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Mieux comprendre les gangs de rue pour en prévenir la formation

Une voiture de police devant une clôture sur laquelle on peut voir les deux lettres associés au gang de rue Terro Squad

Les couleurs du gang de rue Terror Squad sont visibles à Saskatoon.

Photo : Radio-Canada / Dan Zakreski

Radio-Canada

L'organisme STR8 UP, qui vient en aide aux jeunes issus des gangs de rue, a rédigé un rapport dans lequel il fait 24 recommandations au gouvernement de la Saskatchewan afin que ce dernier élabore une stratégie provinciale qui permettrait de prévenir la naissance de ces groupes.

Il existe déjà des plans d’action régionaux pour contrer la formation de gangs de rues. Toutefois, comme plusieurs de ces gangs de rue se déplacent d’une communauté à une autre, STR8 UP estime qu’il serait préférable de penser à une approche provinciale. Cette stratégie ne serait pas universelle, mais plutôt adaptable aux différentes réalités des différents milieux.

« [L’objectif est de] mettre au point une compréhension locale des motivations des individus à s’engager dans un gang de rue, indique le rapport de l’organisme STR8 UP. C’est pour mieux comprendre comment un groupe d’amis peut évoluer pour devenir un gang de rue dans un contexte propre à la Saskatchewan. »

Gros plan sur le dessus d'un poignet gauche sur lequel sont tatouées les lettres « TS » qui débutent un bandeau où l'on peut lire les mots superposés « death », « before » et « dishonor ».Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les tatouages font partie des signes d'appartenance et de loyauté au gang Terror Squad, a expliqué un membre de l'Unité des gangs de rue et des armes à feu de la police de Saskatoon, Trent Dybvig.

Photo : Police de Saskatoon

L’organisme Str8 Up croit que le manque de compréhension de ce qu’est vraiment un gang de rue nuit à l’efficacité des programmes et des stratégies liées à ces groupes.

C’est pourquoi l’organisme a décidé d'élaborer une typologie de ce qu’est un gang de rue, plutôt qu’une définition statique.

La typologie est un système de classification des individus selon des critères physiques ou psychologiques.

« La typologie devient un outil qui peut être utilisé pour évaluer quelle serait la meilleure stratégie d’intervention à engager avant que des individus ne s’enracinent dans un style de vie de gang de rue », souligne le rapport de STR8 UP.

Pour élaborer cette typologie, STR8 UP a conduit des consultations publiques dans six municipalités de la province. L’organisme a également mené un sondage en ligne, auquel près de 500 personnes ont participé.

1) Un groupe d’amis prosocial

Les individus sont liés par des expériences et des objectifs communs. Le groupe donne une impression d’identité, d’appartenance et de connexion à la communauté. Les résultats des consultations communautaires montrent que ces groupes sont engagés dans la violence, mais que cette violence est sporadique et plus souvent interpersonnelle, soit commise entre les membres du groupe. Ces derniers peuvent se livrer à des activités illégales, telles que la consommation d’alcool ou de drogues illicites ou encore des vols mineurs.

Les groupes sont faiblement structurés, car le leadership est fluide. Il n’y a pas de rites d’initiation définis. Les individus peuvent porter les mêmes vêtements, mais le choix vestimentaire est davantage lié à l’intégration au groupe, qu’à leur identification par d’autres membres de la communauté ou d’autres gangs.

2) Les groupes d’intimidation

À ce stade, les groupes continuent de fournir un soutien, une identité et un sentiment d’appartenance. Les individus commencent à utiliser la violence à l’extérieur de leur groupe, entre autres, comme moyen d’augmenter leur pouvoir sur les autres. Les comportements violents ne sont plus seulement physiques, mais aussi psychologiques.

Les armes peuvent devenir plus facilement accessibles. La violence armée demeure toutefois minime. Les membres d’un groupe d’intimidation peuvent commencer à porter des armes comme des couteaux ou des aérosols à des fins de protection uniquement. Il y a une propension croissante chez les individus à vendre de petites quantités de drogues, d’abord, pour soutenir la dépendance personnelle, puis comme capital économique personnel minimal.

Les groupes de ce niveau ont un peu plus de structure et des valeurs hiérarchiques. Un leadership plus défini ainsi que des codes d’initiation et de conduite sont établis pour les membres du groupe. Les individus commencent à s’identifier de façon plus voyante à leur groupe, notamment en portant des symboles ou des vêtements précis. Cette identification peut aussi prendre la forme de « marquage » par des graffitis ou du vandalisme sur les propriétés privées.

3) Les cliques

À ce niveau, les groupes se focalisent sur l'objectif de se faire un nom dans les rues. Les individus de ces groupes deviennent plus engagés dans la violence, afin de créer de la peur et de l’intimidation, dans le but d’accroître leur pouvoir.

Les individus sont plus enclins à être impliqués dans de multiples formes d’activités criminelles, ce qui inclut des entrées par effraction, des agressions et des vols. La violence est validée au sein du groupe, car elle est perçue comme étant une forme de protection du nom et du territoire revendiqué par le gang. Les individus sont de plus en plus retirés de leur communauté ou de leur famille.

Au sein des cliques, il y a une hiérarchie. La majorité des groupes de ce niveau sont formés autour d’amitiés profondes et de relations familiales. Les relations remontent pour la plupart à l’enfance ou à l’adolescence, alors que les jeunes sont isolés dans des établissements pour jeunes délinquants ou dans des centres correctionnels.

4) Les gangs de rue et les groupes de haine

Les comportements sont axés sur une violence accrue pour contrôler le territoire. L’identification au groupe devient plus importante que l’identité personnelle. La violence armée se normalise avec l’utilisation accrue des armes à feu généralement contre les rivaux. Les dépendances augmentent pour certains, alors qu’ils cherchent à supprimer les traumatismes psychologiques et physiques associés à la violence.

Dans ces groupes, il y a une hiérarchie définie. Les individus occupent un « poste » ou un « emploi » spécifique. Leur allégeance au gang de rue est validée en fonction de leur travail. Il existe des rites de passage initiatiques. Les codes de rue sont utilisés comme moyen de faire la promotion de la justice de rue. Les groupes sont de plus en plus connectés à aux économies de rues illégales.

Recommandations

Dans son rapport, l’organisme STR8 UP formule 24 recommandations au gouvernement de la province. En voici quelques-unes :

1. La stratégie provinciale sur les gangs de rue doit être basée sur la prévention et l’intervention et non pas sur la répression. « La police et les centres correctionnels doivent être des partenaires au sein de cette approche », fait valoir le rapport de STR8 UP.

2. La province doit augmenter et améliorer ses programmes de soutien, en particulier dans les communautés rurales et du nord, où les services d’aide en santé mentale sont limités.

3. La province doit améliorer ses services en milieu correctionnel.

4. La province doit mettre en œuvre une formation antiraciste dans les domaines de la justice, de la santé, de l'éducation et des services sociaux.

« Les études continuent à montrer que les autochtones et les peuples de couleurs sont régulièrement négligés dans les pratiques d’embauche et donc à risques accrus de s’engager dans des économies de rue illégales pour subvenir aux besoins de leurs familles », précise le rapport de STR8 UP.

Saskatchewan

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