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Les députés de Québec solidaire assermentés à leur façon

Manon Massé lit la prestation de serment et les neuf autres députés de Québec solidaire ont la main sur le coeur.
La chef parlementaire de Québec solidaire, Manon Massé, et les neuf autres députés de la formation ont collectivement prêté le serment de défendre les intérêts des Québécois. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Les 10 députés de Québec solidaire (QS) ont prêté serment en deux temps à Québec, mercredi, préférant prêter allégeance à la reine Élisabeth II loin des caméras.

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf

La formation, qui a annoncé son intention de déposer un projet de loi visant à mettre fin au serment d'allégeance à la reine, n’avait pas le choix de se plier à cette pratique, qui reste une condition pour siéger à l’Assemblée nationale.

Mais la chef parlementaire et co-porte-parole de QS, Manon Massé, a précisé lors de la cérémonie publique d’assermentation que les députés solidaires s’étaient prêtés un peu plus tôt à ce « rituel archaïque et franchement désagréable » en privé.

Composée de cinq femmes et d'autant d’hommes, la formation s’est aussi engagée, de façon collective, à servir les intérêts du peuple québécois au cours de cette cérémonie organisée au Salon rouge de l'hôtel du Parlement, quelques minutes après l'assermentation officielle tenue au Salon bleu.

Le parti s’est ainsi démarqué de la Coalition avenir Québec et du Parti libéral du Québec, dont les députés ont pour leur part prêté serment individuellement, comme le veut la tradition.

Dans cette maison du peuple, je peux vous garantir que ces hommes et ces femmes vont savoir représenter tant les gens de leur comté que les idées qui nous sont chères, que le projet de société que nous portons.

Manon Massé, chef parlementaire de Québec solidaire

Fidèle à ses convictions indépendantistes, Québec solidaire a aussi fait retirer l’unifolié du Salon rouge.

Bombardée de questions, lors du point de presse ayant suivi l’assermentation, sur la décision de prêter serment à la reine en coulisses, Manon Massé a nié que cette façon de procéder leur enlevait de la légitimité en tant que parlementaires.

Elle a précisé que le parti en était arrivé à ce compromis en discutant avec le secrétaire général de l'Assemblée nationale, Michel Bonsaint, dans les derniers jours.

Une opposition « constructive », mais « implacable »

Manon Massé, levant le bras vers les députés de Québec solidaire.Manon Massé désigne les neuf autres députés de Québec solidaire lors de la cérémonie d'assermentation. Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Manon Massé a promis que sa formation formerait une « opposition constructive prête à tendre la main, bien sûr, à [ses] adversaires lorsque les intérêts des Québécois et Québécoises le nécessitent ».

Elle a du même souffle prévenu que Québec solidaire serait une « opposition implacable lorsque le gouvernement élu laissera tomber le flambeau du changement pour s’adonner aux vieilles pratiques ».

« Nous serons sur leur chemin, a-t-elle averti. Le seul lobby qui a l’oreille des solidaires, c’est celui du peuple. »

Proclamant que « l'ère où un seul parti pouvait régner en maître » était chose du passé, elle a souligné que la Coalition avenir Québec (CAQ) avait reçu de la population « un des mandats les plus faibles jamais accordés à un gouvernement majoritaire de l’histoire du Québec ».

La CAQ détient près de 60 % des sièges - soit 74 - avec 38 % du vote. En tenant compte des abstentionnistes, la CAQ a cependant recueilli les voix de 25 % des Québécois.

Manon Massé a en outre pressé le gouvernement de François Legault de respecter l'entente conclue entre la CAQ, QS et le Parti québécois dans le but de réformer le mode de scrutin.

En faisant le choix de la pluralité, les Québécois et Québécoises ont envoyé un message clair et limpide à l’ensemble de la classe politique : travaillez ensemble.

Manon Massé, chef parlementaire de Québec solidaire

Elle a aussi livré un plaidoyer en faveur de l'environnement.

« Rien, rien n’est plus urgent que de rassembler les forces parlementaires pour s’attaquer au plus grand défi de notre siècle : la crise climatique », a-t-elle lancé.

En route vers la COP24

Manon Massé a lancé un appel au premier ministre Legault pour qu’il se rende à la prochaine Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP24), qui doit avoir lieu en décembre à Katowice en Pologne. Tout comme Philippe Couillard le faisait avant lui, M. Legault doit y assister, estime-t-elle.

Le premier ministre désigné n'a pas encore manifesté son intention de participer à la COP24.

« En fait, j'espère qu'il va y aller, j'espère qu'il va m'inviter aussi », a déclaré Manon Massé, soulignant au passage qu’elle faisait partie de la délégation lors de la COP21 à Paris en 2015.

Mme Massé en a profité pour demander à François Legault de « changer de cap », lui qui s’est fait peu entendre sur la question des changements climatiques durant la dernière campagne électorale, a-t-elle relevé.

Les députés de Québec Solidaire après avoir prêté serment à l'Assemblée nationale le mercredi 17 octobre 2018.Les députés de Québec Solidaire après avoir prêté serment à l'Assemblée nationale le mercredi 17 octobre 2018. Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

La chef parlementaire de Québec solidaire a par ailleurs appelé ses collègues à se souvenir qu'ils avaient le devoir de « toujours servir ceux et celles qui n'ont jamais connu les privilèges ». « Chers collègues, soyez vrais », a-t-elle lancé, évoquant une ère de fausses nouvelles et de cynisme envers les politiciens.

Les élections du 1er octobre ont permis à la formation de tripler sa députation. Huit députés se sont joints à Mme Massé et à Gabriel Nadeau-Dubois, député de Gouin et leader parlementaire de la formation.

Issu de la fusion de l'Union des forces progressistes (UFP) d'Amir Khadir, qui n’a pas brigué un nouveau mandat, et d'Option citoyenne de Françoise David, Québec solidaire a vu le jour en 2006.

Les deux politiciens étaient d’ailleurs présents à la cérémonie, avec les proches des députés.

Le Parti québécois sera la dernière formation à prêter serment, vendredi.

Politique