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Affaire Khashoggi : Mnuchin renonce à se rendre à Riyad, Pompeo prêche la patience

Marie-Eve Bédard fait le point sur l'enquête.

Le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin renonce à participer au grand sommet d'investisseurs organisé la semaine prochaine par le fonds souverain de l'Arabie saoudite, dans la foulée de la disparition du chroniqueur et dissident saoudien Jamal Khashoggi.

« Je viens de rencontrer le président Donad Trump et le secrétaire d’État Mike Pompeo et nous avons décidé que je ne participerai pas au Future Investment Initiative en Arabie saoudite », a annoncé M. Mnuchin sur Twitter peu avant midi. Il n'a toutefois pas justifié sa décision en évoquant l'affaire Khashoggi.

M. Mnuchin est le dernier dignitaire en lice à renoncer à se rendre à Riyad pour ce sommet, qui aura lieu du 23 au 25 octobre.

La directrice du FMI Christine Lagarde, le ministre français de l'Économie Bruno Le Maire, le ministre britannique du Commerce Liam Fox et le ministre néerlandais des Finances Wopke Hoekstra ont aussi annoncé au cours des dernières heures qu’ils ne participeront pas à la deuxième édition de cet événement, surnommé le « Davos du désert ».

« Il y a des faits qui sont graves. Toute la lumière doit être faite, donc je ne me rendrai pas à Riyad la semaine prochaine », a expliqué le ministre français Le Maire.

Ces politiciens se joignent à un aréopage d’hommes d’affaires influents qui ont décidé de faire l’impasse sur le sommet. Cela inclut de hauts dirigeants de compagnies comme Google, Ford, JP Morgan, Viacom, Uber, Virgin, Crédit Suisse, HSBC, BNP Paribas, Société Générale, Thales et EDF.

Une affiche du roi Salmane et de son fils sur le mur d'un immeuble à Riyad.Des portraits du roi saoudien Salmane et de son fils, le prince héritier Mohammed ben Salmane, sur une affiche, à Riyad. Photo : Getty Images / FAYEZ NURELDINE

Washington donne « quelques jours de plus » aux Saoudiens

Quelques minutes avant l’annonce de M. Mnuchin, Mike Pompeo a annoncé à la presse qu’il venait de demander au président Trump de donner à la monarchie saoudienne « quelques jours de plus » pour expliquer ce qu'il a pu advenir de M. Khashoggi.

Munis des résultats de cette enquête « approfondie » et des conclusions des enquêteurs turcs qui se penchent sur cette affaire, les États-Unis pourront déterminer ce qu'ils entendent faire, a expliqué M. Pompeo, tout juste revenu d'un séjour à Riyad et à Ankara.

Ils [les Saoudiens] m'ont dit qu'ils comprenaient bien, eux aussi, la gravité de la disparition de M. Khashoggi. Ils m'ont aussi assuré qu'ils allaient mener une enquête approfondie et exhaustive.

Mike Pompeo, secrétaire d'État des États-Unis

Mike Pompeo a toutefois profité de son allocution de quelques minutes pour rappeler la « longue relation stratégique » qui unit Washington à Riyad depuis 1932, notamment en matière de lutte contre le terrorisme. Le président Trump souligne aussi souvent qu'il ne veut pas compromettre des contrats de milliards de dollars conclus avec les Saoudiens.

M. Trump n'est pas le seul à se soucier de l'avenir de ces contrats. Le ministre français Le Maire a par exemple indiqué mercredi que sa décision de ne pas assister au « Davos du désert » ne remet « pas en cause [le] partenariat stratégique entre la France et l'Arabie saoudite ».

Devant une commission sénatoriale, la ministre française des Armées a aussi souligné que l'industrie française a « besoin de ces exportations d'armement » vers l'Arabie saoudite. « On ne peut pas faire totalement abstraction de tout l'impact que tout ceci a sur nos industries de défense et nos emplois », a-t-elle fait valoir.

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a aussi signalé cette semaine que les contrats de vente d'armes avec Riyad tenaient toujours, au nom de la crédibilité de la signature d'Ottawa.

Un policier marche dans une rue, prêt d'un fourgon de la police.Un policier turc marche à l'extérieur de la résidence du consul saoudien à Istanbul, où des enquêteurs se sont rendus. Photo : La Presse canadienne / AP/Lefteris Pitarakis

Les enquêteurs turcs poursuivent leur travail

À Istanbul, les enquêteurs turcs ont quitté jeudi matin les locaux du consulat après une nouvelle perquisition. Les véhicules appartenant à la représentation diplomatique ont également été fouillés et examinés.

Auparavant, les policiers turcs avaient passé neuf heures dans la résidence du consul, en présence d'enquêteurs saoudiens. Le consul saoudien a quitté Istanbul à destination de Riyad mercredi.

Jamal Khashoggi, chroniqueur au Washington Post, est officiellement porté disparu depuis qu’il est entré dans le consulat saoudien à Istanbul le 2 octobre, afin d’obtenir des documents en vue de son mariage avec une citoyenne turque.

Riyad assure qu’il est sorti de l’enceinte diplomatique, mais des sources turques assurent qu’il y a été assassiné, puis démembré. Ils montrent du doigt une escouade de 15 Saoudiens qui a fait une visite éclair à Istanbul le 2 octobre.

Un quotidien turc progouvernemental, Yeni Safak, affirme même avoir eu accès à des enregistrements sonores prouvant que Jamal Khashoggi a été torturé avant d'être tué à l'intérieur du consulat.

Le New York Times, qui s'appuie sur des témoignages et des documents, soutient que quatre membres de l'escouade venue à Istanbul font partie du personnel chargé de la sécurité du prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane.

Robert Mahoney fait un geste de la main devant un écran appelant à une enquête internationale de l'ONU dans l'affaire Khashoggi.« La Turquie devrait faire appel à l'ONU pour lancer une enquête crédible et transparente », a déclaré Robert Mahoney, un des responsables du Comité pour la protection des journalistes, lors d'une conférence de presse commune au siège des Nations unies. Photo : Getty Images / TIMOTHY A. CLARY

Des ONG réclament une enquête de l'ONU

Peu avant la sortie de M. Pompeo, les organisations non gouvernementales Amnestie internationale, Human Rights Watch, Reporters sans frontières et le Comité de protection des journalistes ont conjointement appelé la Turquie à demander à l’ONU de faire enquête sur l'affaire Khashoggi.

Selon eux, seule l'ONU a la crédibilité nécessaire pour mener à bien cet exercice.

L'implication de l'ONU serait la meilleure garantie contre les tentatives d'épargner l'Arabie saoudite ou de mettre le dossier sous le tapis pour préserver des liens d'affaires juteux avec Riyad.

Extrait du communiqué de presse des ONG

Le directeur de Human Rights Watch, Louis Charbonneau, a toutefois reconnu que le groupe a tenté à deux reprises de contacter la mission turque à l’ONU pour l'inciter à aller de l’avant avec cette requête, mais qu’il n’a obtenu aucune réponse.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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