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Les producteurs de lait de chèvre du Québec appellent à l'aide

L'avenir du lait de chèvre
Radio-Canada

Les cris du coeur de deux productrices québécoises de lait de chèvre sur les réseaux sociaux suscitent compassion et incompréhension. Comme une soixantaine d'autres producteurs de la province, elles craignent la faillite parce que de grands transformateurs ne veulent plus acheter de lait québécois. Plusieurs fermes ont commencé à vendre leurs chèvres.

Un texte de Thomas Gerbet

« J’ai le coeur gros. Dans moins de 80 jours, des dizaines de familles québécoises vont perdre leur troupeau de chèvres », écrit Stéphanie Beliveau, qui produit du lait de chèvre à Warwick, dans le Centre-du-Québec. Sa publication Facebook a été partagée plus de 16 000 fois depuis lundi soir.

« Les transformateurs ne veulent plus acheter de lait de chèvre ici, dénonce-t-elle. Ils préfèrent vendre des fromages importés européens ou acheter des surplus de lait en Ontario à prix ridiculement bas. »

Une autre productrice laitière de la Montérégie, Amélie Lapierre, a également lancé un cri d'alarme sur Facebook, lundi soir, partagé 4000 fois. Elle s'adresse à ses chèvres : « C'est sûrement votre dernière lactation. Les fromageries ne veulent plus acheter de lait québécois. Je serai avec vous jusqu'à la fin. »

Amélie Lapierre explique à Radio-Canada qu'elle vend le quart de son lait à l'entreprise Liberté et les trois quarts à Agropur. Dans les derniers jours, les deux transformateurs ont informé les producteurs québécois de la fin de leurs achats dans la province.

Selon le Syndicat des producteurs de lait de chèvre du Québec, la baisse des ventes fera baisser la production de lait de 10 millions de litres à 6 millions de litres dès le 1er janvier, soit une chute de 40 %, et certains producteurs vont tout perdre.

« On produit du lait jusqu'au 31 décembre; après, c'est l'inconnu », explique le conjoint d'Amélie Lapierre, Clément Caouette. Il craint d'être « obligé de tout vendre et d'envoyer les chèvres à l'encan à un prix dérisoire ».

Plusieurs producteurs nous ont confirmé qu'un nombre record de chèvres étaient déjà à vendre à l'encan de Saint-Hyacinthe, lundi. Des animaux qui finissent à la boucherie.

« Ça me rend malade », dit Sylvia Maegerli, productrice à Saint-Wenceslas, dans le Centre-du-Québec. Elle estime qu'il lui reste juste assez de contrats pour garder cinq chèvres laitières. Elle en possède pourtant 350.

Des enjeux liés au prix et à la qualité du lait québécois

chèvre. une main tient une chaudière de lait de chèvreTraite d'une chèvre Photo : Radio-Canada / Colombe Fortin

Dans un courriel daté du 9 octobre, obtenu par Radio-Canada, le directeur de l'usine Liberté André St-Amour écrit aux Producteurs de lait de chèvre du Québec (PLCQ) : « Nous avons pris la décision finale de ne pas participer au processus d’achat de lait de chèvre auprès du PLCQ pour l’année 2019. »

L'entreprise justifie son choix par différentes « préoccupations » et « d'autres stratégies de collaboration avec [ses] partenaires existants ». Les producteurs ont été informés que Liberté achèterait dorénavant son lait de chèvre en Ontario, où le prix est 10 % moins élevé en raison des surplus de production. Une information que n'a pas confirmée l'entreprise. La porte-parole Jenny Chiasson précise : « On analyse les options pour répondre à la demande croissante de nos produits à base de lait de chèvre ».

De son côté, Agropur a annoncé il y a quelques jours la fermeture de son usine de Saint-Damase, en Montérégie, la seule de ses usines à produire du fromage de chèvre. « L'usine cessera graduellement ses activités entre janvier et avril 2019 », écrit l'entreprise dans un communiqué daté du 21 septembre.

Les usines québécoises devraient utiliser du lait de chèvre québécois.

Clément Caouette, producteur de chèvre en Montérégie

Les producteurs affirment qu'Agropur va importer des fromages de chèvre d'Europe, grâce à l'accord de libre-échange. « Ils ont déjà commencé à délister [sic] des fromages au niveau des grandes chaînes et ils ont arrêté de produire certains types de fromages de chèvre depuis le mois de juin », affirme Christian Dubé, le président du Syndicat des producteurs de lait de chèvre du Québec.

La productrice Sylvia Maegerli affirme quant à elle avoir reçu un appel d'Agropur au début du mois pour l'informer de la fin de sa production de fromages de chèvre au Québec.

La porte-parole de l'entreprise Véronique Boileau précise que « tout est en évaluation », mais ajoute qu'Agropur ne peut pas produire de fromage de chèvre dans ses usines restantes. Une réponse doit être donnée aux producteurs avant le 1er novembre, date limite pour effectuer les commandes de 2019.

Par ailleurs, les producteurs ont déjà dû batailler pour obtenir des garanties d'un autre gros transformateur : Saputo. Ils ont fini par concéder une baisse du prix du lait et des garanties supplémentaires sur la qualité. Les producteurs de lait de chèvre ignorent encore quelle quantité de lait leur commandera Saputo.

« On est à la merci des multinationales », dit le président du Syndicat, Christian Dubé.

Il y a environ 20 000 chèvres au Québec.

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