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À quand une enquête sur les prêtres pédophiles et ceux qui les ont protégés?

Un prêtre marche dans l'allée centrale d'une église.

Une enquête des services du procureur de l'État a révélé que plus de 300 prêtres ont agressé au moins 1000 enfants et ont été couverts par l'Église catholique de la Pennsylvanie.

Photo : Getty Images / Jeff Swensen

Alain Crevier

Plusieurs pays, dont l'Irlande et les États-Unis, ont enquêté sur de nombreux cas d'agression sexuelle contre des enfants par des prêtres, ainsi que sur l'omerta au sein de l'Église catholique. Le Canada devrait-il en faire autant?

En 2002, il y a eu un sacré tremblement de terre sur la planète catholique. Le travail remarquable des journalistes d’enquête du Boston Globe rendait public un scandale immense : pendant des années, les autorités cléricales du diocèse de Boston ont protégé des criminels pédophiles.

Le cardinal Bernard Law, archevêque de ce diocèse, a été forcé de quitter les États-Unis pour trouver refuge au Vatican. Il y est resté jusqu’à son récent décès, sans que personne vienne l’embêter, soit dit en passant.

Il ne s’agissait pas que d’une autre histoire de prêtres pédophiles. Cette enquête remarquable a démontré que l’Église savait et a préféré se taire en protégeant ses prêtres criminels.

Et depuis?

Les cas se sont multipliés, nous faisant passer de la stupéfaction à l’indignation et à la colère.

Aux États-Unis, poursuivis devant les tribunaux, plus de 15 diocèses et 3 communautés religieuses ont fait faillite. Chose inimaginable il y a quelques décennies. Et au fil des ans, partout où il y a eu enquête, on a découvert l’horreur et le silence de l’Église catholique.

Le cas de l’Irlande est un véritable scénario de film d’horreur. Celui de l’Australie aussi. Ainsi que de la Belgique, de l’Allemagne et des Pays-Bas.

Ceux qui croyaient qu’on en avait terminé avec le cas des États-Unis ont eu tout un choc, il y a quelques mois, lorsqu’un grand jury de Pennsylvanie a fait état de 300 prêtres pédophiles et de plus de 1000 victimes identifiées dans six des huit diocèses de l’État.

On dirait que chaque fois qu’une commission ou un tribunal fait enquête sur ces scandales, on découvre de nouvelles horreurs. Faut-il s’étonner de voir qu’après la Pennsylvanie, neuf autres États ont décidé de fouiller le passé de l’Église sur leur territoire? Il s’agit des États de New York, du New Jersey, du Maryland, du Vermont, de l’Illinois, du Missouri, du Michigan, du Nebraska et du Nouveau-Mexique.

Les rayons du soleil et une croix sur une église.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Paroisse Notre-Dame-de-Lourdes au Manitoba

Photo : Radio-Canada / Justin Fraser

Alors chez nous?

Certains ont dit qu’au Canada, notre part de scandale inavouable se trouvait dans le drame vécu par les Autochtones dans les pensionnats qui leur étaient destinés pendant de longues décennies.

Mais si nous faisions quand même enquête, au Canada et au Québec? Certains ont dit qu’il faudrait se préparer au pire. Pendant une grande partie du 20e siècle, par exemple, le paysage québécois a été dominé par l’Église catholique qui était présente partout et dans tout.

Vous vouliez faire œuvre utile et participer à l’organisation des paniers de Noël pour les plus démunis? Ça passait par la paroisse. Jouer au hockey? Les paroisses jouaient les unes contre les autres. Les camps de vacances, les scouts, les louveteaux, les jeannettes et les guides? Le sous-sol de la paroisse. L’école? L’hôpital? L’Église et encore l’Église. Sans parler de la politique. En fait, tout le tissu social du Québec passait par l’Église.

Est-ce que ça signifie que tous les petits Québécois et Québécoises de l’époque ont été aux prises avec des criminels au sein de l’Église? Évidemment pas.

Mais pour comprendre notre histoire, pour ne pas laisser dans l’oubli des victimes, certains diront qu’une commission d’enquête dûment mandatée est nécessaire. Pour la vérité. Potentiellement pour une réconciliation.

C’est le travail qu’a fait la Commission de vérité et réconciliation du Canada à l'égard des Premières Nations. Les résultats ont été époustouflants, nécessaires et salutaires. Cette page d’histoire qui a été écrite se devait de l’être.

Peut-être faut-il maintenant terminer le travail pour tous les Québécois du 20e et du 21e siècle? L’Église du Québec devrait se réjouir à l’idée de collaborer à une telle commission, parce qu’il ne peut y avoir de réconciliation sans d’abord parler de vérité.

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