase de Turcot » et « le plan d'atténuation des nuisances [qui découleront] des travaux à venir au tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine ».

Sa liste de priorités inclut aussi la renégociation du pacte fiscal avec les municipalités, de même que les dossiers relatifs à la mobilité, à l'habitation et au développement économique. Sans oublier la lutte contre les changements climatiques.

« Bien entendu, certains dossiers avanceront plus rapidement, et d'autres vont demander davantage de discussions », a-t-elle reconnu, « mais sachez que j'aborderai l'ensemble des dossiers importants pour Montréal avec le même aplomb ».

Concernant spécifiquement la nomination de Mme Rouleau comme ministre responsable de la métropole, la mairesse s'est dite « convaincue » que celle-ci « travaillera de façon efficace » avec son administration.

Moi, ça ne me pose aucun problème.

Valérie Plante, au sujet de la nomination de son ancienne adversaire Chantal Rouleau comme ministre responsable de la métropole

« Mme Rouleau et moi, bien qu'on n'était pas dans le même parti politique, il y a plein, plein de sujets sur lesquels on est d'accord », a-t-elle fait valoir. « Mme Rouleau a dit qu'elle voulait travailler sur le développement de l'Est; ça tombe bien, moi aussi; le transport, c'est important pour elle, moi aussi; le développement économique; la décontamination; l'habitation; autant de sujets sur lesquels je pense qu'on va très bien s'entendre. »

Mme Plante avait été invitée à l'assermentation, mais comme elle devait plutôt participer à une réunion de la Communauté métropolitaine de Montréal, qu'elle préside, elle a plutôt dépêché Robert Beaudry, responsable des relations gouvernementales au comité exécutif, ainsi que le conseiller stratégique Marc-André Viau.

La mairesse de Montréal aura toutefois l'occasion de croiser plusieurs membres du nouveau gouvernement, dont le premier ministre François Legault, lors l'hommage national à Lise Payette, samedi.

Une politicienne d’expérience

Chantal Rouleau était mairesse de l’arrondissement de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles depuis 2010. Elle s’est notamment fait connaître en étant parmi les premières, dès 2011, à dénoncer la corruption des acteurs municipaux face au pouvoir des grandes firmes du secteur de la construction lors de la diffusion d'un reportage du journaliste Alain Gravel, de l'émission Enquête à Radio-Canada. Lors de l’entrevue, la mairesse d’arrondissement avouait son impuissance à empêcher des entreprises ayant des liens avec la mafia de remporter des soumissions pour des contrats publics.

Mme Rouleau avait toutefois fait les manchettes pour les mauvaises raisons, quelques années plus tard, notamment en 2013, lorsqu’elle a été accusée de voies de fait, et en 2014, après avoir accepté d'encaisser un chèque de la fondation de la pétrolière Suncor.

Réélue dans l’opposition en 2017, elle s’était confiée à Radio-Canada sur la défaite de sa formation, l’Équipe Denis Coderre pour Montréal, offrant du même souffle sa collaboration à la nouvelle mairesse, notamment au sujet de la navette fluviale entre Pointe-aux-Trembles et le centre-ville – un projet qui a effectivement beaucoup avancé depuis, le projet pilote mené au printemps dernier ayant connu un succès populaire.

Son élection à l’Assemblée nationale, de pair avec celle du conseiller municipal Frantz Benjamin qui portait les couleurs du Parti libéral du Québec dans la circonscription de Viau, forcera la tenue de deux partielles.

Ministres responsables des autres régions du Grand Montréal :

  • Éric Girard (Laval);
  • Sylvie D'Amours (Laurentides);
  • Pierre Fitzgibbon (Lanaudière);
  • Christian Dubé (Montérégie).

Grand Montréal

Politique provinciale