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Prisons autochtones : guérison en détention

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Plan serré d'un homme qui prend part à une cérémonie de purification autochtone.

À Stan Daniels, on met l'accent sur la guérison, pas sur la punition.

Photo : Radio-Canada / Geneviève Tardif

Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Christopher Houle a tué, Odila Quewezance aussi. Pourtant, là où ils sont détenus, il leur suffit de tourner une poignée pour sortir. Rien ne les retient, sinon leur désir de rester et de guérir. Ils résident dans des pavillons de ressourcement, des centres gérés par et pour des Autochtones. Radio-Canada a eu un accès privilégié à deux de ces établissements d'Edmonton.

Stan-Daniels est l’un des cinq pavillons de ressourcement du pays gérés par des Autochtones et conçu pour des criminels autochtones.

Situé au centre-ville d’Edmonton, l’établissement est le plus grand du genre au Canada. On y compte 73 détenus. Les gestionnaires et la majorité du personnel aussi sont des Métis ou issus des Premières Nations.

Plan serré du visage de Christopher Houle.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Christopher Houle, détenu de Stan Daniels.

Photo : Radio-Canada / Geneviève Tardif

« Il n’y a pas de barrière ici entre un gardien et un prisonnier », affirme Christopher Houle, qui réside à Stan Daniels depuis un an.

Avant cela, l’homme de 29 ans a passé une dizaine d’années dans le système carcéral, après avoir été reconnu coupable de meurtre.

À Stan-Daniels, on le traite avec respect pour la première fois. « Maintenant, je ne suis plus antisocial, je peux parler à quelqu’un en le regardant dans les yeux, je souris, je suis capable de rire », dit-il.

Pour être admis, les détenus doivent s’engager à renouer avec leur culture autochtone. « Nous nous attendons par exemple à ce qu’ils prennent part à des cérémonies traditionnelles, une fois par semaine ou à des rencontres régulières avec un aîné autochtone pour discuter de leurs difficultés », explique Marlene Orr, directrice générale de Stan-Daniels.

Ici, on met l’accent sur la guérison, et non sur la punition, ajoute-t-elle.

Une prison, vraiment?

L’établissement n’a pas du tout les allures d’une prison. Il a plutôt l'air d’une résidence universitaire. Sur les murs, il y a une multitude d’oeuvres d’art produites par les détenus.

Des peintures autochtones représentant des aigles sur les murs des couloirs de Stan Daniels.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les détenus peuvent peindre sur les murs de l'établissement.

Photo : Radio-Canada / Geneviève Tardif

Mais, surtout, les résidents ont ici davantage de liberté que dans une prison conventionnelle.

Ils peuvent acquérir un talent insoupçonné pour la musique ou la peinture. Ils ne sont jamais enfermés dans leur chambre.

Christopher Houle, en train de peindre.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Christopher Houle, un détenu de Stan Daniels, peint un des murs de l'établissement.

Photo : Radio-Canada

Je peux être seul dans une salle au sous-sol et peindre. Tout le reste n’a plus d’importance quand je peins.

Christopher Houle, détenu

Les détenus peuvent même téléphoner à leurs proches quand ils le veulent.

Si un détenu veut quitter l’établissement, personne ne le retient, mais la police est alertée et il ne peut pas réintégrer l’établissement.

Une approche qui ne fait pas l’unanimité

Le mois dernier, le transfert d’une femme autochtone, reconnue coupable d'avoir tué une fillette, dans un établissement du genre a eu des échos jusqu’à Ottawa.

Il s’agit d’une démarche irresponsable, pensent les conservateurs. Les auteurs de crimes graves devraient plutôt se retrouver dans des prisons à sécurité maximale.

Pour le gouvernement Trudeau, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Le processus d’admission est extrêmement rigoureux, et tous les détenus ne peuvent y entrer.

C’est aussi ce que confirme Claire Carefoot, directrice générale de Buffalo Sage, le centre de guérison pour femmes d’Edmonton, situé à quelques kilomètres de Stan-Daniels.

Les femmes que nous acceptons présentent un risque très faible de récidive et, si elles s’échappent, il est peu probable qu’elles s’en prennent à quelqu’un.

Claire Carefoot, directrice générale de Buffalo Sage

Dans les étroits couloirs de l'établissement, un petit garçon d’à peine 3 ans court, vêtu d’un costume de Spiderman. C’est qu’ici les femmes détenues peuvent vivre avec leurs jeunes enfants.

Ces résidentes, Claire Cairefoot et son équipe les ont sélectionnées après avoir passé leur dossier au peigne fin. On compte ici 28 détenues, dont Odila Quewezance, condamnée pour meurtre.

Odila Quewezance, détenue de Buffalo Sage. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Odila Quewezance a passé la moitié de sa vie en prison.

Photo : Radio-Canada / Geneviève Tardif

J’ai passé la moitié de ma vie en prison et je suis convaincue que [Buffalo Sage] est l’endroit qui va me permettre de retrouver une vie normale.

Odila Quewezance, détenue

Pavillons de ressourcement gérés par des Autochtones :

  • Pavillon de ressourcement spirituel du Grand conseil de Prince Albert (Saskatchewan) : 12 détenus
  • Centre de guérison Stan-Daniels (Alberta) : 73 détenus
  • Pavillon de ressourcement O-Chi-Chak-Ko-Sipi (Manitoba) : 24 détenus
  • Centre de guérison Waseskun (Québec) : 22 détenus
  • Maison de ressourcement Buffalo Sage (Alberta) : 28 détenues

Pavillons de ressourcement gérés par le Service correctionnel du Canada

  • Pavillon de ressourcement Okimaw Ohci (Saskatchewan) : 60 détenues
  • Centre Pê Sâskâtêw (Alberta) : 60 détenus
  • Village de guérison Kwìkwèxwelhp (Colombie-Britannique) : 50 détenus
  • Pavillon de ressourcement Willow Cree (Saskatchewan) : 80 détenus

Une solution à la surreprésentation?

Les Autochtones sont surreprésentés en prison. Dans les Prairies, ils comptent pour la moitié de la population carcérale, alors qu’ils forment 5 % de la population. Et si la solution à ce problème passait par ces prisons autochtones?

Dans une petite pièce, Odila Quewezance et une dizaine d’autres détenues participent au programme de la guerrière, un programme intensif qui s'étale sur plusieurs semaines.

Il vise à montrer aux femmes la manière par laquelle leurs traumatismes passés touchent leur présent.

Des femmes, assises en cercle, participent à un programme autochtone. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des femmes participent au programme de la guerrière.

Photo : Radio-Canada / Geneviève Tardif

S’il y a peu de recherches sur l’efficacité des méthodes autochtones en matière pénale, un rapport gouvernemental soutient que le taux de récidive des personnes qui ont terminé une thérapie en pavillon de ressourcement est de 6 %. La moyenne nationale est presque du double, à 11 %.

« Si on traite les gens convenablement, qu'on leur apprend à renouer avec leurs racines et leur famille, à se trouver un emploi, ils sont beaucoup moins enclins à récidiver que si on les laisse dans une cellule jusqu'à la fin de leur peine », affirme Claire Carefoot.

Selon Mylène Jaccoud, professeure en criminologie à l’Université de Montréal, au Québec, non seulement ces pavillons de ressourcement ont lieu d’être, mais il n’y en a pas suffisamment.

Elle croit que les détenus autochtones qui ont une cote de sécurité modérée et maximale devraient aussi bénéficier de ce genre de centre.

« Il faut faire en sorte que les personnes dont le danger a été établi se retrouvent aussi dans des pavillons de ressourcement, mais plus sécurisés pour protéger le public », affirme-t-elle.

« En général, la criminalité des Autochtones vient d’une histoire, d’une discrimination, d’une marginalité. [...] Quand on a affaire à de tels problèmes sociaux, la dissuasion par la punition ne fonctionne pas », ajoute-t-elle.

Selon la criminologue, pour réellement régler le problème de surreprésentation des Autochtones en prison, il faut toutefois agir en amont, et non en aval de la détention.

Il faut décloisonner le système de justice.

Mylène Jaccoud, professeure en criminologie à l'Université de Montréal

Pour ces détenus autochtones qui ont moins connu la maison que la prison, les pavillons de ressourcement permettent de briser le cycle de traumatismes et de souffrances qui se transmet d’une génération à une autre.

« Je suis convaincu que cet endroit peut réellement changer les choses pour ceux qui veulent changer leur vie », dit Christopher Houle.

« S'il y avait plus d'endroits comme Buffalo Sage, ça aiderait un grand nombre de femmes et d'hommes autochtones », conclut, quant à elle, Odila Quewezance.

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