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Le rôle de la traite de personnes dans les violences faites aux femmes autochtones

Une des commissaires de l'ENFFADA, Michèle Audette, le 2 octobre dernier

Une des commissaires de l'ENFFADA, Michèle Audette, le 2 octobre dernier

Photo : The Canadian Press / David Lipnowski

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La police affirme que la traite de personnes est intimement liée aux taux élevés de violence contre les femmes et les filles autochtones, que ces crimes sont omniprésents au pays, mais qu'un manque criant d'informations les garde cachés alors qu'ils sont à la vue de tous.

La commissaire adjointe de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), Joanne Crampton, a déclaré lundi à l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA) que les statistiques actuelles sur la traite de personnes ne rendent pas compte de l'ampleur du problème.

Mme Crampton a présenté des données sur 455 cas connus de traite de personnes qui ont eu lieu entre 2005 et 2017, mais elle aussi parlé d’un écart énorme entre ces chiffres et la réalité.

« Je pense qu'il s'agit d'un chiffre très en deçà de la réalité, a-t-elle déclaré. Nous sommes très confiants que ces statistiques sont loin de dépeindre la vraie image du phénomène au Canada. »

L’ENFFADA tient cette semaine ses dernières audiences. Les commissaires sont à Saint-Jean de Terre-Neuve pour l’occasion, afin d’entendre des experts de l'exploitation sexuelle, de la traite de personnes et de la violence sexuelle.

Lundi, la commissaire adjointe de la GRC a abordé les défis de la police en matière de traite de personnes en citant notamment le manque de données précises au pays, manque dont les causes seraient la non-dénonciation ainsi que la vulnérabilité des femmes autochtones devant l’exploitation.

Les données disponibles sur les affaires de traite de personnes sont ventilées dans certains cas par âge et par sexe, mais ne comprennent pas d'informations sur les origines ethniques des victimes.

Mme Crampton a dit qu'il s'agit là d'une des nombreuses lacunes du tableau actuel. En substance, la commissaire adjointe est venue dire que la GRC est consciente de l'ampleur des crimes liés à la traite de personnes au Canada, mais que cette ampleur ne peut pas être quantifiée, faute de données précises.

La policière a expliqué que la traite de personnes est un crime seulement depuis 2005 au Canada et que, depuis, la loi a été « très sous-utilisée » par les forces de l'ordre et le système judiciaire.

Elle a indiqué que de nombreux cas, s'ils sont découverts, sont catégorisés comme voies de fait plutôt que comme traite de personnes.

Mme Crampton a insisté sur la nécessité d'une collaboration entre les différents services policiers afin de s'attaquer aux cas de traite et a dit espérer que le rapport final de l'ENFFADA aidera à résoudre le problème actuel de sous-déclaration.

Reconnaître les signes

L'inspectrice Tina Chalk, de la Police provinciale de l'Ontario (PPO), a témoigné au sujet de son travail, qui consiste à former ses collègues de la PPO à reconnaître les signes de la traite.

Elle a fait remarquer qu'elle avait probablement raté de débusquer de nombreux cas de traite de personnes au début de sa carrière parce qu'elle était incapable de détecter ces signes et qu’elle ne demandait pas aux victimes ce qu'elles avaient vécu.

« J'ai parlé à beaucoup de mes collègues, et ils pensent la même chose », a-t-elle raconté.

Mme Chalk a indiqué qu'il y a des lacunes évidentes dans la formation de la PPO, notamment au plan de la formation sur les vulnérabilités des populations autochtones.

Un exemple simple? L’inspectrice-formatrice vise maintenant à sensibiliser les agents de police à la nécessité de rechercher des signes de trafic de personnes dans des endroits inattendus, comme les contrôles routiers de routine.

Elle a expliqué comment les épisodes de pauvreté, d'isolement, d'abus passés et de racisme rendent les victimes particulièrement vulnérables à la traite, et a abordé le rôle d'Internet pour attirer les gens.

Elle a mentionné des initiatives d’éducation à l'intention de personnes qui ne travaillent pas pour un service policier mais qui sont souvent en contact avec des situations de traite. Les camionneurs ainsi que les travailleurs des secteurs de l’hôtellerie et de la santé, par exemple, pourraient en bénéficier afin de détecter les signes de traite plus facilement.

L’inspectrice de la PPO a également souligné l'importance d'améliorer les relations entre les peuples autochtones et la police.

Selon elle, il est essentiel d'éduquer le public sur les réalités de la traite de personnes pour que les victimes comprennent que ce qui leur arrive est un crime, mais elle a reconnu qu'il faut inspirer confiance dans l'application de la loi pour que les victimes se sentent à l'aise de se confier.

La confiance en la police fait absolument défaut. Ce sera un long chemin pour arriver à cette confiance, et la longueur de ce chemin incombe à la police.

Une citation de : L'inspectrice Tina Chalk, de la Police provinciale de l'Ontario

Le chef de la Force constabulaire royale de Terre-Neuve, Joe Boland, est venu parler de la construction d’un sentiment de confiance à l'égard de son service de police et des efforts déployés pour lutter contre les préjugés inconscients des agents à l’endroit des Autochtones.

Juanita Dobson, du ministère de la Justice de l’Ontario, a parlé des récents efforts de son gouvernement pour venir en aide aux victimes de la traite, notamment un programme lancé plus tôt cette année qui offre une aide juridique gratuite aux personnes qui souhaitent obtenir une ordonnance de non-communication contre un trafiquant de personnes.

Mme Dobson a déclaré que le gouvernement de l'Ontario en est aux premières étapes de l'élaboration de services pour les victimes et qu'il est nécessaire de mieux comprendre la question pour aider celles-ci.

Des audiences « importantes »

La commissaire Michèle Audette a ouvert la journée en soulignant l'importance historique des audiences.

Mme Audette a dit que le personnel de l’ENFFADA fait de son mieux malgré le récent rejet par le gouvernement fédéral de la demande de prolongation de deux ans de l'enquête, optant plutôt pour six mois.

Avec les informations de La Presse canadienne

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