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Disparition de Jamal Khashoggi : Pompeo dit réserver son jugement jusqu'à la conclusion des enquêtes

Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo répond aux questions des journalistes à bord d'un avion.

Mike Pompeo a assuré vouloir laisser « quelques jours » à la Turquie et à l'Arabie saoudite pour boucler leur enquête.

Photo : Reuters / Leah Millis

Radio-Canada

Après avoir rencontré les dirigeants d'Arabie saoudite, puis de Turquie, le secrétaire d'État américain, Mike Pompeo, dit attendre le résultat des enquêtes saoudienne et turque sur la disparition du chroniqueur Jamal Khashoggi avant de décider des suites à donner. La police turque a d'ailleurs fouillé la résidence du consul saoudien à Istanbul.

Peu de détails ont filtré des rencontres, mercredi, de Mike Pompeo avec le président turc, Recep Tayyip Erdogan, et le ministre des Affaires étrangères turc, Mevlut Cavusoglu, pour faire le point sur la disparition du Saoudien Jamal Khashoggi, un résident américain qui était chroniqueur au Washington Post.

Selon la police turque, Jamal Khashoggi aurait été assassiné et démembré, le 2 octobre dernier, dans les locaux du consulat saoudien où il s’était rendu pour chercher des documents en prévision de son mariage.

Le ministre Cavusoglu a qualifié les deux entretiens, qui ont duré environ 40 minutes, de « bénéfiques » et « fructueux ».

Le secrétaire d’État américain a répété à plusieurs reprises que l'administration Trump réservait son jugement sur cette affaire des plus compromettantes pour le gouvernement saoudien jusqu'à la conclusion des enquêtes distinctes menées par la Turquie et l'Arabie saoudite.

« Quand l'enquête sortira, nous l'évaluerons », a-t-il déclaré, soulignant l'importance des liens financiers avec l'Arabie saoudite.

Les deux hommes se serrent la main.

Le secrétaire d'État américain, Mike Pompeo, a été accueilli en personne par le président turc Recep Tayyip Erdogan (droite) à son arrivée en Turquie.

Photo : Reuters / Handout .

Mike Pompeo a déclaré que le président Erdogan « a clairement indiqué que les Saoudiens ont coopéré à l'enquête menée par les Turcs et qu'ils partageraient des informations ».

Assurant prendre l'affaire « au sérieux », il a démenti donner à Riyad le bénéfice du doute et a dit trouver « raisonnable » de lui donner le temps de faire la lumière sur la disparition de Jamal Khashoggi.

Après avoir quitté l'Arabie saoudite en début de journée, Mike Pompeo avait déclaré que Riyad s'était engagé à mener une « enquête transparente ». « Ils se sont engagés à faire en sorte que quiconque lié à un acte répréhensible soit tenu responsable », même s'il s'agissait de haut placés.

À un journaliste qui lui demandait si cet engagement s'étendrait aux membres de la famille royale, il a répondu qu'ils n'avaient évoqué « aucune exception ».

Dépêché d'urgence à Riyad par le président Donald Trump, Mike Pompeo s’est notamment entretenu mardi avec le prince héritier Mohammed ben Salmane, qui a nié savoir quoi que ce soit sur ces événements et promis de tirer cette affaire au clair.

Le Washington Post a accusé le président Donald Trump et son gouvernement de mener une « opération de nettoyage diplomatique » pour préserver Riyad et le prince héritier Mohammed ben Salmane.

En soirée, mercredi, le quotidien a publié la dernière chronique de Jamal Khashoggi, qui déplorait l'absence de liberté d'expression dans les pays arabes.

Trump réticent à abandonner Riyad

Interviewé sur le réseau Fox Business, Donald Trump n'a pas affiché une quelconque intention d'abandonner Riyad, niant toutefois qu'il cherchait à couvrir l'Arabie saoudite.

Disant lui aussi attendre le résultat des enquêtes, il a réitéré l'espoir que les dirigeants saoudiens ne soient pas impliqués. Prié de dire si les États-Unis allaient s'éloigner du royaume wahhabite, il a répondu: « Je ne veux pas faire cela. »

Nous avons besoin de l'Arabie saoudite dans notre combat contre le terrorisme et par rapport à ce qui se passe en Iran et dans d'autres endroits.

Donald Trunp

S'adressant à des journalistes à la Maison-Blanche, le président Trump a également souligné l'importance des liens commerciaux entre les deux pays. « Lorsque j'y suis allé, ils se sont engagés à acheter pour 450 milliards de dollars en biens et 110 milliards de dollars en matériel militaire. Ce sont les plus grosses commandes de l'histoire de ce pays, probablement de l'histoire du monde », a-t-il martelé.

Plusieurs membres du Congrès l'ont exhorté à prendre des mesures contre les autorités saoudiennes.

Un prochain indice de la position américaine devrait venir de la décision du secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, qui a promis de décider jeudi, « sur la base du rapport » du secrétaire Pompeo, s'il se rendra à la conférence économique organisée à Riyad et boycottée par un nombre croissant de multinationales.

Ankara évoque des preuves incriminantes

Les nombreux photographes de presse photographient les enquêteurs médico-légaux turcs, qui sortent des véhicules pour entrer dans le domicile du consul saoudien en Turquie.

Les enquêteurs médico-légaux turcs à leur arrivée au domicile du consul saoudien en Turquie

Photo : Reuters / Osman Orsal

Mercredi, après avoir obtenu la permission de Riyad, les policiers turcs ont enfin pu accéder au domicile du consul saoudien, situé tout près de l’immeuble qui abrite le consulat.

Les recherches, qui ont duré près de neuf heures, ont notamment été menées sur le toit du domicile et le garage, et ont inclus le déploiement d'un drone au-dessus des lieux. Le consul général Mohammed al-Oraibi avait quitté la Turquie pour Riyad, mardi.

Parallèlement, une autre équipe d'enquêteurs a de nouveau fouillé le consulat, déjà perquisitionné cette semaine. Les recherches se sont conclues peu avant 6 h (heure locale), jeudi matin.

Après une première fouille dans la nuit de lundi à mardi, les enquêteurs de la police turque avaient affirmé avoir récolté des preuves incriminantes indiquant que Jamal Khashoggi avait bel et bien été assassiné à cet endroit.

Macabre récit d'un assassinat présumé

Images de caméras de surveillance.

Des images vidéo publiées par la police turque montrent les présumés agents saoudiens à leur arrivée à l'aéroport d'Ataturk, quelques heures avant la disparition de Jamal Khashoggi.

Photo : AFP/Getty Images / -

Relayant les soupçons de la police, la presse progouvernementale turque multiplie les reportages retraçant le passage à Istanbul d’une équipe de 15 agents saoudiens présumément dépêchés pour torturer et assassiner le chroniqueur qui critiquait régulièrement le régime saoudien dans les pages du Washington Post.

Le journal Yeni Safak rapportait notamment mercredi que des enregistrements sonores réalisés à l’intérieur du consulat révèlent que Jamal Khashoggi y a bel et bien été torturé avant d'être « décapité » par des agents saoudiens.

Selon le quotidien, on entend le consul général Mohammed al-Oraibi dire à ceux qui torturent apparemment M. Khashoggi : « Ne faites pas ça ici, vous allez me mettre dans le pétrin ». Un des agents saoudiens lui répondrait alors: « Tais-toi si tu veux vivre quand tu vas rentrer [en Arabie saoudite] ».

Jamal Khashoggi aurait été tué en quelques minutes et ses tortionnaires lui auraient amputé les doigts, poursuit le journal. Après l'avoir tué, ses assassins l'auraient ensuité décapité, puis démembré.

Le New York Times cite un haut placé turc qui confirme les détails publiés dans le Yeni Safak.

D'après le quotidien, le médecin qui aurait fait partie des 15 agents saoudiens leur aurait dit d'écouter de la musique pour se libérer des tensions pendant qu'ils le démembraient.

L'entourage du prince

Le Washington Post affirme avoir identifié 11 des 15 agents saoudiens dont les photos ont été publiées par les autorités turques. Tous ont travaillé soit pour les services de renseignement, soit pour le gouvernement, soit pour l’armée saoudienne.

Selon le New York Times, certains d’entre eux proviendraient directement de l’entourage du prince Mohammed ben Salmane alors qu’au moins trois autres sont liés aux services de sécurité du prince.

Un des 15 agents repérés en Turquie au moment des faits serait quant à lui le médecin légiste Salah al-Tubaigy, qui a occupé des postes à hautes responsabilités au ministère saoudien de l'Intérieur et dans le secteur médical saoudien.

« Un personnage de cette stature ne pourrait être dirigé que par une autorité saoudienne de haut rang », estime le New York Times.

Une affiche du journaliste Jamal Khashoggi.

Des manifestants brandissent des photos de Jamal Khashoggi lors d'une manifestation en Turquie.

Photo : AFP/Getty Images / OZAN KOSE

Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters, et Associated Press

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