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Pénuries et doutes sur la légalisation du cannabis au Canada

Des clients attendent sur des chaises pliantes sur le trottoir.
Des clients ont attendu plusieurs heures aux portes de la succursale de la SQDC de la rue Sainte-Catherine pour être les premiers à se procurer légalement du cannabis. Photo: Radio-Canada / Charles Contant
Radio-Canada

Des Canadiens ont fait la file d'un bout à l'autre du pays mercredi pour être parmi les premiers à se procurer du cannabis tout à fait légalement. L'engouement pour la légalisation de la drogue a toutefois entraîné des pénuries et des inquiétudes sur la capacité du réseau légal à répondre à la demande.

Au Québec seulement, la Société québécoise du cannabis (SQDC) a effectué plus de 42 500 transactions, soit plus de 12 500 dans les 12 succursales et quelque 30 000 en ligne. « Compte tenu de l’engouement créé par la légalisation du cannabis et de la rareté des produits à l’échelle canadienne, la SQDC s’attend à d’importants défis d’approvisionnement à court terme pour les succursales » et en ligne, explique la société par voie de communiqué.

L’huile, les gélules, les atomiseurs et les joints préroulés, sont les produits les plus susceptibles de faire l’objet de pénuries, selon la SQDC. « Les prochains jours permettront à la SQDC d’évaluer l’évolution des stocks de façon plus précise et d’orienter son approvisionnement en conséquence. »

Le ministre de la Sécurité frontalière et de la Réduction du crime organisé, Bill Blair, se fait toutefois rassurant en entrevue à CBC. « Il y a des douleurs de croissance tout à fait normales dans la mise sur pied d’un tout nouveau réseau de vente au détail, explique-t-il en précisant que son gouvernement avait accordé plus de temps que prévu – 17 semaines plutôt que les 12 – que les producteurs réclamaient avant l’adoption du projet de loi.

Nous nous attendions à ce qu’il y ait pénurie de certaines variétés [de cannabis] et une course à l’approvisionnement.

Bill Blair, ministre de la Sécurité frontalière et de la Réduction du crime organisé

« Ils [les producteurs] peuvent compter sur une bonne infrastructure et je suis certain que ça marchera », confie le ministre Blair.

Le crime organisé menacé?

Plusieurs consommateurs qui faisaient la file ont dû repartir les mains vides puisqu’ils n’avaient pas réussi à entrer dans la succursale de la SQDC avant la fermeture. Les agents de sécurité de la succursale de l’Acadie à Montréal ont même fait appel aux policiers du SPVM pour disperser les nombreux consommateurs laissés en plan.

Bien que les gens se soient dispersés dans le calme, selon l’aveu même du SPVM, les pénuries et la difficulté de la SQDC de répondre à la demande font craindre qu’une industrie interlope survive à la légalisation du cannabis.

Le ministre Blair reconnaît que la légalisation de la drogue ne réglera pas instantanément tous les problèmes qui y sont reliés.

« Nous avons mis un terme à la prohibition criminelle du cannabis, hier [mercredi]. C’est un événement », avance M. Blair tout en concédant qu’il reste tout un travail à faire auprès des producteurs pour que le réseau de distribution légal parvienne à maturité.

« Le crime organisé et les autres groupes criminels contrôlaient 100 % du marché depuis près d’un siècle et ils ont ainsi engrangé des milliards [de dollars] » grâce à ce monopole, soutient le ministre Blair.

Quelqu’un m’a dit hier que le réseau de distribution en ligne de l’Ontario avait vendu pour trois quarts de million de dollars [de cannabis], ce sont 750 000 $ qui n’iront pas dans les coffres du crime organisé.

le ministre Bill Blair

« C’est une bonne journée, quant à moi, puisque cet argent servira les intérêts des Canadiens qui travaillent légalement dans cette industrie, poursuit-il. Les gens paieront des impôts sur ces sommes. C’est un produit plus sécuritaire et fiable, dont on connaît la puissance et exempt d’impuretés. »

M. Blair précise que le crime organisé devra maintenant faire face à la compétition du marché légal. « Ils [les criminels] viennent juste d’obtenir de la compétition et je crois que les Canadiens choisiront la voie légitime, plus sûre, plus saine, aussi longtemps qu’elle sera compétitive sur le plan des prix et de l’accessibilité, ce sur quoi nous continuons de travailler. »

En ce qui a trait à la compétitivité du produit, les clients qui sortaient des points de vente canadiens semblaient satisfaits. « C'est sûr que le prix varie dépendamment de la qualité, mais en général, c'est moins cher que ce que tu trouves sur la rue », commente Andrew Karim, un client montréalais.

Légal, mais réglementé

La légalisation du cannabis n’a pas éliminé toutes les contraintes quant à la possession et à la vente de la drogue. Certains l’ont appris à leurs dépens, mercredi, en recevant des amendes salées de policiers vigilants.

Un homme de Terre-Neuve-et-Labrador a écopé d’une amende pour avoir eu plus de 30 grammes de la substance en sa possession sur la place publique.

La Police provinciale de l'Ontario a diffusé sur Twitter la photo d’une contravention de 215 $ remise à un automobiliste pour avoir eu un sac de marijuana dans sa voiture. Toujours sur Twitter, la police de Winnipeg a publié une photo d'une contravention de 672 $ pour consommation de cannabis dans un véhicule motorisé.

À Halifax, 20 agents de police ont distribué des dépliants aux personnes qui fumaient du cannabis ou la cigarette dans des endroits prohibés un peu partout dans la ville, a annoncé le porte-parole de la ville néo-écossaise, Brendan Elliott. Ce dernier a toutefois précisé qu’aucune amende n’avait été donnée.

« Il y aura toujours des revendeurs de drogue dans nos cours d’école et nos rues, concède Bill Blair. La police s’occupera de ça. Ils ont les outils nécessaires pour le faire. »

« Je crois que l’un des défis auquel feront face les revendeurs de drogue réside dans le fait que leurs consommateurs, qu’ils contrôlaient auparavant à 100 %, auront désormais accès à une option plus sécuritaire. »

Le ministre Blair estime toutefois que les policiers concentreront leurs efforts sur les grands producteurs et distributeurs criminels. « Il deviendra plus difficile pour le crime organisé de faire de l’argent [avec le cannabis] même s’ils contrôlent [encore] une portion significative du marché », a-t-il déclaré. « Au fil du temps, ils contrôleront de moins en moins le marché. »

Le ministre de la Réduction du crime organisé avance que l’expérience des autres États permet d’espérer réduire de moitié la part de marché concédée au crime organisé.

Leur retirer la moitié du marché, c’est déjà un impact significatif sur le crime organisé.

le ministre Bill Blair

Le ministre Blair confie que le gouvernement marche sur une mince couche de glace dans le dossier de la légalisation du cannabis. Tout en se voulant suffisamment attrayant pour détourner les consommateurs du marché noir, le gouvernement veut éviter de faire la promotion de la consommation de cannabis.

L’objectif est de détourner les consommateurs du marché illicite en veillant à ce que la commercialisation [légale] ne vise pas les populations vulnérables et les enfants.

Bill Blair, ministre de la Sécurité frontalière et de la Réduction du crime organisé

C’est pourquoi le gouvernement a tenté, dans sa loi sur la légalisation du cannabis, d’encadrer et de restreindre la publicité entourant le cannabis. « Les restrictions en matière de publicité, de promotion de l’image de marque, de l’utilisation de personnalités ou de commandites, de l’association à un style de vie sont bien définies, estime M. Blair. Toutes ces dispositions visent à nous assurer que nous ne faisons pas la promotion de la consommation de cette drogue. »

« Je crois que la législation a réussi à trouver un juste équilibre [entre les deux prémisses de l’objectif de la loi] », conclut-il.

Avec les informations de La Presse canadienne

Drogues et stupéfiants

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