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Un plant de cannabis.

Photo : iStock

Gérald Fillion

ANALYSE - Si la légalisation du cannabis suscite de réelles inquiétudes en matière de santé publique, elle génère une forme de frénésie, d'excitation, d'euphorie même, pourrait-on dire, en ce qui concerne le marché potentiel. Il est rare qu'on assiste à la création d'un nouveau marché comme celui qui sera créé cette semaine. Voici ce qu'il faut savoir.

Les Canadiens, en portant les libéraux au pouvoir en 2015, ont choisi un gouvernement qui avait promis la légalisation du cannabis. Cette promesse se réalisera cette semaine. Depuis l’arrivée au pouvoir de Justin Trudeau et les annonces officielles des étapes menant à la légalisation, un fort mouvement de capitaux s’est amorcé.

1. Un marché d’environ 6 milliards de dollars

Selon Statistique Canada, en 2017, on comptait 4,9 millions de consommateurs de cannabis âgés de 15 à 64 ans au pays. Ils ont dépensé 5,7 milliards de dollars pour acheter du cannabis médicinal et à usage récréatif, une valeur de 1200 $ par consommateur.

L’agence de statistiques est prudente. Tout cela, ce sont des estimations et des hypothèses qui s’appuient, en grande partie, sur un marché qui n’était pas légal. Plus de 90 % des achats ont été consacrés à du cannabis non médicinal, donc illégal.

La CIBC prévoit des ventes de 6,5 milliards de dollars, ce qui permettrait au gouvernement fédéral de toucher 424 millions de dollars en revenus supplémentaires. Les provinces gagneraient 1,228 milliard de dollars additionnels, en touchant 75 % des revenus de la taxe d’accise sur le cannabis.

Selon l’Institut C.D. Howe, le manque de cannabis au cours de la première année privera l’État d’environ 800 millions de dollars en taxation.

En décembre 2017, au moment de l’entente sur le partage des revenus entre le gouvernement fédéral et les provinces, les estimations fiscales pour la première année tournaient autour de 100 millions de dollars pour le fédéral et 300 millions pour les provinces.

Selon l'agence de recrutement Cannabis at Work, 120 000 emplois seront créés dans l’industrie au cours de la première année suivant la légalisation de la marijuana.

2. Le prix du cannabis?

Tout le monde se demande jusqu’à quel point le marché légal peut aller chercher l’essentiel du marché noir. Tout dépend du prix de vente, selon les experts. D'après Statistique Canada, qui a fait plusieurs enquêtes en ligne, les consommateurs ont payé en moyenne 6,83 $ le gramme dans la dernière année au pays, 7,20 $ dans les derniers mois. Toutefois, le type de produit et sa qualité entrent aussi en ligne de compte, de même que la quantité, ce qui fait que les prix peuvent varier.

Certaines provinces ont évoqué un prix de vente autour de 10 $ le gramme, peut-être un peu moins, ce qui comprend les coûts de production, le transport, les taxes et les marges de profit. Le PDG de la Société québécoise du cannabis, Alain Brunet, a laissé entendre que le prix du gramme pourrait avoisiner les 6 $ au Québec, avec un achat maximal de 30 grammes.

Prix moyen – 3e trimestre 2018

Canada : 7,20 $
Québec : 6,28 $
Ontario : 7,49 $
Colombie-Britannique : 7,04 $

Montréal : 5,92 $
Vancouver : 7,42 $
Toronto : 8,05 $

Source : Statistique Canada

RDI économie présente une édition spéciale d'une heure sur l'économie du cannabis, le mercredi 17 octobre à 18 h HE, sur les ondes d'ICI RDI.

3. Qui consomme?

Selon Statistique Canada, de 2000 à 2017, 18 % des achats de cannabis ont été faits par des adolescents de 15 à 17 ans et 33 % par de jeunes adultes de 18 à 24 ans. Plus de la moitié des dépenses pour acheter du cannabis ont donc été réalisées par des personnes âgées de 24 ans ou moins au Canada depuis le début du siècle.

En portant l’âge légal de possession et de consommation à 21 ans, le nouveau gouvernement du Québec, dirigé par François Legault, pourrait ainsi réduire la portée de l’engagement du gouvernement fédéral d’enrayer le marché noir.

Achats de cannabis
2000 à 2017 – Âge des acheteurs

18 % : 15 à 17 ans
33 % : 18 à 24 ans
40 % : 25 à 44 ans
9 % : 45 à 64 ans

Source : Statistique Canada

4. Embellie boursière

Un peu plus de 45 milliards de dollars, c’est la valeur en bourse des quatre plus gros producteurs de cannabis au Canada, soit Canopy Growth, Aurora Cannabis, Tilray et Aphria. Leur envolée boursière est spectaculaire, les investisseurs spéculant sans ambages sur le potentiel de croissance de ces entreprises, au cœur de nombreuses transactions, acquisitions et partenariats de toutes sortes dès les premières années de la légalisation.

Actions depuis un an – Capitalisation boursière

Canopy Growth : + 416 %, 14,8 milliards de dollars
Tilray : + 515 %, 12,8 milliards de dollars
Aurora Cannabis : + 340 %, 12,8 milliards de dollars
Aphria : + 171 %, 5,1 milliards de dollars

Au Québec, l'entreprise Hexo, de Gatineau, a vu son action progresser de 480 % au cours de la dernière année, pour une capitalisation boursière atteignant 1,7 milliard de dollars. Son PDG, Sébastien St-Louis, a déclaré publiquement, sur les ondes de BNN Bloomberg, que la vente de l'entreprise n'était qu'une question de temps, d'ici 1 à 10 ans.

5. La demande dépasse l’offre

La production actuelle pourrait atteindre, selon les estimations et les données disponibles, de 210 à 300 tonnes par année. Mais la demande est plus élevée. Selon l’Institut C.D. Howe, la demande au Canada s’élève à 611 tonnes annuellement. Statistique Canada évoque 773 tonnes, la CIBC, 800 tonnes, et Santé Canada s’attend à ce que la demande annuelle atteigne un total de 926 tonnes.

Si l’offre n’est pas assez élevée, cela devrait permettre au marché noir de continuer à prospérer. À court et à moyen terme, du moins. Le patron d'Aphria, l’un des plus importants producteurs de cannabis du Canada, affirmait la semaine dernière qu’il s’attendait à ce qu'il y ait des pénuries partout au pays dans les semaines suivant la légalisation. Mais il disait avoir bon espoir que la situation se réglerait d'ici deux à trois mois.

En ce qui a trait à la production pour le commerce, il y a présentement 188 producteurs autorisés (cannabis médicinal ou à usage récréatif) au Canada, dont 63 en Ontario et 25 en Colombie-Britannique.

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