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Le programme de VIA Rail « Artistes à bord » : que des bénéfices pour les musiciens?

En hauteur et à l'extérieur, avec un train de VIA Rail en arrière-plan, un jeune homme barbu avec un béret souffle dans un petit objet.

Rob Malo, mieux connu sous le nom de TiBert le voyageur, donne des spectacles depuis cinq ans dans les trains de VIA Rail et dit beaucoup apprécier l'expérience et les rencontres.

Photo : Rob Malo

Radio-Canada

Le programme « Artistes à bord » de VIA Rail propose à des musiciens d'effectuer des prestations à bord des trains au Canada en échange d'un voyage gratuit ou à tarif réduit. Une belle initiative selon certains, mais qui participe au manque de reconnaissance du statut de l'artiste d'après la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF).

« C’est un voyage gratuit pour aller à Vancouver ou Toronto. Et je mange comme un roi, même si je suis le fou sur le train », blague Rob Malo, mieux connu sous le nom de TiBert le voyageur. Depuis plus de cinq ans, cet auteur-interprète franco-manitobain profite de la gratuité du trajet en train en échange de trois prestations quotidiennes de 45 minutes pour le bon plaisir des passagers.

« C’est une bonne façon d’essayer du nouveau matériel, de vraiment me pousser. Je peux faire le même spectacle trois fois si je veux ou je peux changer des choses », explique-t-il en ajoutant vivre des expériences uniques.

Il se remémore une fois en particulier où le train est resté à l’arrêt sur les rails durant trois heures. Il raconte que les gens se sont rassemblés dans le wagon où il jouait et que sa musique a diverti les passagers durant le temps d’attente.

Si ce système semble truffé de bonnes intentions, il contribuerait néanmoins au manque de reconnaissance du métier d’artiste. C’est la position du président de la FCCF, Martin Théberge, qui reconnaît que l'offre présente des avantages indéniables, mais pense que « ce genre de programme naît parce qu’on reconnaît mal la profession de l’artiste ».

Une profession non rémunérée

Pour Martin Théberge, la rémunération de l’artiste pour son travail est essentielle à la reconnaissance de son statut. « Est-ce qu’il y a un dentiste qui accepterait de faire des plombages gratuits aux passagers en échange d’une réduction du prix du billet? », interroge-t-il en soulignant que l’art n’est pas une activité de bénévolat dans beaucoup de cas.

Être artiste, c’est une profession

Martin Théberge, président de la FCCF

Il estime que pour changer les choses, il est important que la profession soit reconnue comme telle par les grandes institutions canadiennes comme VIA Rail.

Martin Théberge, président de la Fédération culturelle canadienne-française.  Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Martin Théberge, président de la Fédération culturelle canadienne-française.

Photo : FCCF / Lorraine Plourde

Par ailleurs, Martin Théberge pense que la façon dont se déroulent les spectacles limite l’artiste dans son style. « On l’oblige à faire des compositions originales, mais aussi des reprises canadiennes et il est clair qu’on met l’emphase sur le voyage plutôt que sur l’artiste en disant qu’il ne peut pas voyager avec de gros instruments, par exemple », argumente-t-il.

Radio-Canada a tenté de rejoindre Via Rail, mais la compagnie n'a pas été en mesure de nous répondre dans les délais impartis.

Le président de la FCCF ajoute que le programme n’offre pas forcément une visibilité de qualité. « Est-ce vraiment rendre service à l’artiste de lui offrir un espace dans un wagon quand, en plein milieu de sa prestation, on lui demande de se déplacer et quand, pendant ses chansons, on fait aussi des annonces? », interroge-t-il.

Une visibilité moyenne

Justin Lacroix, un musicien manitobain qui a aussi profité des avantages octroyés par VIA Rail, explique qu’il apprécie beaucoup cette offre qui lui permet de voyager et de découvrir des paysages magnifiques sur le chemin.

Il ne pense toutefois pas que cela lui permette d'acquérir une grande visibilité. « On peut se faire connaître par quelques personnes ici et là, mais je ne dirais pas que c’est nécessairement une stratégie pour [la visibilité] », affirme-t-il.

Justin Lacroix, auteur-compositeur-interprète francophone du ManitobaAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Justin Lacroix, auteur-compositeur-interprète francophone du Manitoba

Photo : Justin Lacroix

Cette position rejoint celle du directeur artistique à Chemin chez Nous, Tim Osmond. S’il salue l’initiative de VIA Rail et espère qu'elle perdurera, il concède qu’elle pourrait faire l’objet d’améliorations.

« Je pense qu’il y a des avantages si l’artiste essaie d’atteindre un autre marché et de se produire ailleurs que là où il le fait habituellement en minimisant les coûts, dit-il, mais je pense qu’un peu plus pourrait être fait en termes de promotion de l’artiste, pour que les passagers puissent savoir qui ils sont ».

Tim Osmond propose ainsi que VIA Rail place des affiches avec le nom de l’artiste qui joue à bord, l’indique sur son site ou encore le mentionne aux membres du personnel à bord afin qu’ils en informent les passagers.

Quant à la rémunération, il avoue qu’elle demeure une pierre d’achoppement de façon plus générale.

Je pense qu’il y a un stigmatisme par rapport au fait de payer les artistes parfois dans l’industrie de la musique

Tim Osmond, directeur artistique à Chemin chez Nous

Selon lui, c’est peut-être le résultat du nombre qui engendre une compétition « et l’idée que pratiquer son art en échange d’un peu d’exposition peut être une technique ».

Il approuverait que VIA Rail offre une rémunération aux artistes, mais si l’entreprise n’a pas le budget pour ce faire et que « cela cause la fin du programme, ce serait dommage », estime-t-il.

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Culture