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Les évangéliques fidèles à Donald Trump

En 2014, 62 millions d'Américains s'identifiaient comme protestants évangéliques.

Photo : Radio-Canada / Marcel Calfat

Christian Latreille

Les évangéliques américains représentent une force politique incontournable en vue des élections de mi-mandat, le 6 novembre. Ils sont plus de 62 millions d'adultes aux États-Unis qui s'identifient comme évangéliques protestants. Quelque 61 % d'entre eux, pour la plupart des Blancs, ont appuyé Donald Trump en 2016.

Le « Bible Belt », un bastion du fondamentalisme religieux dans le sud du pays, est une terre promise pour les républicains, puisque le vote de ces électeurs leur est assuré dans une douzaine d’États.

En Alabama, dans la petite ville d’Arab, une centaine d’évangéliques sont venus prier, un soir d’octobre, avec le pasteur Daniel McGehee à la petite église baptiste du coin.

Leur dévotion à Jésus-Christ est totale et leur foi en Donald Trump, inconditionnelle.

Le pasteur marche, un micro à la main, devant les fidèles qui prient, debout ou assis, avec les yeux fermés.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le pasteur Daniel McGehee prie avec les fidèles de la petite église baptiste de la ville d'Arab, en Alabama.

Photo : Radio-Canada / Marcel Calfat

L’actuel président a réussi à convaincre ces fidèles de voter pour lui en se prononçant contre l’avortement, en nommant des juges conservateurs à la Cour suprême et en déménageant l’ambassade américaine en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem.

La création d’Israël est l’oeuvre de Dieu, selon la Bible. Les évangéliques attendaient, depuis longtemps, ce déménagement promis par plusieurs présidents américains.

« Trump n’est peut-être pas parfait, mais c’est un homme de Dieu qui a permis aux chrétiens de retrouver une voix dans ce pays », nous explique Ted Melton, venu entendre le prédicateur itinérant Daniel McGehee.

Ce dernier prêche d’ailleurs sans gêne devant ses ouailles en faveur du président et du vice-président républicains.

Nous avons un président qui appuie l’Église, l’encourage, protège les libertés religieuses. Ça nous rend la vie beaucoup plus facile.

Daniel McGehee

Un homme « sans éthique »

Les évangéliques semblent vouloir tout pardonner à leur nouveau président. Ses infidélités, ses mensonges et ses moqueries passent sous le radar de ces chrétiens qui, selon plusieurs, ont fait un pacte avec le diable en appuyant l’ex-milliardaire.

Rob Schenck est un important leader de la communauté évangélique qui a rompu avec le Parti républicain lorsque Donald Trump a été choisi comme candidat de l’élection présidentielle en 2016. « J’ai vu en lui, dit-il, un homme sans aucun principe éthique et moral. »

Le révérend pose dans un jardin.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le révérend Rob Schenck estime que sa communauté a fait un pacte avec le diable en appuyant Donald Trump.

Photo : Radio-Canada / Marcel Calfat

Le révérend Schenck croit que sa communauté a vendu son âme. « Nous avons permis aux politiciens de nous utiliser. Les évangéliques donnent maintenant l’impression que nous sommes prêts à tout pour obtenir ce que l’on veut », déplore-t-il.

« La droite religieuse ne s’attend pas à ce que Trump ait la même éthique personnelle que les autres présidents. Mais ils sont convaincus qu’il va épouser leur cause », affirme pour sa part Stephen Mansfield, auteur d’ouvrages sur la foi d’Abraham Lincoln, George W. Bush, Barack Obama et Donald Trump.

Stephen Mansfield pose, tout sourire, dans une église.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Stephen Mansfield a écrit des ouvrages sur la foi de plusieurs présidents américains, dont Donald Trump.

Photo : Radio-Canada / Marcel Calfat

« Ces chrétiens ont été traumatisés par la présidence Obama et étaient terrifiés à l’idée de voir Hillary Clinton devenir présidente », ajoute M. Mansfield.

Barack Obama était, en effet, en faveur de l’avortement, du mariage homosexuel et plutôt froid face à Israël. Son ordre du jour politique était aux antipodes des valeurs des évangéliques.

Un mal nécessaire?

Au Mississippi, le pasteur évangélique Rodney Williams voit en Donald Trump un mal nécessaire. « Il tient ses promesses. Est-ce que j’aime tout ce qu’il dit? Est-ce que j’aime tout ce qu’il fait? Absolument pas », conclut-il.

Le pasteur pose devant une église.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Même s'il appuie Donald Trump, le pasteur Rodney Williams craint pour l'avenir des États-Unis.

Photo : Radio-Canada / Marcel Calfat

Trump a beau être en communion de pensée avec les évangéliques, le pasteur Williams craint tout de même pour l’avenir des États-Unis. « Nous avons été trop longtemps éloignés des valeurs de Dieu, croit-il. Ça prendra une intervention divine majeure. Autrement, le pays court à sa perte. L’ancienne administration a tenté d’étouffer la voix des chrétiens. »

Rob Schenck est, pour sa part, très pessimiste quant à l'avenir de son mouvement religieux. « Les jeunes nous quittent par millions. Nous avons laissé les politiciens nous utiliser et nous les avons aussi manipulés. Les évangéliques ont perdu leur liberté de conscience », dit-il.

L’arrivée de Trump en politique a établi de nouveaux critères. Nous avions l’habitude d’exiger des standards plus élevés pour nos politiciens. Il semble que nous soyons maintenant plus conciliants. Certains évangéliques regrettent leur choix.

Stephen Mansfield, auteur

Donald Trump n’a jamais été une option pour le révérend Schenck. « Je crois que le mouvement évangélique aux États-Unis est en danger et peut-être même sur le point de s’effondrer. Ça va nous prendre des années à retrouver notre âme. »

Les nombreuses voix discordantes chez les fondamentalistes chrétiens n’empêcheront pas une majorité d’entre eux de voter pour les républicains aux élections de mi-mandat, le 6 novembre. De nombreux évangéliques croient qu’ils ont goûté à l’enfer en votant pour Donald Trump, mais beaucoup plus encore sont convaincus d’avoir regagné leur place au paradis.


Christian Latreille est correspondant de Radio-Canada à Washington.

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