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L'enfouissement n'est plus la solution pour les déchets en Outaouais

Un camion et une pelle mécanique sont à l'oeuvre dans sur un site d'enfouissement des déchets.

L'ancien site d'enfouissement Cook dans les années 1980 (archives).

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Pour la quatrième fois en 30 ans, l'Outaouais s'interroge sur ce qu'elle fera de ses déchets ultimes. La Ville de Gatineau et les MRC de la région financent présentement une étude menée par une chaire de recherche de l'École polytechnique de Montréal pour trouver une solution régionale.

Un texte de Nathalie Tremblay

L'étude, qui a débuté à l'automne 2017 et durera 5 ans, doit permettre de brosser un portrait plus précis des quantités de déchets produits par les différentes municipalités de la région.

Dans son Plan de gestion des matières résiduelles (PGMR), la Ville de Gatineau indique que son objectif est de devenir une municipalité zéro déchets. En raison des coûts élevés de transport et les impacts sur l'environnement, l'enfouissement n'est pas une solution envisagée.

L'enfouissement, ce sont des émissions de méthane à court terme, fait remarquer la conseillère municipale et présidente de la Commission sur le développement du territoire, l'habitation et l'environnement, Maude Marquis-Bissonnette.

À long terme, on est pris avec un problème de taille. Il y a plusieurs options : il faut d'abord augmenter le recyclage et le compostage, chez les citoyens, mais aussi dans nos commerces et industries, propose-t-elle.

Parmi les autres options sur la table : la valorisation des déchets, qui pourraient être source d'énergie. L'idée d'un incinérateur à déchets est toujours dans les cartons, mais ne semble pas soulever beaucoup d'engouement.

Pour être viables et attirer des entreprises intéressées à la valorisation des déchets, les solutions retenues devront tenir compte du tonnage.

Depuis l'implantation du compostage et le passage de la collecte des déchets aux deux semaines, en 2010, la quantité de déchets envoyés à l'enfouissement a baissé de 20 %, passant de 72 755 tonnes annuellement à 61 254 tonnes en 2017.

Même en se joignant aux MRC du Pontiac, de Papineau, de la Vallée-de-la-Gatineau et des Collines-de-l'Outoauais — toutes partenaires de l'étude, le tonnage pourrait ne pas être suffisant.

L'objectif, c'est vraiment d’arriver à une solution régionale, selon Mme Marquis-Bissonnette.

Il faut y croire et je pense que là on s'est donné les outils pour y arriver avec cette étude de la chaire de recherche, des chercheurs indépendants qui vont pouvoir nous aiguiller, poursuit-elle.

Les déchets en chiffres

Recyclage :

  • 26 000 tonnes en 2010
  • 26 864 tonnes en 2017
  • 3,2 M$ par année
  • 21 $ la tonne

Compostage :

  • 11 431 tonnes 2010
  • 21 453 tonnes en 2017
  • 3,3 M$ par année
  • 71 $ la tonne

Déchets :

  • 72 755 tonnes en 2010
  • 61 254 tonnes en 2017
  • 3 M$ par année
  • 97 $ la tonne pour l'enfouissement


Source : Plan de gestion des matières résiduelles de la Ville de Gatineau

Une recherche de plus de 30 ans

Dans les années 80, la recherche d'une solution régionale pour l'enfouissement des déchets a donné lieu à un débat enflammé. La crise des déchets, comme certains l'ont surnommée à l'époque, a divisé la région durant plusieurs années. Elle a surtout opposé les villes rurales aux villes urbaines.

La Communauté régionale de l'Outaouais (CRO) composée des anciennes villes de Hull, Aylmer, Gatineau, Masson-Angers et Buckingham, de même que des municipalités rurales, dont L'Ange-Gardien et Cantley, a identifié 40 sites au fil des ans.

Il s'agissait de terrains pour la plupart situés en milieu rural et qui devaient remplacer le site d'enfouissement Cook, dont la fermeture était prévue pour novembre 1989.

Une pelle mécanique ramasse des déchets à un site d'enfouissement. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

1,6 million de tonnes de déchets ont abouti au site d'enfouissement Cook avant sa fermeture en 1989 (archives).

Photo : Radio-Canada

Parmi les sites proposés pour l'enfouissement des déchets, il y avait la carrière de l'ancienne compagnie Canada Ciment, à l'emplacement actuel du Casino du Lac-Leamy.

Trois autres sites se sont retrouvés sur la courte liste des sites potentiels, l'ancienne mine de Bristol, dans le Pontiac, et deux terres agricoles, une sur le chemin Holmes, à Cantley, qui venait d'être achetée par le géant Waste Managment, l'autre sur le chemin Doherty, à L'Ange-Gardien.

C'est finalement le terrain de L'Ange-Gardien qui sera choisi comme futur site d'enfouissement pour l'Outaouais. Outrée, la population de la municipalité, appuyée par l'Union des producteurs agricoles (UPA), porte la cause devant la Commission du territoire agricole, qui renvoie la CRO faire ses devoirs. Cette dernière en appelle de la décision, mais elle est une fois de plus déboutée.

Acculée, la CRO, qui sera transformée en une communauté urbaine dans les années 1990 (seules les villes urbaines demeurent membres), met fin à la recherche d'un site d'enfouissement régional, et opte pour le transport de ses déchets vers Saint-Jean-de-Matha, dans la région de Lanaudière.

Une guerre ouverte entre l'ancienne Ville d'Aylmer et la CRO

Lors de sa recherche d'une solution régionale, la CRO a envisagé de prolonger la durée de vie utile du site Cook. La CRO a commandé une étude et a reçu l'appui du ministère de l'Environnement, qui jugeait possible de continuer à enfouir les déchets au-delà de la date prévue de fermeture, en novembre 1989.

La proposition a donné lieu à une véritable confrontation entre la CRO et le conseil municipal d'Aylmer, déterminé à mettre fin à l'enfouissement des déchets sur son territoire. La Ville, qui a menacé la CRO d'une injonction, a eu recours à une série d'actions, allant jusqu'à bloquer l'accès au site d'enfouissement en prétextant des travaux déjà planifiés sur le chemin Cook.

Le reportage de la journaliste Élise Brunet... il y a 30 ans

Aylmer a aussi commandé une analyse de l'eau du secteur, qui a établi que la nappe phréatique avait été contaminée par le site d'enfouissement — des résultats qui ont été contestés par le ministère de l'Environnement et la CRO.

La confrontation entre le gouvernement régional et municipal a connu son paroxysme le soir du 18 octobre 1988, lorsque le conseil de la CRO a majoritairement décidé de reporter sa décision sur le choix du futur site. Cette décision reportait de fait celle sur la fermeture de Cook.

Vote des membres de la CRO sur l'emplacement d'un nouveau site d'enfouissement

Le vote a été remis en raison de l'opposition trop vive des citoyens ce soir-là, en raison de la vive opposition dans les communautés visées par ces choix. La CRO a même commandé une étude pour prolonger la durée de vie utile du site Cook.

Les vestiges de l'ancienne solution régionale

Le site d'enfouissement Cook a officiellement fermé ses portes en 1989 pour l'enfouissement sanitaire, mais l'enfouissement de boues usées s'est poursuivi sur cet emplacement jusqu'en 1991. Presque 30 ans plus tard, 33 cheminées captent toujours les gaz produits par la décomposition des 1,6 million de tonnes de déchets qui y ont été enfouis de 1975 à 1989.

Des puits installés sur le terrain de 1 km de long et de 500 mètres de large captent aussi le lixiviat qui est aujourd'hui directement rejeté dans les égouts.

Photo moderne de l'entrée du site d'enfouissement Cook, à Gaitneau. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le site d'enfouissement Cook a été fermé en 1989.

Photo : Radio-Canada

Auparavant, le lixiviat était traité à l'usine, indique Chantal Marcotte, directrice du Service de l'environnement de la Ville de Gatineau. Mais, puisqu'il répond maintenant aux normes de rejets, on peut le déverser directement à l'égout.

Une série de contrôles environnementaux sont effectués sur le site Cook. Des échantillonnages de l'eau souterraine et des biogaz sont effectués de deux à trois fois par année, et c'est sans compter la surveillance mensuelle du site.

Les coûts d'entretien et de surveillance s'élèvent à près de 1 million de dollars par année. Au début, ici, on enfouissait les ordures, les piles, les pneus, la matière organique, la totale finalement, ajoute Mme Marcotte.

Depuis la fusion municipale, plusieurs projets ont été proposés par les conseils municipaux pour réutiliser ce terrain, notamment un centre de compostage et l'installation d'une turbine pouvant capter les biogaz et les transformer en électricité.

Aucun de ces projets n'a abouti. En fait, la réutilisation du site à d'autres fins n'est pas envisagée dans un avenir proche.

Nous devrons exercer une surveillance ici pour plusieurs années, des décennies, dit Mme Marcotte. On est un peu pris avec. On a fait un parc avec le parc La Baie, mais on ne peut pas dire dans combien de temps ce sera possible ici.

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